Home SantéSauver des vies dans un hôpital oublié du Soudan

Sauver des vies dans un hôpital oublié du Soudan

by Sophie Martin

Abyei, Soudan – Au cœur d’une zone de conflit, une équipe médicale de maintien de la paix a dû improviser et faire preuve d’une résilience exceptionnelle pour sauver des vies dans des conditions précaires. L’infirmière sage-femme ghanéenne Benedicta Yayra Adu-Parc témoigne d’une mission où l’ingéniosité et le courage ont souvent fait défaut à l’équipement et aux ressources.

À peine cinq jours après leur arrivée à Abyei, l’équipe a été confrontée à une escalade de violence entre les factions Ngok et Twik Dinka. L’hôpital de niveau II des Nations unies, déjà en mauvais état, s’est rapidement retrouvé submergé par l’afflux de blessés. « L’installation était plus une coquille vide qu’un véritable hôpital », se souvient Benedicta Adu-Parc, décrivant un établissement aux équipements dispersés et aux zones essentielles mal organisées.

Le manque de matériel médical a rapidement imposé des solutions de fortune. Dans une situation critique, face à un patient nécessitant une transfusion sanguine urgente et en l’absence de kits appropriés, l’infirmière a improvisé une chambre de filtration avec de la gaze stérile. « L’hésitation signifiait la mort », explique-t-elle. « Nous avons refusé de céder aux limites. »

Les défis ne se limitaient pas aux traumatismes de guerre. L’équipe a également dû prendre en charge des femmes enceintes arrivant dans des conditions désespérées. Benedicta Adu-Parc a ainsi accouché dans des circonstances qui auraient défié les protocoles médicaux les plus stricts, faisant appel à la générosité de son équipe pour assurer un minimum de dignité aux mères et de confort aux nouveau-nés. « Le premier cri d’un enfant était plus qu’un son ; c’était une déclaration de résilience », témoigne-t-elle.

Les retards de réapprovisionnement ont contraint l’équipe à rationner chaque ressource, de la simple paire de gants aux analgésiques essentiels. Le leadership, à ce stade, a nécessité non seulement une expertise clinique, mais aussi un calme inébranlable et la capacité d’inspirer confiance face à l’incertitude. La situation a atteint son paroxysme lorsque des groupes armés ont pris d’assaut l’hôpital, protestant contre le traitement des combattants ennemis. L’équipe médicale s’est alors interposée entre les patients et la violence, négociant la neutralité tout en continuant à prodiguer des soins vitaux.

La gestion d’une équipe dans un tel contexte a révélé les limites des théories traditionnelles du leadership. Sans rotations ni renforts, la cohésion, la compétence et la stabilité émotionnelle des membres de l’équipe sont devenues des priorités absolues. La communication, même approximative en arabe lorsque les traducteurs étaient indisponibles, a servi de lien vital. Le bien-être du personnel et la sécurité des patients sont restés non négociables, malgré les contraintes spatiales et matérielles.

Malgré les difficultés, le principe fondamental de soins impartiaux a guidé l’équipe à chaque instant. Qu’il s’agisse de combattants adverses ou de civils, chaque patient a reçu le respect, la dignité et les soins auxquels il avait droit. « À Abyei, ce principe a été testé quotidiennement », souligne Benedicta Adu-Parc.

Au-delà des compétences techniques, cette mission a forgé des qualités de leadership insoupçonnées. « Abyei était plus qu’un déploiement ; c’était un creuset », conclut l’infirmière. « Cela m’a appris que l’excellence en soins de santé ne dépend pas uniquement de l’infrastructure ou de la technologie, mais aussi de l’ingéniosité, de l’unité et du courage de s’adapter en temps réel. »

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