Le roi Mohammed VI a décoré l’alpiniste Nawal Sfendla du Wissam Al Moukafaa Al Watania, grade d’Officier, ce lundi 8 juin 2026 au palais royal de Rabat. Cette distinction récompense un exploit historique : la première ascension double et continue de l’Everest et du Lhotse par une femme marocaine.
Le Wissam Al Moukafaa Al Watania : une reconnaissance royale
L’audience accordée lundi au palais royal de Rabat marque une étape symbolique pour le sport national. En décorant Nawal Sfendla du grade d’Officier du Wissam Al Moukafaa Al Watania, le souverain ne salue pas seulement une performance athlétique, mais souligne la valeur du sport comme levier de cohésion sociale et d’inclusion.

Cette décoration s’inscrit dans une volonté plus large de mettre en avant la femme marocaine, décrite comme le pilier de la société. Pour le Roi, le parcours de Sfendla illustre une détermination qui dépasse le cadre du simple exploit sportif pour devenir un exemple de développement humain.
L’exploit du One Push : Everest et Lhotse en une seule tentative
Le cœur de cette reconnaissance réside dans une prouesse technique rarissime réalisée au Népal. Nawal Sfendla a réussi le défi dit One Push, consistant à enchaîner les sommets de l’Everest, point culminant du globe, et du Lhotse, quatrième plus haute montagne du monde, sans redescendre à la base entre les deux ascensions.

L’effort a été accompli dans des conditions extrêmes, évoluant dans la zone de mort au-delà de 8 000 mètres d’altitude. C’est un environnement où la survie humaine est mise à rude épreuve et où l’oxygène se raréfie drastiquement. Pour réaliser cet enchaînement, Sfendla a utilisé le Col Sud (South Col), point de jonction stratégique situé à environ 7 900 mètres, pour basculer vers le Lhotse (8 516 m) après avoir atteint le sommet de l’Everest (8 848 m). Sfendla devient ainsi la première Marocaine à valider cet enchaînement, considéré comme l’un des plus exigeants de l’alpinisme moderne.
Nous avons appris avec une immense fierté ton remarquable exploit sportif en réussissant l’ascension des monts adjacents de l’Everest et du Lhotse, une première pour une femme marocaine d’escalader ces deux sommets mondiaux en une seule poussée.
Une reconversion professionnelle vers les sommets mondiaux
Le parcours de Nawal Sfendla est atypique. Ancienne professionnelle de la communication, elle a opéré une reconversion totale pour s’imposer sur la scène internationale de l’alpinisme. Cette transition a nécessité un entraînement intensif, incluant des stages de préparation technique et physique dans les massifs du Haut Atlas marocain pour s’adapter à l’altitude.
Cette transition témoigne d’une discipline rigoureuse et d’une patience qui lui ont permis de collectionner les records. Avant son double exploit au Népal, elle s’était déjà illustrée en gravissant les plus hauts sommets de plusieurs continents. Son palmarès inclut notamment :
- Le Kilimandjaro (5 895 m, Afrique)
- L’Elbrouz (5 642 m, Europe)
- L’Aconcagua (6 961 m, Amérique)
- Le Manaslu (8 163 m), sommet qu’elle a été la première Marocaine à atteindre en octobre 2023.
L’ascension du Manaslu a marqué un tournant dans sa carrière, validant sa capacité à évoluer au-delà de la barre des 8 000 mètres. Cette performance a été enregistrée et reconnue par les instances de suivi de l’alpinisme international, ouvrant la voie à son expédition dans l’Himalaya pour l’Everest et le Lhotse.
L’impact symbolique pour la jeunesse marocaine
Au-delà des chiffres et des altitudes, l’ascension de Sfendla est présentée comme un moteur d’inspiration. Le souverain a souligné que ses performances traduisent une volonté et une détermination dont la jeunesse marocaine peut s’imprégner.

En transformant un défi physique extrême en un symbole national, cette reconnaissance royale place l’alpinisme — discipline encore marginale dans le royaume et dont le suivi est assuré par la Fédération Royale Marocaine d’Alpinisme et de Trekking (FRMME) — sous les projecteurs. L’enjeu est clair : démontrer que la persévérance et la préparation permettent d’atteindre des objectifs mondiaux, indépendamment du point de départ professionnel.
Le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a salué ce parcours comme une preuve de l’émancipation des femmes dans des domaines traditionnellement masculins. Les réactions au sein de la communauté sportive marocaine soulignent l’importance de l’accompagnement technique et mental pour les athlètes visant des records internationaux.
L’histoire de Nawal Sfendla, depuis ses bureaux de communication jusqu’aux sommets de l’Himalaya, redéfinit les limites possibles pour les sportives marocaines. Ce sacre au palais royal vient officialiser un statut : celui d’une pionnière qui a ouvert la voie vers les zones les plus hostiles de la planète.
