Home Technologie et scienceSoif de pouvoir et de contenu : l’IA à la croisée des chemins

Soif de pouvoir et de contenu : l’IA à la croisée des chemins

by Thomas Caron

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, incarnée par des outils comme ChatGPT, s’accompagne d’une soif énergétique croissante qui pourrait bientôt atteindre des proportions alarmantes. Des experts mettent en garde contre une demande en électricité exponentielle, capable de rivaliser avec la consommation de pays entiers.

Ivona Brandić, experte en cloud computing à l’Université technologique de Vienne et membre du Jeune Académie de l’Académie autrichienne des sciences (ÖAW), estime que les systèmes d’IA actuels pourraient, à terme, nécessiter autant d’électricité que l’ensemble de l’Argentine. « Des applications comme ChatGPT sont encore à leurs débuts, mais leur puissance croissante implique des besoins énergétiques considérables », explique-t-elle.

L’impact de cette consommation d’énergie ne se limite pas aux centres de données. Une étude menée par l’équipe de Brandić a révélé que même les simples formules de politesse – les « s’il vous plaît » et les « merci » – intégrées dans les interactions avec ChatGPT, consomment une quantité non négligeable d’électricité, équivalente à la consommation annuelle de près de 1 500 foyers.

Selon Brandić, l’efficacité de l’incitation, ou prompting, joue un rôle crucial. « L’incitation fonctionne via un langage parlé ou écrit. On n’a pas besoin de formation supplémentaire, on le fait comme on parlerait à une personne. Mais plus l’incitation est efficace, meilleur est le résultat. Il faut apprendre à structurer systématiquement la demande », précise-t-elle. Elle souligne que l’IA, bien que récente dans l’esprit du grand public – son adoption massive datant de fin 2023 avec la popularisation de ChatGPT – est en réalité en phase de test et d’apprentissage continu.

L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les besoins énergétiques des centres de données doubleront d’ici 2030. Cette croissance s’inscrit dans une tendance à l’augmentation exponentielle de la demande énergétique de l’IA. Par ailleurs, une véritable course économique est en cours, les entreprises rivalisant pour sécuriser leur approvisionnement en électricité et les fabricants de matériel informatique s’efforçant de développer des solutions plus performantes et écoénergétiques.

L’évolution de la recherche d’informations est également un enjeu majeur. Si les moteurs de recherche comme Google intègrent massivement l’IA générative, la consommation de ressources pourrait augmenter de 200 % en moyenne. « Si les gens ne voient que les réponses générées et ne cliquent plus sur les sites Internet, de nombreux fournisseurs de contenu – journaux, éditeurs, plateformes – risquent de perdre leurs revenus », alerte Brandić. Elle met en garde contre le risque d’un effondrement du modèle économique actuel, basé sur la publicité, si la création de contenu devient non viable.

Face à ces défis, l’Europe dispose d’un atout majeur : la recherche. « Nous avons une opportunité unique d’attirer des chercheurs des États-Unis et de donner un nouvel élan à l’innovation », affirme Brandić. Elle insiste également sur la nécessité d’adapter le système éducatif, en mettant l’accent sur la compréhension du fonctionnement de l’IA plutôt que sur la simple distribution d’outils numériques. « Il faut donner aux enfants les moyens de concevoir l’IA eux-mêmes, de faire les lois de demain et de contribuer à façonner ce nouveau monde », conclut-elle.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.