Une découverte scientifique majeure pourrait révolutionner la prise en charge de la sclérose en plaques (SEP) : l’exercice physique, déjà recommandé pour son impact sur la qualité de vie des patients, révèle désormais un mécanisme biologique inédit capable de protéger directement les neurones. Une étude internationale, publiée récemment, identifie l’irisine, une hormone libérée pendant l’effort, comme un acteur clé de cette protection cérébrale.
Depuis des décennies, les médecins savent que l’activité physique améliore les symptômes de la SEP, une maladie neurodégénérative touchant près de 100 000 personnes en France. Mais jusqu’à présent, les mécanismes précis restaient flous. Une collaboration entre le Mass General Brigham (États-Unis) et le Centre médical universitaire de Hambourg-Eppendorf (Allemagne) vient de percer ce mystère. Leur étude, publiée dans Nature Metabolism, montre que l’irisine, une molécule sécrétée par les muscles lors d’un effort aérobique, traverse la barrière hémato-encéphalique pour protéger les neurones dans trois zones critiques : la moelle épinière, la rétine et l’hippocampe. Une avancée qui pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements.
L’irisine, une hormone aux propriétés neuroprotectrices
L’irisine est au cœur de cette découverte. Produite par les muscles squelettiques pendant l’exercice, cette hormone agit comme un messager entre le corps et le cerveau. Les chercheurs ont démontré son rôle en étudiant des souris génétiquement modifiées pour ne pas produire d’irisine : chez ces animaux, les effets bénéfiques de l’activité physique sur la SEP disparaissaient complètement. Une preuve sans équivoque que cette molécule est indispensable à la protection neuronale.
Ce qui est particulièrement passionnant, c’est qu’une molécule induite par l’exercice puisse protéger directement les neurones dans un modèle murin de sclérose en plaques, révélant ainsi un mécanisme fondamentalement nouveau par lequel l’exercice peut influencer la neurodégénérescence dans la SEP.
Les résultats sont frappants : l’administration d’irisine améliore significativement la récupération des fonctions motrices après une poussée de la maladie. Elle préserve aussi la densité des connexions synaptiques et restaure l’énergie cellulaire des neurones moteurs, en ciblant notamment l’activité du complexe mitochondrial IV. Une avancée qui pourrait avoir des implications majeures pour les patients, car la structure de l’irisine est identique à 100 % chez l’humain et le rongeur.
Un espoir pour une maladie encore mal comprise
La sclérose en plaques reste une maladie complexe, marquée par des poussées imprévisibles et une progression variable selon les patients. Jusqu’à présent, les traitements se concentraient sur la réduction de l’inflammation et la prévention des lésions du système nerveux central. Mais cette nouvelle étude ouvre une piste radicalement différente : celle d’un traitement basé sur la stimulation de mécanismes naturels de protection, déjà activés par l’exercice.
Selon les données disponibles, un patient sur trois en phase précoce de la maladie (appelée phase RIS, pour « risk of symptomatic disease ») développera des symptômes dans les cinq ans. Or, traiter tôt permet de réduire significativement les dommages au système nerveux central. Les chercheurs soulignent que cette découverte pourrait permettre d’envisager des thérapies ciblant directement l’irisine, ou même des stratégies combinant exercice physique et molécules synthétiques inspirées de cette hormone.
Vers une médecine personnalisée de la SEP ?
Si les résultats chez l’animal sont prometteurs, la transposition à l’humain reste un défi. Les chercheurs doivent encore déterminer comment reproduire ces effets chez les patients, notamment en identifiant les doses optimales et les protocoles d’exercice les plus efficaces. Une question se pose aussi : et si l’irisine pouvait devenir un marqueur biologique pour évaluer l’efficacité des traitements actuels ?
En parallèle, d’autres avancées récentes montrent que des habitudes de vie comme une alimentation équilibrée (type régime méditerranéen) ou la rééducation précoce jouent un rôle protecteur. Ces éléments renforcent l’idée d’une approche globale de la SEP, où la prévention et le mode de vie tiennent une place centrale. Les autorités sanitaires pourraient bientôt intégrer ces nouvelles données dans leurs recommandations, notamment pour les patients en phase prodromale.
Les limites et les questions qui persistent
Malgré ces espoirs, plusieurs obstacles subsistent. D’abord, les mécanismes exacts par lesquels l’irisine agit sur les neurones humains ne sont pas encore entièrement élucidés. Ensuite, la variabilité individuelle de la réponse à l’exercice pose question : tous les patients ne réagissent pas de la même manière aux traitements actuels, et il en ira probablement de même pour cette nouvelle piste.
Enfin, la recherche sur la SEP reste confrontée à des défis logistiques et financiers. Les études cliniques sont coûteuses, et les délais pour valider une nouvelle molécule ou une nouvelle approche thérapeutique peuvent s’étendre sur plusieurs années. Pourtant, les chercheurs insistent sur l’urgence d’explorer cette voie, d’autant que l’exercice physique est déjà largement accessible et peu coûteux pour les patients.
Pour les patients et leurs proches, cette découverte est une lueur d’espoir. Elle rappelle aussi l’importance de ne pas négliger les recommandations actuelles : exercice régulier, alimentation saine et suivi médical rigoureux restent les piliers d’une prise en charge optimale de la SEP. Mais elle ouvre surtout une ère nouvelle, où la médecine pourrait enfin exploiter les mécanismes naturels du corps pour lutter contre la neurodégénérescence.
Une chose est sûre : les prochaines années seront déterminantes pour traduire ces résultats en solutions concrètes. Les patients attendent des réponses, et la communauté scientifique a désormais une piste claire à explorer.
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