Publié le 8 décembre 2025. Le diabète et la dépression, deux affections de plus en plus répandues, sont souvent liées et peuvent s’aggraver mutuellement. Des experts soulignent l’importance d’une prise en charge intégrée et centrée sur le patient pour briser ce cercle vicieux.
- Près de 12 % de la population américaine est atteinte de diabète, et environ 9 % souffrent de dépression.
- Le diagnostic de l’une de ces maladies augmente le risque de développer l’autre.
- Les pharmaciens jouent un rôle crucial dans la détection et la gestion de ces comorbidités.
La corrélation entre le diabète et la dépression est de plus en plus reconnue par la communauté médicale. Selon des présentations lors de l’ASHP Midyear 2025, les personnes atteintes d’une maladie chronique comme le diabète présentent un risque accru de développer une dépression, en raison de l’anxiété, du stress liés à la gestion de la maladie, ou encore des effets secondaires de certains traitements.
Kathleen M. Vest, pharmacienne certifiée en soins et éducation sur le diabète, a souligné :
« Les personnes atteintes de diabète sont deux fois plus susceptibles de développer une dépression que celles qui ne le sont pas. »
Kathleen M. Vest, pharmacienne certifiée
Elle a également expliqué que les symptômes de la dépression peuvent parfois masquer ou être confondus avec ceux du diabète, rendant le diagnostic plus complexe.
Pour illustrer les signes et symptômes de la dépression, les spécialistes utilisent souvent le mnémonique M SIG E CAPS :
- M : Humeur dépressive
- S : Troubles du sommeil
- I : Perte d’intérêt (anhédonie)
- G : Sentiment de culpabilité ou d’inutilité
- E : Fatigue et manque d’énergie
- C : Difficultés de concentration
- A : Changements d’appétit et/ou de poids
- P : Agitation ou ralentissement psychomoteur
- S : Idées suicidaires
Un diagnostic de dépression nécessite la présence d’au moins cinq de ces symptômes, dont soit une humeur dépressive, soit une perte d’intérêt. Or, de nombreux patients diabétiques présentent déjà certains de ces symptômes en raison de leur maladie, comme des troubles du sommeil, des variations de poids ou un manque d’énergie.
Les traitements du diabète peuvent également compliquer la situation. Les médicaments à base de peptide-1 de type glucagon (GLP-1), par exemple, peuvent entraîner une perte de poids, ce qui peut être problématique pour les patients souffrant déjà de dépression. Inversement, la dépression peut nuire à la motivation des patients à suivre leur traitement, à surveiller leur glycémie ou à adopter un mode de vie sain.
Sarah E. Grady, pharmacienne spécialisée en santé comportementale, a également mis en évidence les défis liés au traitement des comorbidités. Les antidépresseurs, bien que souvent nécessaires, peuvent avoir des effets secondaires qui exacerbent le diabète, comme une prise de poids ou une augmentation de l’appétit, en particulier pour les aliments riches en glucides. Elle a également cité des études suggérant un lien entre l’utilisation à long terme d’antidépresseurs et le développement du diabète de type 2, tout en reconnaissant que ces mêmes médicaments peuvent réduire la mortalité chez les patients diabétiques.
De plus, Grady a souligné que de nombreux patients souffrant de troubles de l’humeur ont également des antécédents de troubles liés à l’usage de substances, ce qui rend la prise en charge encore plus complexe. Par exemple, les antipsychotiques peuvent avoir un impact négatif sur les niveaux de glucose, et les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) peuvent affecter la fonction pancréatique et entraîner une hypoglycémie, en particulier lorsqu’ils sont associés à des sulfonylurées.
Face à ces défis, les pharmaciens sont appelés à jouer un rôle central dans la prise en charge des patients souffrant de diabète et de dépression. Grady et Vest insistent sur l’importance d’un plan de traitement personnalisé, qui tienne compte des spécificités de chaque patient. Ils encouragent les pharmaciens à dépister régulièrement la présence de l’une ou l’autre de ces affections chez leurs patients, et à surveiller attentivement l’impact des médicaments sur leur état de santé et leur qualité de vie.
Ils soulignent également la nécessité d’une collaboration étroite entre les différents professionnels de santé impliqués dans la prise en charge de ces patients, afin de garantir une approche cohérente et coordonnée.
« Nous pensons qu’il y a beaucoup de cloisonnements dans la pratique, et notre objectif est donc de vraiment combiner ces sujets afin que nous puissions traiter les deux de manière adéquate et simultanément pour obtenir les meilleurs résultats. »
Sarah E. Grady, pharmacienne spécialisée
