Des experts indépendants de la Haute école zurichoise de sciences appliquées et de la Haute école spécialisée de la Suisse italienne ont examiné la faisabilité de cinq propositions concrètes soumises par la communauté de l’espace de débat SSR dialogue pour freiner l’envolée des coûts face à la hausse continue des primes d’assurance-maladie prévue pour 2027.
Cinq pistes citoyennes face à la hausse
L’annonce récente d’une augmentation de 5% des primes d’assurance-maladie pour 2027 a poussé les utilisateurs de la plateforme dialogue à formuler des solutions alternatives.
La première piste suggère la création d’une caisse unique gérée par l’État. Selon les partisans de cette idée au sein de la communauté, une telle structure éliminerait la nécessité de réaliser des bénéfices ou de distribuer des dividendes. Un contributeur a notamment comparé la situation avec la France, affirmant que la sécurité sociale a des frais d’exploitation de 3%, ce qui signifie que 97% des dépenses de santé financent directement des prestations de santé
, tandis que les assurances privées affichent des frais de 21%.
Des spécialistes examinent la faisabilité
Christina Vetsch-Tzogiou, de la Haute école zurichoise de sciences appliquées, rappelle un cadre légal précis : Les caisses-maladie ne sont pas autorisées à réaliser des bénéfices avec l’assurance obligatoire des soins (AOS).
Les experts mandatés pour analyser ces propositions nuancent fortement l’efficacité de certaines mesures. Elle ajoute que les frais administratifs ne pèsent que pour environ 4% des primes, ce qui signifie qu’une caisse unique ne résoudrait donc probablement pas le problème des coûts
, puisque la croissance est portée par l’augmentation des coûts par personne traitée et le progrès médical.
Cécile Grobet, également de la Haute école zurichoise de sciences appliquées, souligne que la Suisse consacre à peine 1,5% de ses dépenses de santé à ce domaine. Sur le plan de la prévention, la communauté réclame des lois plus strictes dans le secteur alimentaire, incluant des taxes sur le sucre, l’affichage Nutri-Score, l’interdiction des produits ultra-transformés et un plafonnement des marges sur les produits sains.
Le contrôle des spécialistes et la répartition
Igor Francetic, de la Haute école spécialisée de la Suisse italienne, valide en partie cette approche : Un contrôle plus strict des spécialisations et de la rémunération des prestations des spécialistes permettrait de contrôler à la fois les volumes et les prix. C’est une excellente proposition.
Une autre piste populaire auprès des citoyens vise à revaloriser les médecins généralistes tout en limitant le nombre de spécialistes et en plafonnant leurs rémunérations.
Igor Francetic évoque la situation critique de cantons comme le Tessin, où à partir de 2029, la moitié des citoyens pourrait bénéficier de subsides aux primes
, rendant inévitable une réflexion sur un prélèvement calqué sur les principes fiscaux. Alors que certains citoyens plaident pour un système national plus équitable, Christina Vetsch-Tzogiou relève que les coûts globaux ne changeraient pas et que cela pourrait affaiblir la conscience des dépenses chez les assurés.
La gestion des produits pharmaceutiques
En 2025, les médicaments représentaient 22% des coûts de l’assurance obligatoire des soins, atteignant 9,7 milliards de francs, selon le journal Le Temps. En parallèle aux propositions citoyennes, la gestion des dépenses liées aux produits pharmaceutiques constitue un autre front pour les autorités fédérales. Ce montant représente un levier d’action, alors même que l’industrie pharmaceutique européenne, incluant des groupes comme Roche et Novartis, réclame des hausses de prix.
Cécile Grobet estime qu’un examen régulier fondé sur l’efficacité et l’économicité est tout à fait pertinent concernant la cinquième piste citoyenne axée sur la réévaluation du catalogue des prestations LAMal. Elle rappelle que selon l’OFSP, les contrôles menés jusqu’à présent permettent d’économiser près de 150 millions de francs par an, qualifiant la réduction récente du budget alloué à ces examens d’incompréhensible.