Publié le 14 janvier 2024 07:38:00. Conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Marco Rubio façonne la politique américaine envers l’Amérique latine avec une vision profondément ancrée dans l’expérience de l’exil cubain, suscitant des interrogations sur son influence grandissante et ses ambitions potentielles.
- Marco Rubio, figure montante de la politique étrangère américaine, a joué un rôle clé dans la stratégie de Washington envers le Venezuela et Cuba.
- Son engagement politique est né des récits familiaux sur la perte de Cuba et la lutte contre le socialisme, transmis au sein de la communauté cubaine de Miami.
- Des déclarations récentes de Donald Trump suggèrent que Rubio pourrait aspirer à un rôle plus important, alimentant les spéculations sur son avenir politique.
L’influence de Marco Rubio sur la politique étrangère américaine, particulièrement en Amérique latine, ne cesse de croître. Son approche, souvent perçue comme ferme et sans compromis, est directement liée à son histoire personnelle et à celle de sa famille, marquée par l’exil cubain. Né aux États-Unis de parents cubains, Rubio a grandi à Miami, au cœur d’une communauté où les souvenirs de Cuba et la crainte du socialisme sont restés vivaces.
Selon des informations de CNN, l’enfance de Rubio a été profondément influencée par les récits de son grand-père, partagés sur le porche familial. Ces histoires ne se limitaient pas à l’histoire de la famille, mais évoquaient également la liberté perdue de Cuba, les héros nationaux comme José Martí et la vie que ses parents avaient été forcés de quitter. Dès son plus jeune âge, Rubio nourrissait l’ambition de jouer un rôle dans la libération de son pays d’origine.
« Je disais fièrement qu’un jour je dirigerais une armée d’exilés pour renverser Fidel Castro et devenir le président d’un Cuba libre. »
Marco Rubio, dans ses mémoires publiées en 2012
Plus d’un demi-siècle après, ces rêves d’enfant semblent de moins en moins éloignés de la réalité. Les récentes déclarations de Donald Trump, laissant entendre que Rubio pourrait bientôt occuper un nouveau poste, ont suscité de vives réactions. Trump a notamment répondu favorablement à un message sur sa plateforme Truth Social suggérant que Rubio pourrait prendre le pouvoir à Cuba en cas de crise politique.
Rubio, aujourd’hui âgé de 54 ans, est au centre de l’une des politiques les plus controversées envers l’Amérique latine ces dernières années. Il aurait joué un rôle déterminant dans la stratégie américaine envers le Venezuela, notamment dans la tentative de déstabilisation du régime de Nicolás Maduro, un allié proche de Cuba. Trump a d’ailleurs publiquement reconnu le rôle de Rubio dans cette affaire, affirmant qu’il l’aiderait à “gérer” la situation au Venezuela.
Pour comprendre les décisions prises par Washington, il est essentiel de replacer l’action de Rubio dans le contexte de son parcours personnel. Enfant d’immigrés cubains, il a grandi dans une communauté où le sentiment d’une patrie perdue et la peur du socialisme étaient omniprésents. Ces valeurs ont façonné son identité politique et son engagement envers la cause de la liberté à Cuba.
« Marco a apporté à la Maison Blanche ce que les gens ressentent lorsqu’ils doivent tout laisser derrière eux. Il est ce que toute mère cubaine voudrait que son fils soit : quelqu’un qui aime Miami, est reconnaissant envers les États-Unis, mais n’oublie jamais Cuba. »
Tomas Regalado, ancien maire de Miami et pionnier de la radio cubano-américaine
Cette conviction se traduit par une forte attente au sein de la communauté cubaine de Miami, qui espère que Rubio contribuera à l’effondrement du régime cubain. Selon Steve Bovo, un ami proche de Rubio et ancien maire de Hialeah :
« Ne vous y trompez pas : un Caracas libre est le début du chemin vers une Havane libre. »
Steve Bovo, ancien maire de Hialeah
La communauté cubaine de Miami exerce depuis longtemps une influence disproportionnée sur la politique américaine, en particulier en raison de l’importance de la Floride dans les élections présidentielles. Des événements tels que la migration du Mariel en 1980, le crash des avions civils cubains en 1996 et la crise Elian Gonzalez en 1999 ont profondément marqué la communauté et influencé la politique américaine. Les politiciens qui cherchent à obtenir des votes en Floride doivent inévitablement tenir compte des préoccupations de cette communauté.
Selon l’ancien représentant républicain Carlos Curbelo, la politique de l’exil est inévitable en Floride :
« Vous devez d’abord prouver que vous êtes l’un d’entre eux. Si vous êtes un sympathisant de Castro, vous ne pouvez pas espérer obtenir des votes, même pour le plus petit bureau local. C’est dans l’ADN de Rubio. »
Carlos Curbelo, ancien représentant républicain
L’ascension politique de Rubio est également liée à l’influence de son grand-père maternel, qu’il décrit comme son “mentor et ami d’enfance”. Son grand-père était critique envers la tentative d’invasion de la Baie des Cochins en 1961 et admirait la fermeté anticommuniste de Ronald Reagan. Il estimait qu’une Amérique forte était essentielle pour préserver la liberté dans le monde.
Cependant, l’histoire de Rubio a été remise en question ces dernières années. Il a été révélé que sa famille était arrivée aux États-Unis deux ans avant la révolution castriste, ce qu’il avait initialement présenté comme un exil postérieur à la révolution. Rubio a expliqué cette divergence par la “tradition orale” de sa famille, affirmant que ses parents seraient retournés à Cuba si Castro n’était pas au pouvoir.
L’évolution de la situation au Venezuela a également joué un rôle important dans l’ascension de Rubio. L’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1998 a suscité l’inquiétude de la communauté cubaine de Miami. Rubio, élu à l’Assemblée législative de Floride en 2000, est devenu le premier président de la Chambre des représentants cubano-américain de l’État. Au cours de la même période, des dizaines de milliers de Vénézuéliens ont fui leur pays pour s’installer aux États-Unis, dont une part importante en Floride.
Élu au Sénat en 2010, Rubio est devenu un fervent défenseur de sanctions sévères contre le Venezuela, critiquant ouvertement le régime de Maduro. L’effondrement économique et politique du Venezuela a entraîné l’une des plus grandes vagues d’immigration de l’histoire du pays, avec environ 8 millions de Vénézuéliens ayant quitté leur pays depuis 2014. Rubio a soutenu la mise en place du statut de protection temporaire (TPS) pour les immigrants vénézuéliens, mais a également critiqué l’administration Trump pour avoir mis fin à ces protections.
Aujourd’hui, les communautés cubaines de Floride considèrent la chute de Maduro comme un signe encourageant pour Cuba. Les déclarations de Trump suggérant que Cuba pourrait “s’effondrer d’elle-même” renforcent cette conviction. Rubio, pour sa part, est plus direct :
« Si je vivais à La Havane et que je servais au gouvernement, je serais sérieusement inquiet. »
Marco Rubio
Article compilé à partir de l’article de CNN intitulé “Comment la capture de Maduro par Trump peut-elle être attribuée à Marco Rubio : le porche de l’enfance”.







