Publié le 2024-02-29 10:00:00. Un écart générationnel inquiétant se manifeste dans la connaissance de figures emblématiques de l’histoire et de la culture norvégienne, soulevant des questions sur l’évolution de la transmission du savoir à l’ère numérique.
La disparition d’Arthur Arntzen, figure majeure de l’humour norvégien, a mis en lumière un fossé grandissant entre les générations en matière de culture générale. Les réactions aux nouvelles de son décès ont été sensiblement différentes selon l’âge des lecteurs, les plus jeunes manifestant une méconnaissance de son œuvre et de son importance.
Ce phénomène ne se limite pas à Arntzen. Une récente anecdote relatée au sein d’une rédaction témoigne d’une lacune similaire concernant des événements historiques majeurs. Lors d’un quiz interne, la question portant sur la date de la chute du mur de Berlin n’a pas suscité de réaction, non pas par ignorance de l’année elle-même, mais par une incompréhension de la question et de son contexte. Comme l’explique un témoin, l’explication du contexte historique a été accueillie avec scepticisme, certains estimant que l’événement s’était produit “au siècle dernier”.
« Ils n’ont pas compris la question. »
Témoin anonyme
Ce manque de connaissances intergénérationnel interroge sur l’évolution des méthodes d’apprentissage et de transmission du savoir. Autrefois, l’acquisition de connaissances factuelles était au cœur du système éducatif, avec des émissions télévisées comme “Her er ditt liv” (“Voici votre vie”) de Harald Tusberg, qui rassemblaient des audiences massives autour des biographies de personnalités norvégiennes marquantes. Ces programmes, qui mettaient en lumière des figures comme Hjallis, Jens Evensen ou Ingrid Bjoner, sont aujourd’hui difficilement imaginables en termes d’audience.
Aujourd’hui, l’école privilégie la compréhension et la capacité à traiter l’information plutôt que l’accumulation de connaissances brutes. L’accès instantané à l’information grâce aux outils numériques, notamment les smartphones, a dévalué la valeur du savoir mémorisé. La gratification instantanée offerte par le monde numérique rend plus difficile l’investissement dans des formes d’apprentissage plus longues et plus approfondies, comme la lecture de livres ou le visionnage de documentaires.
Ce phénomène a des implications potentiellement préoccupantes. Selon l’auteur, la connaissance du passé est essentielle pour comprendre le présent et éviter de répéter les erreurs du passé. Ignorer des figures comme Arthur Arntzen, c’est aussi ignorer une partie de l’histoire de la Norvège et des luttes sociales qu’elle a traversées, notamment la discrimination envers les habitants du nord du pays, un chapitre sombre mais important de l’histoire norvégienne. En 1998, l’historien des idées Rune Slagstad a souligné l’importance d’Arntzen dans son ouvrage “National Strateger” (“Stratèges nationaux”).
De même, ignorer l’histoire du mur de Berlin et de la guerre froide peut rendre plus difficile la reconnaissance des courants fascistes contemporains, notamment chez les jeunes qui admirent des personnalités comme Donald Trump et Elon Musk. Le mur de Berlin, symbole de la division de l’Europe pendant la guerre froide, est un exemple frappant de l’importance de la mémoire collective.
En conclusion, l’auteur souligne qu’il est crucial de ne pas laisser sombrer dans l’oubli les connaissances essentielles, car elles sont indispensables pour comprendre le monde qui nous entoure et construire un avenir éclairé. Sans une connaissance du passé, il devient difficile de comprendre le présent et d’anticiper l’avenir.
Lorsqu’il n’est pas alimenté automatiquement, tout devient plus fragmenté, plus sujet aux projections brusques.
