La Philharmonie de Paris propose une expérience inédite jusqu’au 1er février 2026 : une plongée immersive dans l’univers de Vassily Kandinsky, où les couleurs et la musique se répondent et s’entremêlent. L’exposition « Kandinsky, la musique des couleurs » révèle comment le peintre russe a traduit les sons en formes et les harmonies en compositions picturales.
L’exposition, fruit d’une collaboration entre le Musée de la musique et le Centre Pompidou, rassemble près de 200 œuvres qui retracent l’évolution artistique de Kandinsky, des paysages russes de sa jeunesse à ses dernières créations abstraites. Dès l’entrée, les visiteurs reçoivent un casque audio diffusant une bande-son spécialement conçue pour accompagner chaque section de l’exposition, recréant ainsi l’expérience sensorielle qui a marqué la vie de l’artiste.
Tout a commencé en 1896, lors d’une représentation de l’opéra « Lohengrin » de Richard Wagner au Bolchoï. Kandinsky, alors étudiant en droit, a vécu une révélation : en écoutant l’orchestre, il a perçu des couleurs. « Ce soir-là, quelque chose bascule », témoigne l’exposition. Cet événement, qu’il nommera plus tard le « choc Wagner », a radicalement modifié le cours de sa vie et de son art.
Issu d’une famille cultivée, Kandinsky avait déjà une sensibilité musicale, pratiquant le violoncelle et l’harmonium. Mais l’opéra de Wagner a agi comme un catalyseur, l’amenant à développer une théorie des correspondances entre les couleurs et les instruments. Il associait ainsi le bleu clair à la flûte, le jaune à la trompette et le vert au violon. Au-delà de ces associations, il a transposé un véritable vocabulaire musical dans sa peinture, utilisant même le mot « composition » – qu’il employait pour titrer ses œuvres majeures – comme une source d’inspiration profonde. Selon ses propres dires, ce terme agissait sur lui « comme une prière ».
L’exposition explore également les influences des musiciens d’avant-garde sur Kandinsky, notamment Scriabine, Schönberg, Stravinsky, Thomas von Hartmann et Sergueï Taneïev. Ces échanges ont nourri ses célèbres séries d’« Improvisations » et de « Compositions », où il réinvente le langage pictural en s’inspirant de l’abstraction musicale. Contemporain de Moussorgski et des nouvelles écoles musicales russes, Kandinsky a également puisé dans le folklore de son pays natal pour enrichir sa palette.
Une salle intitulée « L’œil écoute » dévoile la discothèque de Kandinsky, allant des chants de synagogue aux valses de Strauss en passant par Bach. L’artiste vivait dans un monde où la musique et les couleurs dialoguaient constamment, allant jusqu’à demander à son entourage de décrire la musique en termes de couleurs.
L’exposition présente également des projets ambitieux de Kandinsky, tels qu’un piano optophonique projetant des formes colorées, ses esquisses pour un spectacle visuel inspiré des « Tableaux d’une exposition » de Moussorgski (reconstitué en vidéo), et le Salon de musique qu’il a conçu pour l’exposition d’architecture de Berlin en 1931. L’objectif est de rendre accessible un artiste souvent considéré comme complexe, en montrant comment sa quête d’absolu artistique était ancrée dans une expérience sensorielle concrète.
