Publié le 13 janvier 2024 à 18h52. Des particules issues de l’atmosphère terrestre, emportées par le vent solaire, se déposent depuis des milliards d’années sur la Lune, modifiant la composition du sol lunaire. Une nouvelle étude révèle que ce transfert de matière est plus complexe qu’on ne le pensait et pourrait avoir des implications importantes pour l’exploration lunaire.
Des recherches récentes remettent en question les théories établies sur l’origine des gaz volatils – tels que l’eau, le dioxyde de carbone, l’hélium et l’azote – détectés dans le régolithe lunaire, la couche de poussière recouvrant la surface de la Lune. Ces traces, découvertes lors des missions Apollo, avaient initialement été attribuées au Soleil.
En 2005, des scientifiques de l’Université de Tokyo avaient émis l’hypothèse que ces substances provenaient de l’atmosphère d’une Terre primitive, antérieure à la formation de son champ magnétique, il y a environ 3,7 milliards d’années. Ils pensaient que l’apparition du champ magnétique aurait stoppé ce flux de particules. Cependant, la nouvelle étude suggère que le champ magnétique terrestre aurait en réalité favorisé le transfert de particules atmosphériques vers la Lune, un processus qui se poursuit encore aujourd’hui.
« Cela signifie que la Terre a fourni pendant tout ce temps des gaz volatils tels que l’oxygène et l’azote au sol lunaire »,
Eric Blackman, professeur au Département de physique et d’astronomie de l’Université de Rochester à New York
Les chercheurs ont utilisé des simulations informatiques pour tester deux scénarios : un fort vent solaire en l’absence de champ magnétique terrestre, et un vent solaire plus faible avec un champ magnétique puissant. Le scénario correspondant à la Terre actuelle s’est avéré le plus efficace pour transférer des fragments de l’atmosphère terrestre vers la Lune. Ces résultats ont ensuite été comparés aux données issues de l’analyse des échantillons lunaires rapportés sur Terre.
La présence d’éléments utiles comme l’oxygène et l’hydrogène sur la Lune pourrait s’avérer précieuse pour de futures missions et potentiellement pour l’établissement de colonies lunaires. L’extraction de ces ressources sur place permettrait d’éviter leur transport coûteux depuis la Terre.
« Des études sont déjà menées sur la manière de traiter l’eau contenue dans le régolithe lunaire pour en extraire l’hydrogène et l’oxygène, qui pourraient servir de carburant. Des recherches portent également sur des carburants à base d’ammoniac, qui utiliseraient l’azote transporté par le vent solaire. Ainsi, cette matière apportée par le vent solaire pourrait être exploitée grâce à ces innovations », explique Eric Blackman.

Le champ magnétique terrestre, généré par les mouvements du fer et du nickel en fusion dans le noyau de la planète, protège l’atmosphère en déviant une grande partie du vent solaire. Cependant, son interaction avec ce vent solaire crée une magnétosphère, une structure en forme de comète, qui peut canaliser certaines particules vers l’espace, notamment vers la Lune.
« Nous utilisons des échantillons lunaires rapportés par les missions Apollo 14 et Apollo 17 pour valider nos résultats », explique Shubhonkar Paramanick, étudiant diplômé à l’Université de Rochester et auteur principal de l’étude, publiée en décembre dans la revue Nature Communications Earth & Environment.
Cette découverte est d’autant plus pertinente que la Chine a récemment collecté de nouveaux échantillons de sol lunaire avec sa mission Chang’e-5 en 2020, et a ramené des échantillons de la face cachée de la Lune avec Chang’e-6 en 2024. Ces nouveaux échantillons permettront de confirmer et d’approfondir les conclusions de cette étude.
Selon Simeon Barber, chercheur à l’Open University au Royaume-Uni, cette étude renforce l’idée que la Terre et la Lune ont une histoire commune et qu’elles s’influencent mutuellement, non seulement physiquement, mais aussi chimiquement. Les futurs modules robotiques lunaires, capables de mesurer directement les éléments volatils présents dans le régolithe, permettront d’affiner encore notre compréhension de cette interaction complexe.
