Publié le 2024-02-29. Le cancer du poumon, première cause de mortalité oncologique en Argentine, touche de plus en plus de femmes. La prévention, notamment l’arrêt du tabac, et le dépistage précoce restent les meilleures armes pour inverser cette tendance inquiétante.
- Le cancer du poumon est la troisième tumeur la plus courante en Argentine, représentant près de 10 % des nouveaux cas diagnostiqués chaque année.
- L’incidence du cancer du poumon tend à s’égaliser entre les hommes et les femmes, avec 35 % des cas recensés chez la population féminine.
- Le tabagisme est responsable de 80 % des cas de cancer du poumon, mais d’autres facteurs de risque, tels que la pollution environnementale, existent.
Avec plus de 10 000 décès par an, le cancer du poumon est la cause oncologique la plus meurtrière en Argentine, selon les données de Globocan, l’Observatoire mondial du cancer. Bien que la mortalité diminue dans certains pays développés, elle reste élevée en Argentine, où le manque de statistiques complètes entrave la mise en place de politiques de santé publique efficaces.
« Il est essentiel de mettre en œuvre des politiques qui permettent d’avoir des statistiques fiables sur le cancer », souligne le Dr Claudio Martin (MN 82958), chef du service d’oncologie thoracique à l’Institut Alexander Fleming (IAF). Il observe que l’incidence pourrait se stabiliser ou légèrement diminuer chez les hommes grâce aux politiques de réduction du tabagisme, mais pourrait augmenter chez les femmes et les non-fumeurs.
Le Dr José Luis Morero (MN 52120), pneumologue et chef de la section de pneumologie et coordinateur du programme de dépistage précoce du cancer du poumon de l’IAF, analyse : « Par rapport à l’Amérique latine, notre pays se situe dans une zone d’incidence moyenne du cancer du poumon. »
Le tabac reste le principal facteur de risque, contenant des substances nocives qui endommagent les cellules pulmonaires. L’exposition à la fumée passive est également dangereuse. D’autres facteurs, tels que la pollution environnementale et l’exposition à des substances nocives comme le radon, ou encore des antécédents familiaux, peuvent également favoriser le développement de la maladie, bien que dans une moindre mesure.

« Ne pas fumer préviendrait 80 % des cancers du poumon », affirme le Dr Claudio Martín. Cette information prend tout son sens à l’occasion de la Journée internationale du cancer du poumon, qui vise à promouvoir la prévention et à lutter contre les facteurs de risque.
Le Dr Morero souligne : « Les actions de prévention les plus importantes sont les campagnes publiques antitabac et les consultations médicales pour les fumeurs ou anciens fumeurs. » Il rappelle que l’Organisation mondiale de la santé considère le tabagisme comme la principale cause de décès évitable dans les pays en développement. Les effets du tabac sont associés non seulement au cancer du poumon, mais aussi aux maladies respiratoires, aux crises cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux. On estime qu’un fumeur sur deux meurt d’une maladie liée au tabac et vit en moyenne 10 à 15 ans de moins qu’un non-fumeur.
Tous les fumeurs sont à risque, quelle que soit l’intensité de leur consommation. Ceux qui fument 10 cigarettes ou plus par jour pendant 15 à 20 ans présentent un risque plus élevé, mais même une consommation de 6 à 10 cigarettes par mois augmente le risque par rapport aux non-fumeurs. Le message est clair : tous les fumeurs doivent arrêter, quelle que soit la fréquence de leur consommation.

Le pneumologue de l’IAF prévient que lorsque les tumeurs pulmonaires présentent des symptômes – toux persistante, crachats de sang, essoufflement, douleurs thoraciques, perte de poids brutale, modification de la voix – elles sont généralement déjà à un stade avancé. Il est donc important que les fumeurs ou anciens fumeurs participent à un programme de dépistage précoce par tomodensitométrie à faible dose, actif à l’Institut Alexander Fleming depuis 2017. Cette méthode est actuellement la seule qui a prouvé son efficacité pour réduire la mortalité liée au cancer du poumon en permettant un diagnostic précoce.
« Des progrès considérables ont été réalisés tant au niveau du diagnostic que des traitements, transformant radicalement cette maladie, qui avait autrefois un très mauvais pronostic », explique le Dr Martin. « Il est désormais possible de la détecter précocement et de la guérir, ou de la rendre chronique même à un stade avancé, grâce aux nombreuses nouvelles thérapies disponibles. » Les thérapies de précision et l’immunothérapie représentent deux domaines de progrès notables.
Les thérapies de précision visent à étudier chaque patient individuellement afin de déterminer le mécanisme génétique à l’origine du développement de la tumeur. Dans 40 % des cas, il est déjà possible d’identifier ce mécanisme et de choisir une stratégie thérapeutique plus efficace pour contrôler la maladie sur le long terme.
« Les anticorps conjugués à des médicaments constituent une autre piste prometteuse, actuellement à l’étude dans le cadre d’essais cliniques. Ils consistent en un anticorps qui se lie à un récepteur sur la cellule tumorale et fixe la chimiothérapie, la ciblant directement sur la cellule tumorale, contrairement à la chimiothérapie traditionnelle, qui n’est pas spécifiquement ciblée. L’Institut Fleming participe actuellement à des essais cliniques portant sur ce type de médicaments avancés », précise le chef du service d’oncologie thoracique de l’établissement.

L’immunothérapie, quant à elle, permet aux défenses de l’organisme d’attaquer les cellules tumorales et représente une avancée majeure en termes d’options thérapeutiques. Selon les particularités de chaque cas, elle peut être utilisée seule ou en association avec une chimiothérapie. « Jusqu’à présent, nous utilisions ces médicaments lorsque les tumeurs présentaient déjà des métastases. Cependant, l’utilisation de thérapies ciblées et d’immunothérapies a montré qu’elles améliorent les résultats lorsqu’elles sont appliquées avant ou après une intervention chirurgicale ou après une radiothérapie. De plus en plus de patients peuvent être guéris, surtout lorsque la tumeur est détectée à un stade précoce », conclut le Dr Martin à l’occasion de cette nouvelle Journée internationale du cancer du poumon.
*L’Institut Alexander Fleming est spécialisé dans la prévention, le diagnostic, le traitement et le suivi des maladies oncologiques, ainsi que dans l’innovation médicale.
