Publié le 5 novembre 2025 17h59. La Cour suprême des États-Unis a examiné ce mercredi la légalité des droits de douane imposés par l’administration Trump, une affaire qui pourrait redéfinir les limites du pouvoir exécutif en matière de commerce international et avoir des conséquences économiques majeures.
- La Cour suprême s’est montrée sceptique quant à l’autorité de Donald Trump à imposer des tarifs douaniers sur plus d’une centaine de pays.
- En jeu, près de 195 milliards de dollars de droits de douane collectés jusqu’au 30 septembre, selon le Département du Trésor américain.
- La décision, attendue avant la fin de l’année, intervient dans un contexte politique tendu, après des élections locales et nationales favorables aux démocrates.
Washington – La Cour suprême des États-Unis a été le théâtre d’une audience cruciale ce mercredi, consacrée à deux affaires liées à la question de savoir si l’ancien président Donald Trump avait le pouvoir d’imposer des droits de douane en vertu de la loi sur les pouvoirs d’urgence de 1977, connue sous l’acronyme IEEPA (International Emergency Economic Powers Act). L’enjeu est de taille, touchant à l’économie mondiale et à l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le Congrès.
Au-delà de la question immédiate des tarifs douaniers, se profile une interrogation plus large : les neuf juges de la Cour suprême sont-ils prêts à valider une nouvelle fois une extension des pouvoirs présidentiels sans l’aval du Congrès ? L’audience de plus de deux heures et demie a révélé un scepticisme notable de la part d’une majorité des magistrats quant à l’autorité de Trump à imposer les droits de douane qu’il a instaurés sur plus d’une centaine de pays. Ces taux, allant de 10 % dans la plupart des cas à 50 % pour le Brésil, s’inscrivent dans le cadre d’une politique commerciale agressive menée par l’ancien président et concernent des secteurs clés tels que l’automobile, l’acier, l’aluminium et le cuivre.
Pour l’instant, ce scepticisme ne se traduit pas par une décision formelle. La Cour suprême devrait rendre son verdict avant la fin de l’année, une échéance inhabituellement rapide, habituellement fixée en juin. Cette précipitation est due au montant colossal des droits de douane en jeu : 195 milliards de dollars ont été collectés jusqu’au 30 septembre, selon le Département du Trésor.
Une décision défavorable à Trump constituerait un revers majeur pour l’ancien président, qui considère cette affaire comme « l’une des opinions les plus importantes et transcendantales rendues par la Cour suprême », comme il l’a déclaré dimanche dernier sur son réseau social Truth. Cette nouvelle intervient un an après sa victoire électorale, une campagne largement axée sur sa défense des droits de douane, et quelques heures après des résultats électoraux locaux et nationaux défavorables, qui ont vu les démocrates remporter des victoires significatives.
Les plaignants, une entreprise de jouets de l’Illinois et un importateur d’alcool de New York, agissant au nom d’autres entreprises et soutenus par plusieurs États démocrates, soutiennent que la loi IEEPA n’autorise pas l’imposition de « tarifs ». Ils affirment que le texte ne contient ni le mot « tarifs », ni de termes s’y rapportant, tels que « droits », « taxes » ou « prélèvements ». Ils invoquent également la « doctrine des questions majeures », un principe juridique américain qui exige que le Congrès utilise un langage clair et précis pour autoriser le président à prendre des mesures économiques d’envergure.
Lors de l’audience, le procureur général John Sauer, défendant la position de Trump, a plaidé que la loi confère de larges pouvoirs au président en matière de politique étrangère. Cependant, il a été vivement contredit par les juges libéraux et a suscité l’impatience de certains juges conservateurs, qui semblaient mal à l’aise avec son argumentation parfois nerveuse.

Parmi les juges de la majorité conservatrice, Neil Gorsuch s’est interrogé sur un éventuel excès de pouvoir délégué à Trump depuis son retour à la Maison Blanche, tandis qu’Amy Coney Barrett, souvent considérée comme une figure clé dans les décisions controversées de la Cour, a également exprimé son scepticisme. Ces interrogations mettent en doute l’argument de Trump selon lequel les déséquilibres commerciaux avec d’autres pays constitueraient des « menaces sérieuses ».
Frais et taxes
La juge libérale Sonia Sotomayor a vivement critiqué le procureur Sauer pour avoir tenté de minimiser la différence entre les droits de douane et les taxes.
« Et s’il s’agissait d’impôts ? »
Sonia Sotomayor, juge de la Cour suprême
a-t-elle demandé, soulignant que l’imposition des taxes relève de la compétence du Congrès, et non du président. Sauer a rétorqué que les taxes à l’importation ne concernent pas les citoyens, mais la réglementation du commerce international.
Sotomayor a également demandé à Sauer pourquoi la Cour suprême devrait maintenant valider les actions de Trump, alors qu’elle avait précédemment jugé qu’il n’avait pas le pouvoir, sans l’accord du Congrès, d’annuler la dette étudiante.
Le juge Ketanji Brown Jackson a souligné le paradoxe du fait que la loi IEEPA, signée par Jimmy Carter, visait précisément à limiter le pouvoir présidentiel en matière économique étrangère, en réaction aux tentatives de Richard Nixon d’élargir les prérogatives exécutives, une référence pour Trump.
L’avocat Neal K. Katyal, représentant les plaignants, a pris la parole après 75 minutes d’interrogatoire intense de Sauer. Il a rappelé que le pouvoir d’imposer des taxes a été attribué par les « Pères fondateurs » au Congrès et que la loi IEEPA a été utilisée « à plusieurs reprises » au cours des 50 dernières années pour imposer des sanctions, mais jamais pour dicter une politique tarifaire.
Katyal, fort de plus de 50 plaidoiries devant la Cour suprême, a également cherché à distinguer les droits de douane, qui servent à financer l’État, des embargos ou des sanctions, utilisés comme instruments de pression dans la politique étrangère américaine.
Trump a affirmé à plusieurs reprises qu’il utilisait les droits de douane pour mettre fin aux « guerres commerciales ». Il reste à savoir si cet argument trouvera un écho auprès des juges sceptiques de la Cour suprême. Après l’audience de ce mercredi, débute une phase de délibérations internes qui déterminera l’une des décisions les plus marquantes non seulement pour le système judiciaire, mais aussi pour des décennies d’histoire de la politique commerciale américaine.
