Publié le 30 décembre 2025 à 14h58. L’escalade des tensions au Yémen, marquée par des affrontements armés dans le sud et une rupture entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, menace de faire échouer le fragile cessez-le-feu en cours et plonge le pays dans une nouvelle crise.
- L’Arabie saoudite a lancé des frappes aériennes sur le port de Mukalla, accusant les Émirats arabes unis de fournir des armes à des groupes séparatistes du sud.
- Le gouvernement yéménite, reconnu internationalement, a décrété l’état d’urgence pour 90 jours et annulé son accord de défense mutuelle avec les Émirats arabes unis.
- Riyad a donné un ultimatum de 24 heures aux troupes émiraties pour quitter le Yémen.
La situation sécuritaire au Yémen s’est considérablement détériorée ces dernières heures, avec l’éclatement de combats de grande ampleur dans le sud du pays. Le gouvernement yéménite, soutenu par la communauté internationale, a réagi en proclamant l’état d’urgence nationale pour une durée de 90 jours, une mesure exceptionnelle destinée à faire face à une escalade militaire jugée incontrôlable.
L’élément déclencheur de cette crise est l’offensive lancée par la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite contre le port stratégique de Mukalla. Selon l’agence de presse saoudienne SPA, les forces de la coalition ont ciblé des cargaisons d’armes et de véhicules de combat arrivant par voie maritime depuis les Émirats arabes unis. Ces équipements étaient destinés au Conseil de transition du Sud (CTS), une milice soutenue par Abou Dhabi qui ambitionne de rétablir un État yéménite indépendant dans le sud du pays.
La coalition saoudienne a mis en garde contre toute confrontation militaire avec les forces séparatistes, appelant les rebelles à se retirer « pacifiquement » des provinces qu’ils ont récemment conquises. SPA a rapporté que les équipages des navires transportant l’armement avaient désactivé leurs systèmes de localisation pour faciliter le déchargement.
En réponse à cette situation, le président du Conseil présidentiel yéménite, Rashad al-Alimi, a annoncé l’annulation de l’accord de défense mutuelle avec les Émirats arabes unis.
« L’accord de défense mutuelle avec les Émirats arabes unis est par la présente annulé. »
Rashad al-Alimi, Président du Conseil présidentiel yéménite
Cette décision s’accompagne d’un décret instaurant l’état d’urgence pour 90 jours, impliquant la mise en place d’un blocus aérien, maritime et terrestre de 72 heures.
L’Arabie saoudite a également publié une déclaration ferme, qualifiant sa sécurité nationale de « ligne rouge » et exigeant le départ des troupes émiraties du Yémen dans un délai de 24 heures. Cette mesure intervient après des frappes aériennes de la coalition sur Mukalla, visant à contrer le soutien militaire étranger présumé aux groupes séparatistes du sud.
Dans une allocution télévisée, Rashad al-Alimi a accusé Abou Dhabi d’alimenter les divisions internes au Yémen.
« Malheureusement, il a été confirmé sans aucun doute que les Émirats arabes unis ont fait pression et ont ordonné au Conseil de transition du Sud (CTS) de saper et de se rebeller contre l’autorité de l’État par le biais d’une escalade militaire. »
Rashad al-Alimi, Président du Conseil présidentiel yéménite
Les combats se concentrent actuellement dans la province de Hadramaout, une région orientale frontalière avec l’Arabie saoudite, qui entretient des liens culturels et historiques étroits avec Riyad. L’Arabie saoudite avait précédemment mis en garde le CTS contre toute action militaire dans cette province, après que le groupe eut revendiqué le contrôle de vastes zones du sud. Cette dispute a mis les deux anciens alliés, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, au bord d’un conflit ouvert, alors qu’ils faisaient initialement partie de la même coalition pour lutter contre les Houthis, un mouvement allié de l’Iran depuis 2014.
Cette escalade dans la péninsule arabique survient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. Lundi, le président américain Donald Trump a réitéré la possibilité d’une nouvelle attaque contre l’Iran.
