Publié le 2024-11-21 10:00:00. La déforestation croissante au Brésil modifie le comportement des moustiques de la forêt atlantique, qui se tournent désormais plus fréquemment vers les humains pour se nourrir, augmentant ainsi le risque de transmission de maladies virales.
- Les moustiques de la forêt atlantique brésilienne montrent une préférence marquée pour le sang humain, contrairement à ce que l’on pourrait attendre dans un écosystème riche en autres sources potentielles de nourriture.
- Cette modification de comportement est liée à la fragmentation de la forêt atlantique et à la proximité croissante des populations humaines.
- L’étude souligne l’importance d’une surveillance accrue et de stratégies de contrôle adaptées pour limiter le risque de propagation de maladies transmises par les moustiques.
Une nouvelle étude menée par des chercheurs et publiée dans Frontières de l’écologie et de l’évolution révèle un changement inquiétant dans le comportement des moustiques de la forêt atlantique au Brésil. Alors que cet écosystème, abritant une biodiversité exceptionnelle – oiseaux, grenouilles, serpents, mammifères et poissons – est de plus en plus menacé par la déforestation et l’expansion urbaine et agricole, les moustiques semblent se concentrer sur une source de nourriture plus accessible : les humains.
Pour comprendre ce phénomène, les scientifiques ont capturé 1 714 moustiques, représentant 52 espèces différentes, dans deux réserves naturelles de l’État de Rio de Janeiro : le Site de préservation de Recanto et la Réserve écologique de la rivière Guapiaçu. Ils ont utilisé des pièges lumineux pour attirer les insectes, puis analysé le contenu de leur système digestif afin de déterminer l’origine du sang qu’ils avaient consommé. Sur les 145 femelles pleines de sang, l’analyse génétique a permis d’identifier l’espèce de l’hôte dans 24 cas.
Les résultats sont sans appel : dix-huit des 24 échantillons analysés contenaient du sang humain. Les autres contenaient du sang d’amphibiens, d’oiseaux, de chiens et de rongeurs. Certains moustiques avaient même consommé le sang de plusieurs espèces. L’espèce Coquillettidia venezuelensis, par exemple, présentait du sang amphibien et humain, tandis que Cq. fasciolata contenait principalement du sang d’oiseau, mais aussi celui d’une autre espèce.
« Nous montrons que les moustiques que nous avons capturés dans les vestiges de la forêt atlantique ont une nette préférence pour se nourrir de sang humain. »
Jerónimo Alencar, biologiste
Les chercheurs ont utilisé une technique d’analyse d’ADN, comparable à un « code-barres génétique », pour identifier l’espèce de l’animal dont provenait le sang. Cette méthode permet de lire un fragment d’ADN spécifique à chaque espèce, puis de le comparer à une base de données pour déterminer son origine.
Selon les scientifiques, cette préférence pour le sang humain s’explique par la réduction de l’habitat naturel et la diminution des populations animales sauvages, conséquence directe de la déforestation. Sergio Machado, chercheur en microbiologie et immunologie à l’Institut Université fédérale de Rio de Janeiro, explique : « Avec moins d’options naturelles, les moustiques sont obligés de rechercher d’autres sources. Ils se tournent ensuite plus souvent vers les humains par commodité, car nous sommes l’hôte le plus abondant dans ces zones. »
Ce changement de comportement est particulièrement préoccupant car plusieurs espèces de moustiques présentes dans la région sont connues pour être vecteurs de maladies virales telles que la fièvre jaune, la dengue, le Zika, le Mayaro, le Sabiá et le chikungunya. Une augmentation des piqûres de moustiques sur les humains accroît donc le risque de transmission de ces maladies.
« Dans un environnement avec de nombreux vertébrés différents, une préférence pour l’homme augmente considérablement le risque de transmission d’agents pathogènes. »
Sergio Machado, chercheur en microbiologie et immunologie
Les chercheurs soulignent la nécessité de mener des études plus approfondies pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre et développer des stratégies de contrôle plus efficaces. Ils insistent également sur l’importance d’une surveillance accrue des populations de moustiques et des maladies qu’elles transmettent, ainsi que sur la mise en place de mesures de prévention adaptées. Une meilleure connaissance de la dynamique des populations de moustiques permettra de cibler les interventions et de protéger la santé publique.
Pour en savoir plus sur l’évolution des moustiques, vous pouvez consulter cet article : Pas dans le métro de Londres, mais entre les pyramides : le moustique commun a évolué des milliers d’années plus tôt qu’on ne le pensait. Des informations complémentaires sur la lutte contre le paludisme sont disponibles ici. Enfin, découvrez cet article sur une arme secrète potentielle contre le paludisme.
Écoutez également le Balado scientifique:
