Publié le 17 décembre 2025 à 07h01. Un documentaire révèle l’évolution des normes de sécurité des jouets, en revisitant des modèles du XXe siècle aujourd’hui considérés comme dangereux, voire potentiellement mortels, et qui étaient pourtant couramment offerts aux enfants.
- Des jouets comme le kit de soufflage de verre ou le laboratoire d’énergie atomique Gilbert U-238 exposaient les enfants à des risques chimiques, thermiques et physiques considérables.
- Le documentaire « Histoire dangereuse avec Henry Winkler » explore ces exemples marquants et met en lumière l’absence quasi totale de réglementation en matière de sécurité des jouets pendant une grande partie du XXe siècle.
- L’interdiction de certains de ces jouets n’est pas toujours intervenue pour des raisons de sécurité, mais parfois en raison de leur coût élevé ou de craintes liées à leur utilisation détournée.
Dans l’imaginaire collectif, le Père Noël est synonyme de cadeaux, de joie et d’enfants heureux. Pourtant, cette image idyllique contraste fortement avec la réalité des jouets vendus pendant une grande partie du XXe siècle, notamment aux États-Unis. À une époque où les normes de sécurité étaient inexistantes, de nombreux produits dangereux étaient proposés aux enfants, sans restrictions majeures.
Le documentaire « Histoire dangereuse avec Henry Winkler », diffusé sur Sky à partir de juin 2025, revisite ces jouets qui ont marqué des générations. Il expose comment l’absence de réglementation a permis à des produits présentant des risques chimiques, thermiques et physiques d’atteindre les mains des enfants. Des articles qui, selon les normes actuelles, ne passeraient jamais les contrôles de sécurité et seraient impensables dans une liste de cadeaux du Père Noël.
L’un des exemples les plus frappants est le kit de soufflage de verre, créé en 1920 par le fabricant AC Gilbert. Conçu pour initier les enfants à la science, ce jouet permettait de reproduire les techniques utilisées par les chimistes professionnels, notamment en utilisant un chalumeau pour chauffer le verre à des températures extrêmes – environ 1 200 degrés Celsius. Le manuel d’instructions encourageait les enfants de huit ou neuf ans à faire fondre, façonner et souffler des objets en verre, une activité impensable aujourd’hui pour un jouet destiné à un usage domestique.
Malgré les risques évidents de brûlures et de coupures graves, cette proposition reflétait la mentalité de l’époque, qui considérait le jeu comme une préparation directe à la vie adulte. Ce qui serait aujourd’hui considéré comme une activité industrielle dangereuse faisait partie intégrante de la vie récréative de nombreux enfants.
Encore plus controversé fut le laboratoire d’énergie atomique Gilbert U-238, également produit par AC Gilbert en 1949. Développé en collaboration avec des scientifiques nucléaires, ce kit permettait aux enfants de réaliser des expériences avec de véritables matières radioactives, notamment des échantillons de minerai d’uranium et un compteur Geiger fonctionnel. L’ensemble était accompagné d’un manuel contenant environ 150 expériences et était présenté comme « absolument sûr ». Cependant, les experts soulignent que les échantillons, une fois sortis de leurs flacons, pouvaient libérer des radiations dans l’environnement domestique, avec des effets potentiels à long terme sur l’ADN.
Ironiquement, ce jouet a disparu du marché non pas en raison de ses dangers, mais en raison de son prix élevé, équivalent à environ 600 dollars actuels.
Dans les années 1960, Mattel a lancé les robots effrayants de Thingmaker, un jouet qui encourageait les enfants à créer leurs propres « créatures » en caoutchouc. Le processus consistait à verser du plastique liquide dans des moules métalliques et à les chauffer sur une plaque atteignant 400 degrés Celsius. Bien que le résultat puisse être amusant, le risque de brûlures était élevé. Les signalements d’accidents se sont multipliés, incitant les autorités à intervenir. Le jouet a finalement été retiré du marché en 1974, suite à l’adoption de lois plus strictes sur la protection de l’enfance aux États-Unis à la fin des années 1970.
Un autre cas notable est celui du plastique à bulles super élastique de la société Wham-O, populaire dans les années 1970. Ce produit promettait de créer des bulles de savon semi-permanentes, semblables à des ballons colorés. Pour les fabriquer, les enfants soufflaient une substance plastique à travers une paille. Le problème résidait dans la composition chimique du produit, qui contenait de l’acétone et d’autres solvants. Une inhalation fréquente pouvait provoquer des étourdissements, de la nervosité et une légère sensation d’euphorie. Dans les années 1980, la crainte que ce jouet ne serve de porte d’entrée à la consommation de drogues a conduit les parents et les écoles à faire pression pour son retrait du marché.
Peut-être qu’aucun jouet ne symbolise mieux les risques du passé que les fléchettes de jardin, connues sous le nom de Jarts. Le jeu consistait à lancer des fléchettes à pointes métalliques sur des cibles au sol, une adaptation domestique des armes utilisées dans l’Antiquité. Extrêmement populaires dans les années 1980 – des millions d’unités étaient en circulation – les fléchettes ont causé des milliers de blessures en un peu plus d’une décennie. Des cas mortels impliquant des enfants ont conduit à l’interdiction définitive du produit, suite à des accidents graves, notamment des blessures à la tête et à la poitrine.
Enfin, le pistolet magique Austin, un jouet inspiré des histoires de science-fiction d’après-guerre, tirait des balles de ping-pong à grande vitesse grâce à une réaction chimique entre l’eau et le carbure de calcium, générant un gaz inflammable. Capable d’atteindre des vitesses comparables à celles des armes de faible puissance, ce pistolet a provoqué des accidents avec brûlures et impacts. Plusieurs États américains ont adopté des lois interdisant les armes-jouets utilisant des matériaux combustibles en raison de ces dangers.
