Publié le 2026-01-10 10:48:00. La santé mentale est devenue un sujet de conversation omniprésent sur les réseaux sociaux, mais cette démocratisation de l’accès à l’information s’accompagne de risques : autodiagnostics hâtifs, désinformation et exploitation commerciale de la part des plateformes.
- Près de 40 % des Allemands ont été exposés à des publications sur la santé mentale sur les réseaux sociaux au cours de la semaine précédant septembre 2025.
- Les jeunes de 16 à 17 ans se tournent davantage vers les réseaux sociaux (20 %) et l’intelligence artificielle (19 %) que vers les sites web médicaux pour s’informer sur leur santé mentale.
- Des experts mettent en garde contre une « pathologisation de l’humanité » et l’utilisation abusive de termes psychologiques, qui pourraient banaliser de réels troubles.
La santé mentale est devenue un sujet de prédilection sur les réseaux sociaux, alimenté par des influenceurs qui partagent leurs propres expériences et proposent parfois des diagnostics non professionnels. Les autotests en ligne promettent de révéler les maux qui nous affligent, tandis que les plateformes numériques profitent de cette tendance croissante.
Si cette ouverture peut contribuer à briser les tabous et à faciliter l’accès à l’information, notamment dans les zones rurales où le sujet reste délicat, les professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme. La psychologue sociale Laura Wiesböck explique que les discussions en ligne peuvent aider à trouver du soutien et à créer du lien social, mais elles ne doivent pas remplacer un avis médical.
Le psychothérapeute Thorsten Padberg souligne l’importance de déstigmatiser certaines conditions et d’encourager l’acceptation de soi. Cependant, il observe que de plus en plus de patients arrivent en thérapie avec un autodiagnostic préconçu, souvent concernant le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou les troubles du spectre autistique (TSA).
Selon le psychiatre Ulrich Hegerl, directeur de la Fondation allemande d’aide à la dépression et de prévention du suicide, cette tendance peut être l’occasion d’améliorer l’éducation et d’inciter davantage de personnes à demander de l’aide. Il note qu’un sixième des personnes interrogées se sentent motivées à consulter après avoir vu des publications sur les réseaux sociaux, et qu’une personne sur dix a même envisagé la possibilité de souffrir de dépression grâce à ces mêmes publications.
Cependant, tous les experts s’accordent sur un point : les contenus diffusés sur les réseaux sociaux ne peuvent en aucun cas remplacer un traitement médical ou psychothérapeutique. Ulrich Hegerl met en garde contre le risque de « diffusion massive » d’informations erronées sur la dépression.
Laura Wiesböck explique que les plateformes numériques sont conçues pour retenir l’attention des utilisateurs, afin de collecter des données et de les monétiser. Les contenus sont donc façonnés en conséquence, souvent par des personnes qui ne sont pas des experts en santé mentale, mais qui profitent de « l’économie de l’attention ».
Elle illustre ce phénomène avec l’exemple de diagnostics simplistes, basés sur un nombre limité de symptômes formulés de manière très générale. Elle met en garde contre une « vision pathologique » de l’existence, où des aspects normaux de la condition humaine reçoivent une « étiquette médicale ». L’utilisation excessive de termes comme « déclenchement » pourrait, selon elle, banaliser de véritables états de stress clinique.
Dans sa pratique, Thorsten Padberg constate que les termes TDAH et TSA sont de plus en plus souvent évoqués par ses patients, et parfois même « célébrés » lorsqu’ils sont posés. Il critique la tendance à tout regrouper sous le terme de « neurodiversité », englobant des personnalités très différentes.
« Les termes TDAH et TSA peuvent souvent être simplement remplacés par « être humain ».
Thorsten Padberg, psychothérapeute
Bodo Müller, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital St. Marien de Düren, déplore la multiplication des diagnostics suspects. Il insiste sur la nécessité de consulter des professionnels qualifiés plutôt que de se fier aux « questionnaires Internet », en particulier pour les troubles du spectre autistique, qui nécessitent une évaluation approfondie.
Il souligne que si un diagnostic de TSA peut apporter un soulagement à certains enfants et jeunes gravement handicapés, il est faux dans environ 80 % des cas. Il s’appuie sur les données des assurances, qui montrent qu’une fille sur quatre et un garçon sur cinq entre 14 et 19 ans reçoivent un diagnostic de trouble mental en Allemagne – un chiffre qu’il juge « insensé ».
Laura Wiesböck attribue la popularité du thème de la santé mentale sur les réseaux sociaux à plusieurs facteurs, notamment un « égocentrisme » croissant, une sensibilité accrue aux blessures et un désir de bien-être exacerbé, qu’elle appelle « santéisme ». Elle explique que la santé est à la fois une valeur centrale et une responsabilité individuelle.
Elle souligne également que les exigences de performance et d’orientation vers les résultats peuvent engendrer un stress important, exacerbé par des problèmes structurels tels que le manque de logements abordables, l’insécurité de l’emploi et les crises sociales. Des études montrent que ces facteurs ont un impact sur la santé mentale : en Angleterre, par exemple, le nombre de dépressions a augmenté après la réduction des allocations de logement.
Wiesböck insiste sur le fait qu’il ne faut pas se concentrer uniquement sur la résilience individuelle, mais aussi sur les problèmes structurels. Elle rappelle également que l’utilisation du téléphone portable, des réseaux sociaux et le temps passé devant un écran sont liés au développement de symptômes dépressifs ou de problèmes typiques du TDAH.
Elle dénonce le modèle économique des entreprises américaines et chinoises, qui visent à créer une dépendance chez les utilisateurs.
Offres d’aide pour les personnes souffrant de dépression : Quiconque a le sentiment de souffrir de dépression ou se trouve dans une situation de vie apparemment désespérée ne doit pas hésiter à accepter de l’aide. Par exemple, une aide est également disponible auprès du service de conseil téléphonique en Allemagne au 0800 111 0 111, de la ligne d’information sur la dépression au 0800 3344533 ou de la Fondation allemande d’aide à la dépression sur son site Internet.
