Publié le 14 décembre 2025 à 19h10. Longtemps considéré comme un prédateur marin aspirant ses proies, le Dunkleosteus terrelli, un poisson placoderme géant du Dévonien, se révèle être un chasseur bien plus brutal qu’on ne le pensait, doté de mâchoires tranchantes comme des rasoirs.
- De nouvelles recherches remettent en question l’hypothèse selon laquelle le Dunkleosteus terrelli aspirait ses proies.
- L’analyse détaillée de fossiles révèle la présence de cartilages et d’attaches musculaires jusqu’alors inconnus.
- Les scientifiques estiment désormais que le Dunkleosteus découpait ses proies grâce à des plaques osseuses extrêmement tranchantes.
Pendant des décennies, l’image du Dunkleosteus terrelli, un poisson préhistorique ayant vécu il y a environ 380 millions d’années, a dominé les musées et les documentaires. Ce géant des mers primitives, dont les fossiles ont été abondamment découverts près de Cleveland, dans l’Ohio, était souvent présenté comme une créature capable d’aspirer ses proies en une fraction de seconde. Cette théorie, popularisée par des études publiées en 2007 et 2009, décrivait un prédateur colossal capable d’engloutir des proies entières grâce à de puissants courants d’aspiration. Cependant, une équipe internationale de paléontologues a récemment remis en question cette vision.
Les nouvelles découvertes, publiées dans la revue Journal of Anatomy, suggèrent que le Dunkleosteus ne s’en servait pas pour aspirer ses victimes, mais pour les détruire grâce à des mâchoires agissant comme des lames. Cette révélation bouleverse vingt ans de certitudes sur le comportement de ce prédateur redoutable.
La percée scientifique est née de l’analyse approfondie des meilleurs fossiles conservés au Musée d’histoire naturelle de Cleveland. Selon le chercheur principal, Russell Engelman :
« La dernière étude majeure examinant en détail l’anatomie mandibulaire du Dunkleosteus date de 1932, à une époque où la compréhension de l’anatomie des arthrodires était encore limitée. »
L’étude a permis d’identifier la présence de nombreux cartilages inconnus dans le crâne et la mâchoire, ainsi que des attaches musculaires jamais documentées auparavant. La conclusion la plus marquante est que les muscles responsables de la fermeture de la bouche n’étaient pas ancrés au toit osseux du crâne, comme on le pensait, mais à de gros cartilages internes. Cette découverte modifie radicalement la compréhension de la mécanique de la morsure du Dunkleosteus.
Les chercheurs ont ainsi démontré que le Dunkleosteus était parfaitement adapté pour trancher. Au lieu de dents traditionnelles, il possédait des plaques osseuses extrêmement tranchantes, appelées odontoïdes, qui fonctionnaient comme des lames pour découper la chair et écraser les proies. La robustesse de sa mâchoire était renforcée par une symphyse mandibulaire rigide, empêchant tout mouvement latéral, une caractéristique essentielle chez les prédateurs qui découpent leurs proies.
De plus, l’angle d’ouverture de la bouche du Dunkleosteus, estimé à environ 65°, est bien plus large que les estimations précédentes. Cette particularité, combinée à l’absence de structures cartilagineuses permettant de créer une pression négative, exclut la possibilité d’une alimentation par aspiration. Les marques de morsure retrouvées sur d’autres animaux fossiles de la même époque confirment l’utilisation de lames osseuses pour déchiqueter les proies.
Le Dunkleosteus, bien qu’étant un représentant emblématique des arthrodires, présentait des caractéristiques uniques : ni de véritables dents, ni un crâne entièrement osseux, mais une machinerie parfaitement adaptée à un prédateur capable de couper et de déchirer. Comme l’a souligné Russell Engelman :
« Ces travaux démontrent que même les fossiles les plus étudiés peuvent encore révéler de nouvelles informations. »
