Publié le 3 novembre 2023 10:45:00. Alberto Juantorena, légende de l’athlétisme cubain et unique détenteur du record olympique sur 400 et 800 mètres, fête aujourd’hui ses 75 ans. Retour sur le parcours exceptionnel de cet athlète, symbole d’une génération et fervent défenseur de la Révolution cubaine.
- Alberto Juantorena a remporté l’or olympique sur 400 et 800 mètres aux Jeux de Montréal en 1976.
- Surnommé « El Caballo » (le cheval) pour sa foulée ample et sa puissance, il a battu le record du monde du 800 mètres en 1976.
- Après sa carrière sportive, il a occupé des fonctions importantes au sein du sport cubain et a toujours affiché sa loyauté envers Fidel Castro.
L’image reste gravée dans les mémoires : des jambes interminables, une allure singulière et une chevelure d’ébène. Alberto Juantorena, né le 3 novembre 1948, est une figure emblématique de l’athlétisme mondial. Son exploit aux Jeux olympiques de Montréal en 1976, où il a décroché l’or sur les épreuves du 400 et du 800 mètres, demeure unique dans l’histoire. Il est le seul athlète à avoir réalisé cet exploit lors d’une même olympiade.
Avant de devenir un champion d’athlétisme, Juantorena a d’abord envisagé une carrière de basketteur. À 14 ans, il mesurait déjà 1,88 mètre et intégra l’équipe nationale cubaine. Cependant, sa croissance s’est stabilisée à 1,90 mètre, et il a finalement trouvé sa voie sur les pistes d’athlétisme grâce à l’influence de son entraîneur polonais, Zygmunt Zabierzowski. Ce dernier, remarquant son potentiel, l’a initié au 400 mètres.
Son talent était indéniable. Son compatriote Eddy Gutiérrez se souvenait ainsi, dans les colonnes de Sports Illustrated :
« Alberto était différent des autres. Il est normal qu’un coureur de 400 mètres ralentisse après 350 mètres, mais lui, il maintenait sa vitesse jusqu’au bout. »
Après des débuts prometteurs aux Jeux olympiques de Munich en 1972, où il a frôlé la qualification pour les demi-finales, Juantorena a confirmé son potentiel en remportant l’Universiade mondiale à Moscou en 1973 et en décrochant la médaille d’argent aux Jeux panaméricains en 1974. C’est à cette époque qu’il a acquis le surnom d’« El Caballo » en raison de sa foulée puissante et de sa stature imposante.
L’audace de Zabierzowski a été déterminante. Constatant l’endurance exceptionnelle de son protégé, il a eu l’idée de le faire courir le 800 mètres. Juantorena a d’abord hésité, mais a finalement accepté de tenter l’expérience lors du meeting de Zlatá Tretra à Ostrava. Il s’est élancé en 44,70 secondes sur 400 mètres et en 1:44,60 sur 800 mètres, confirmant ainsi sa polyvalence et son potentiel sur la distance.
Les performances réalisées en Tchécoslovaquie ont convaincu les sélectionneurs de l’inscrire aux Jeux de Montréal dans les deux disciplines. Là, il a non seulement remporté l’or sur les deux épreuves, mais a également établi un nouveau record du monde du 800 mètres en 1:43.50, qu’il a ensuite amélioré en 1976.
Juantorena était conscient des sacrifices nécessaires pour atteindre le sommet. Il expliquait sur runnerstrib.com :
« Le secret pour être un bon coureur, c’est de sacrifier toute sa vie. S’entraîner dur, bien manger, éviter les fêtes, ne pas abuser du sexe. Il faut beaucoup de discipline et, surtout, avoir envie de faire quelque chose de soi. »
De retour à Cuba après son triomphe à Montréal, il a été accueilli en héros par Fidel Castro, qui l’a embrassé à l’aéroport. Juantorena a toujours affiché sa loyauté envers le leader cubain, reconnaissant son rôle dans le développement du sport dans le pays :
« Fidel est une personne qui a façonné le sport dans notre pays. Il était lui-même un excellent sprinteur, sans lui nos athlètes ne seraient pas à un tel niveau. »
Après sa carrière sportive, Juantorena a occupé des fonctions importantes au sein de l’administration sportive cubaine, notamment en tant que vice-ministre des Sports et président de la fédération nationale d’athlétisme. Il a également été candidat à plusieurs reprises au poste de vice-président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF, aujourd’hui World Athletics).
Il a toujours exprimé sa désapprobation face à l’exode des athlètes cubains vers d’autres pays, dénonçant ce qu’il considérait comme une forme de « trafic d’êtres humains » :
« Pourquoi ? Après tout, le régime fonctionne très bien ici. Mais derrière lui, je vois le trafic d’êtres humains. Ils sont vendus comme des marchandises. Un véritable être humain n’échangerait jamais sa fierté et sa loyauté nationales contre de l’argent. »
En 2012, son exploit unique a été reconnu par l’IAAF, qui l’a intronisé au Temple de la renommée mondiale de l’athlétisme. Son record olympique sur deux pistes reste inégalé à ce jour, faisant d’Alberto Juantorena une légende éternelle de l’athlétisme.
