Publié le 15 décembre 2025 à 05h07. Malgré des progrès notables dans le diagnostic du VIH, plus de 10 000 Panaméens vivant avec le virus ne bénéficient pas d’un traitement, compromettant les avancées du pays et mettant en péril la santé de ces personnes.
- Le Panama a dépassé le premier objectif de la stratégie mondiale 95-95-95 de l’ONUSIDA, avec 96 % des personnes séropositives diagnostiquées.
- Seulement 69 % des personnes diagnostiquées ont accès à une thérapie antirétrovirale (TAR), laissant plus de 10 000 personnes sans traitement.
- Un plan d’intégration des services de santé pour le VIH a été annoncé pour améliorer l’accès aux soins et réduire les inégalités.
Le Panama affiche des résultats encourageants dans la lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), mais un défi majeur persiste : l’accès au traitement. Si le pays a réussi à dépasser le premier palier de la stratégie mondiale 95-95-95 promue par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) – qui vise à ce que 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique – une part significative de celles qui sont diagnostiquées n’a pas accès à une thérapie antirétrovirale (TAR).
Selon le dernier Rapport national de suivi et d’évaluation du VIH 2024-2025, préparé par le Ministère de la Santé (Minsa), 96 % des personnes diagnostiquées connaissent leur séropositivité. Cependant, le pourcentage chute drastiquement lorsqu’il s’agit d’accéder au traitement : seulement 69 % des personnes diagnostiquées bénéficient d’une TAR.
Sur les 31 588 personnes vivant avec le VIH au Panama, 21 034 recevaient une thérapie antirétrovirale en décembre 2024. Cela signifie que plus de 10 000 personnes, conscientes de leur infection, sont privées du traitement essentiel pour contrôler le virus, préserver leur santé et limiter le risque de transmission.
Ce chiffre n’est pas abstrait. Chaque personne représente une histoire individuelle, confrontée à des obstacles économiques, à la stigmatisation, au manque d’information, à des difficultés d’accès aux soins, ou à un système qui peine à retenir ceux qu’il a déjà identifiés, souligne le rapport du Minsa.
L’entrée tardive dans le traitement est également une source d’inquiétude. En 2024, 46 % des personnes débutant une TAR le faisaient avec un système immunitaire déjà sévèrement affaibli, avec moins de 200 cellules CD4 par millimètre cube de sang – un seuil critique augmentant considérablement le risque d’infections graves. En 2021, ce pourcentage était de 32 %, en baisse, mais reste préoccupant.
Les cellules CD4, un type de globules blancs essentiels à la défense de l’organisme, sont en nombre réduit chez ces patients, les exposant à des maladies opportunistes potentiellement mortelles. En 2024, 1 208 cas d’infections opportunistes associées au VIH ont été recensés, dont 341 cas de tuberculose, 159 d’histoplasmose, 127 de pneumonie associée au VIH, 102 de candidose buccale, 67 de cryptococcose et 56 de toxoplasmose cérébrale.
Outre l’impact humain, ces infections représentent un fardeau supplémentaire pour le système de santé, nécessitant des hospitalisations prolongées, une consommation accrue de ressources et des coûts plus élevés qu’une prise en charge précoce et continue.
L’abandon du traitement est un autre problème majeur. En 2024, 1 705 personnes ont interrompu leur TAR, pour des raisons variées : mauvaise observance (928 cas), raisons non précisées (625), manque de soutien familial (55), transferts vers d’autres provinces (44), consommation d’alcool et de drogues (27), et, de manière alarmante, arrêt du traitement par conviction d’être guéri (14 cas).
L’interruption de la thérapie met en danger la vie du patient, augmente la charge virale, favorise la transmission du virus et peut entraîner une résistance aux médicaments, compliquant ainsi la prise en charge clinique.
Le rapport révèle également des inégalités dans l’accès aux soins. Sur les 21 034 personnes sous TAR, seules 7 261 bénéficient de la sécurité sociale, tandis que 13 773 dépendent exclusivement du système public du Minsa, exerçant une pression supplémentaire sur les hôpitaux et les centres de soins déjà saturés. L’hôpital Santo Tomás prend en charge 6 200 patients, suivi de la Ciudad de la Salud de la Caisse de Sécurité Sociale (CSS) avec 3 428.
La perte d’emploi et de couverture sociale, fréquente en période de ralentissement économique, conduit de nombreux patients à se tourner vers le Minsa, aggravant la saturation et les délais d’attente.
La centralisation des services constitue également un obstacle. Pour de nombreux patients, accéder au traitement implique de longs déplacements, des absences au travail et des frais de transport parfois inabordables. La décentralisation des soins apparaît donc comme une priorité.
Face à ces défis, le Minsa et la CSS ont annoncé le Plan d’intégration des services de santé pour le VIH, visant à garantir la continuité des soins, à unifier les protocoles, à optimiser les ressources et à réduire les inégalités.
« Des défis persistent tels que des interruptions de logistique et de service, des inégalités d’accès et une réponse fragmentée entre les sous-systèmes de santé, ce qui limite l’efficacité et la durabilité des soins. »
Fernando Boyd Galindo, Ministre de la Santé
« L’unification des efforts vise à construire un système de santé intégré et moderne, sans barrières internes qui nuisent au patient. La prévention, c’est protéger des vies. Nous renforcerons les campagnes et les actions éducatives pour éliminer la discrimination à tous les niveaux de soins. »
Dino Mon, Directeur de la CSS
En 2024, 330 748 tests VIH ont été réalisés, avec un taux de positivité de 0,6 %. Les nouveaux cas sont particulièrement concentrés chez les jeunes hommes âgés de 20 à 44 ans. Bien que le nombre de tests soit élevé, il est crucial de cibler les populations les plus vulnérables et de lutter contre la stigmatisation, un frein majeur à la recherche précoce de soins.
En 2024, 17 730 personnes ont atteint une suppression virale, soit 84 % des patients sous TAR. Il s’agit d’une avancée significative, mais insuffisante pour atteindre l’objectif international. La suppression virale améliore la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH et réduit considérablement le risque de transmission, constituant ainsi un outil de prévention essentiel.
Le rapport conclut que le Panama a démontré sa capacité à progresser, mais que le problème reste entier. L’atteinte du deuxième objectif 95 – l’accès au traitement – constitue un défi majeur. Les plus de 10 000 personnes diagnostiquées mais non traitées doivent alerter les autorités.
La lutte contre le VIH est une question de droits humains, de dignité et de vie. Chaque personne exclue du traitement est le signe d’un système défaillant qui doit être corrigé en urgence.
