L’un des plus grands dramaturges britanniques de sa génération s’est éteint à l’âge de 86 ans. Tom Stoppard, connu pour son esprit vif, son intelligence et sa maîtrise du langage, a laissé derrière lui un corpus d’œuvres théâtrales qui marquent durablement le paysage culturel.
Né en Tchécoslovaquie en 1937, Tom Stoppard a connu une jeunesse marquée par les bouleversements de l’histoire. Sa famille a fui l’invasion nazie pour Singapour, avant de devoir à nouveau fuir face à la menace japonaise. Sa mère l’a alors emmené, avec son frère, en Inde, tandis que son père périt lors du naufrage du navire sur lequel il se trouvait. Plus tard, sa mère épousa un officier britannique et la famille s’installa en Angleterre, où le jeune Tom adopta le nom de famille de son beau-père, se disant lui-même avoir « revêtu l’anglicité comme un manteau ».
Stoppard s’est rapidement distingué par des pièces à la fois intelligentes et pleines d’humour. Son talent lui a valu de nombreux prix, dont trois Olivier Awards, cinq Tony Awards et un Oscar pour le scénario du film « Shakespeare in Love » (1998). En 1997, il fut anobli par la reine Elizabeth II en reconnaissance de sa contribution au théâtre.
De « Rosencrantz et Guildenstern sont morts » en 1966 à sa dernière pièce, « Leopoldstadt » en 2020, Stoppard a créé un ensemble d’œuvres dont la richesse et la profondeur sont exceptionnelles. Parmi ses pièces les plus marquantes, on peut citer :
« Rosencrantz et Guildenstern sont morts » (1966), une pièce absurde qui revisite « Hamlet » à travers le regard de deux personnages secondaires. Le critique Charles McNulty la décrivait en 2013 comme une « farce métaphysique (pour inventer un genre), dans laquelle ‘Hamlet’ est entrevu à travers la perspective oblique des deux amis du prince, envoyés par Gertrude et Claudius pour l’espionner dans ce château d’Elsinore, théâtre de meurtres, d’adultères et d’intrigues occultes ». Il ajoutait que « l’esprit fertile de Stoppard maintient cette pièce en trois actes en mouvement sans trop d’efforts. Une subtile mélancolie, ainsi que la sophistication verbale du dramaturge, empêchent la pièce de dégénérer en une farce estudiantine. »
« Jumpers » (1972), une satire décalée où des astronautes britanniques se posent sur la Lune et où des « Libéraux radicaux » prennent le pouvoir. Le critique Dan Sullivan la qualifiait en 1974 de « farce métaphysique avec prélude acrobatique », soulignant qu’elle était « très brillante, très drôle et parfois touchante ».
« Travesties » (1974), une pièce où James Joyce, Vladimir Lénine et le poète dadaïste Tristan Tzara se croisent à Zurich en 1917. Sullivan la décrivait en 1975 comme « éblouissante », se demandant si le public de Broadway serait capable de suivre le rythme. Il notait que « comme ‘Jumpers’, c’est un spectacle de vaudeville où le langage fait des tours, tout comme les acteurs ».
« The Real Thing » (1982), une exploration personnelle de l’amour, du mariage, de la vérité et de l’honnêteté. Sullivan soulignait que « toutes les scènes de ‘The Real Thing’ ne sont pas ce qu’elles semblent être, y compris la première », et que la pièce était « pleine d’esprit, de surprises et de personnages auxquels on s’attache ».
« Arcadia » (1993), une pièce qui oscille entre le XIXe siècle et le présent, mêlant tragédie, comédie, science et mathématiques. La critique Laurie Winer la décrivait en 1997 comme une œuvre qui « touche à l’ineffable, tout comme son héroïne touche au génie ».
« The Invention of Love » (1997), un portrait du poète A.E. Housman. Le critique Michael Phillips la qualifiait d’« échappatoire onirique » dans laquelle « Housman, sur le point de traverser le fleuve Styx, évalue sa vie réservée et son grand amour non partagé pour l’athlète Moses Jackson ».
« The Coast of Utopia » (2002), une trilogie de pièces qui explore les débats philosophiques de la Russie du XIXe siècle. McNulty la décrivait comme une œuvre exigeante, nécessitant « endurance » de la part des acteurs et du public, mais qui « dramatise à la fois le flux et le reflux de la vie conditionnelle et le désir de solutions inconditionnelles à ses problèmes ».
« Rock ‘n’ Roll » (2006), une pièce qui revisite les racines tchèques de Stoppard, reliant le Printemps de Prague de 1968 à la Révolution de velours de 1989 à travers la musique.
« Leopoldstadt » (2020), sa dernière pièce, née de la découverte de l’histoire de ses ancêtres juifs après la mort de sa mère en 1996. McNulty la décrivait comme une œuvre qui « se déroule comme une série de tableaux peints qui prennent vie », retraçant l’histoire d’une famille juive viennoise à travers les époques.
Les pièces de Tom Stoppard sont disponibles en lecture à la bibliothèque publique ou en librairie. Des enregistrements audio de « Rosencrantz et Guildenstern sont morts », « The Real Thing » et « Arcadia » sont également disponibles sur Spotify. De nombreux films auxquels il a participé, comme « Brazil » (1985) et « Shakespeare in Love » (1998), sont accessibles en streaming ou en location.
