Publié le 18 octobre 2025 21h02:00. De plus en plus populaires dans le domaine de la santé et du bien-être, les adaptogènes, composés d’origine végétale et fongique, suscitent un intérêt croissant pour leur capacité à aider l’organisme à mieux gérer le stress, mais leur efficacité et leur utilisation nécessitent une approche nuancée.
- La popularité des adaptogènes est en hausse, tant dans la consultation médicale que dans l’offre de compléments alimentaires.
- Ces composés promettent d’améliorer la réponse de l’organisme au stress physique, mental et émotionnel.
- Des experts soulignent la nécessité d’adopter une approche globale, combinant l’utilisation d’adaptogènes à des changements d’habitudes de vie.
Les adaptogènes, ces composés d’origine végétale et fongique, gagnent en notoriété à travers le monde. Leur promesse : aider l’organisme à mieux réagir face aux multiples sources de stress de la vie moderne. Si leur intérêt suscite un engouement croissant, tant chez les professionnels de santé que chez le grand public, il est essentiel d’adopter une approche éclairée et de ne pas les considérer comme une solution miracle.
Le gastro-entérologue Facundo Pereyra, auteur de l’ouvrage Réinitialisez vos intestins, explique :
« Ce sont des plantes et des champignons qui aident le corps à mieux s’adapter au stress. »
Facundo Pereyra, gastro-entérologue
Il précise qu’ils se distinguent des stimulants classiques, tels que le café ou les boissons énergisantes, en modulant la réponse de l’organisme aux situations stressantes plutôt que de le stimuler artificiellement. « Ils vous rendent plus résistant à l’usure quotidienne », ajoute-t-il.
La pédiatre spécialisée en médecine fonctionnelle Mariel Dobénau souligne que l’objectif des adaptogènes est de
« faire en sorte que le corps réagisse et s’adapte un peu mieux au stress physique, mental et émotionnel. »
Mariel Dobénau, pédiatre spécialisée en médecine fonctionnelle
Elle rappelle que leur utilisation remonte à des pratiques ancestrales, notamment chez les soldats à la recherche d’une meilleure concentration mentale, mais qu’ils étaient déjà présents dans diverses cultures avant le XXe siècle.
Selon le Dr Ramiro Heredia, du service de médecine interne de l’Hôpital Clinique José de San Martín à Buenos Aires, le terme « adaptogène » désigne les « substances utilisées en médecine traditionnelle ou alternative dans le but d’améliorer les réponses, ou d’augmenter la résistance, au stress physique, psychologique ou mental ».
L’action des adaptogènes se situe principalement au niveau de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA), un système clé impliqué dans la réponse au stress. Le Dr Pereyra explique qu’ils agissent sur cet axe, sur les neurotransmetteurs comme le GABA et la sérotonine, et qu’ils possèdent également des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes qui contribuent à réduire le « bruit de fond » ressenti par de nombreuses personnes. Les utilisateurs rapportent souvent une sensation de calme, un sommeil plus profond, une meilleure gestion des problèmes et une plus grande résistance à la fatigue.
Le Dr Dobénau précise que les adaptogènes n’induisent pas d’effets extrêmes et qu’ils ne présentent ni effet d’activation, ni effet de sevrage, mais qu’ils tendent plutôt à moduler la réponse de l’organisme aux sollicitations environnementales.
Le Dr Heredia souligne que, sur le plan scientifique, on pense qu’ils ont des effets sur l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, contribuant à réduire les niveaux de cortisol, l’hormone du stress par excellence.
L’augmentation de la consommation d’adaptogènes est liée à la fois à des transformations culturelles et à des facteurs sanitaires récents. Le Dr Pereyra estime que cette augmentation n’est pas fortuite. « Après la pandémie, nous sommes tous dans un état de stress chronique, même de faible intensité », analyse-t-il. « Nous vivons vite, avec peu de temps pour nous reposer, et dans ce contexte, beaucoup cherchent des alternatives naturelles. »
Cette tendance est également favorisée par la disponibilité d’extraits standardisés plus puissants et plus sûrs, ainsi que par l’augmentation du nombre d’études scientifiques sur le sujet. Le Dr Pereyra ajoute que le sujet commence à gagner du terrain dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans la pratique clinique.
Selon une enquête nationale sur la santé et la nutrition (NHANES) menée aux États-Unis, 52 % de la population interrogée a consommé au moins un complément alimentaire au cours des 30 derniers jours, et 31 % ont pris des suppléments multivitaminés et minéraux. Le Dr Heredia prévient toutefois que la principale raison invoquée pour la consommation de ces produits est de combler des carences en vitamines et en minéraux, souvent sans preuves suffisantes.
Parmi les adaptogènes les plus étudiés, le Dr Pereyra cite l’ashwagandha, « très utile pour réduire l’anxiété, améliorer la qualité du sommeil et équilibrer l’axe du stress », en particulier chez les personnes soumises à un stress physique ou mental important. La rhodiola est quant à elle utilisée en cas de fatigue mentale et de manque d’énergie. Le ginseng apporte une énergie durable, tandis que le reishi, un champignon, favorise le repos et le système immunitaire. La crinière de lion est bénéfique pour la concentration et l’humeur à long terme. D’autres adaptogènes, tels que le schisandra, l’eleuthero et le tulsi, sont également reconnus pour leur capacité à améliorer la résistance physique et la performance.
Le Dr Dobénau souligne qu’elle utilise fréquemment l’ashwagandha pour améliorer le repos nocturne, la gestion du stress et le contrôle de la thyroïde. D’autres adaptogènes, comme la crinière de lion et le cordyceps, stimulent la concentration mentale. Elle utilise également le reishi et la rhodiola pour certaines maladies immunitaires, en raison de leurs effets sur le renforcement du système immunitaire. Elle précise qu’elle adapte l’utilisation de ces substances à chaque patient en pédiatrie.
Les études scientifiques sur les effets des adaptogènes sont encore limitées. Le Dr Heredia souligne que les preuves sont généralement issues d’études fondamentales, de recherches avec peu de participants ou d’études observationnelles. Il prévient que ces substances ne figurent pas dans les guides de traitement des pathologies telles que l’anxiété, la dépression, la gestion du stress ou l’inflammation systémique.
Le Dr Pereyra reconnaît qu’il existe des études cliniques sérieuses qui soutiennent l’utilisation de certains adaptogènes, notamment l’ashwagandha et la rhodiola, mais que ces preuves ne remplacent pas les traitements médicaux conventionnels lorsque ceux-ci sont nécessaires. Il cite des essais cliniques qui ont montré que l’ashwagandha peut abaisser les niveaux de cortisol, réduire les symptômes d’anxiété, améliorer le sommeil et le bien-être général. La rhodiola a également démontré des bienfaits contre la fatigue, la concentration et les troubles de l’humeur liés au stress. Le ginseng apporte un soutien énergétique, cognitif et glycémique. Le reishi et la crinière de lion font l’objet de moins d’études à grande échelle, mais les premiers résultats sont prometteurs.
Une revue publiée dans la revue médicale JAMA et citée par le Dr Heredia, a analysé 84 études impliquant plus d’un million de participants et a conclu qu’il n’existe pas suffisamment de preuves pour recommander la consommation de suppléments chez les adultes en bonne santé sans carence documentée.
Les spécialistes insistent sur la nécessité d’accompagner l’utilisation d’adaptogènes par des changements d’habitudes de vie. Le Dr Pereyra souligne qu’ils sont plus efficaces lorsqu’ils sont associés à une base solide : une alimentation variée et anti-inflammatoire, un bon repos, une activité physique régulière et des outils pour gérer le stress. Il recommande de commencer lentement, avec un ou deux adaptogènes maximum, sans en mélanger trop au début, et d’observer la réaction de l’organisme.
Concernant les risques, il précise que les adaptogènes peuvent être utilisés en association avec des traitements médicaux, mais que certaines interactions doivent être prises en compte. Les personnes prenant des médicaments pour la thyroïde doivent être surveillées, car l’ashwagandha peut augmenter les taux de T3 et T4. Chez celles qui prennent des anticoagulants ou des médicaments antiplaquettaires, le ginseng et le reishi peuvent augmenter le risque de saignement. Il faut également être prudent chez les personnes immunodéprimées, car certains adaptogènes, comme les champignons ou l’eleuthero, peuvent moduler la réponse immunitaire. Ils ne sont pas recommandés pendant la grossesse ou l’allaitement, sauf indication contraire, et il est conseillé de les surveiller en cas de maladies du foie.
Le Dr Dobénau reconnaît que, dans l’ensemble, les adaptogènes sont plutôt sûrs. Elle souligne toutefois qu’il est nécessaire d’évaluer l’absence d’interactions potentielles pendant la grossesse, l’allaitement et chez les patientes prenant plusieurs médicaments. En général, ils sont considérés comme sûrs.
La demande croissante d’adaptogènes est liée, selon les experts, à une recherche sociale d’outils pour faire face à un environnement marqué par le « stress chronique ». Pour conclure, le Dr Dobénau analyse : « Dans un monde qui nous pousse à courir sans arrêt, retrouver l’équilibre de notre santé doit être un acte d’amour-propre. » Elle estime qu’il est essentiel de comprendre que « nous ne sommes pas brisés, mais plutôt biologiquement inadaptés et qu’il faut retourner à notre biologie et à notre centre. »
« La clé est d’unir la science, la nutrition, l’exercice et le lien émotionnel, de commencer simplement à changer ces choses avec un programme qui ne repose pas uniquement sur un supplément « magique ». Il ne s’agit pas de dissimuler le symptôme, mais de reconnaître ce qu’il nous dit et de le transformer », conclut-elle.
