Home SantéFace à l’infertilité avec une fonction thyroïdienne normale? C’est peut-être pourquoi!

Face à l’infertilité avec une fonction thyroïdienne normale? C’est peut-être pourquoi!

by Sophie Martin

Les difficultés à concevoir peuvent être une source de stress intense pour les couples, et l’état de la thyroïde joue un rôle souvent sous-estimé. Des études récentes révèlent que même des taux d’hormones thyroïdiennes considérés comme « normaux » peuvent impacter négativement la fertilité féminine, entraînant des fausses couches à répétition et des échecs de traitements de procréation médicalement assistée.

L’hormone stimulante thyroïdienne (TSH) est généralement le premier indicateur mesuré pour évaluer la fonction thyroïdienne. Cependant, la définition même d’une TSH « normale » est sujette à débat. En 2001, l’American Association of Clinical Endocrinologists (AACE) a souligné que des niveaux de TSH compris entre 3,0 et 5,0 UI/L devaient être considérés avec prudence, car ils pourraient signaler un début d’hypothyroïdie. Malgré cette recommandation, les médecins divergent quant au seuil à partir duquel un traitement devient nécessaire.

Des recherches plus approfondies, notamment une étude nationale sur l’examen de la santé et de la nutrition (NHANES III), suggèrent que les valeurs de référence actuelles pour la TSH pourraient être trop larges. Les chercheurs ont constaté que les femmes enceintes avec une TSH légèrement élevée, mais toujours dans la plage dite « normale », présentaient un risque accru de complications.

Une étude a comparé les taux de grossesse chez les femmes suivant un traitement de fertilité. Les résultats ont montré que celles dont la TSH était supérieure à 2,5 mUI/L avaient un taux de conception de 21,6 %, contre 56,6 % pour celles dont la TSH était inférieure ou égale à 2,49 mUI/L. Ce constat est d’autant plus significatif que 2,5 mUI/L se situe au milieu de la plage de référence généralement admise (0,45 à 4,50 mUI/L).

La présence d’anticorps thyroïdiens, même en l’absence de troubles thyroïdiens manifestes, peut également affecter la fertilité. Une analyse de 11 études portant sur des femmes subissant une fécondation in vitro (FIV) a révélé que les femmes positives pour les anticorps thyroïdiens avaient un risque accru de fausse couche. Cependant, une autre étude portant sur l’insémination intra-utérine (IIU) n’a pas confirmé ces résultats, ce qui souligne la complexité de la question.

Une troisième étude a examiné les femmes présentant des anticorps thyroïdiens positifs, en distinguant celles dont on savait avec certitude qu’elles souffraient d’hypothyroïdie subclinique (TSH élevée avec taux normal de T4) de celles dont on savait qu’elles n’en souffraient pas (TSH et T4 normaux), ainsi que celles dont le statut était inconnu. Il est apparu que, parmi les femmes dont le statut d’hypothyroïdie subclinique était inconnu, celles qui étaient positives pour les anticorps thyroïdiens et celles qui étaient négatives avaient des taux de conception similaires, mais présentaient un risque accru de fausse couche.

Les chercheurs ont ensuite tenté de déterminer si la prescription d’hormone thyroïdienne synthétique (lévothyroxine) pouvait améliorer les résultats chez les femmes ayant une fonction thyroïdienne « normale » mais présentant des anticorps thyroïdiens positifs. Une étude clinique impliquant 600 femmes subissant un transfert d’embryons après FIV n’a malheureusement pas démontré d’amélioration significative des taux de grossesse ou de réduction des fausses couches chez les femmes traitées à la lévothyroxine.

Face à ces résultats décevants, les recherches se concentrent désormais sur des approches visant à réduire directement les anticorps thyroïdiens. Des études préliminaires suggèrent que la supplémentation en myo-inositol et en sélénium pourrait diminuer le risque de développer une hypothyroïdie chez les personnes ayant des anticorps thyroïdiens positifs, et même réduire les taux de TSH chez celles qui présentent des valeurs à la limite supérieure de la plage de référence.

En conclusion, la fonction thyroïdienne, l’auto-immunité et la fertilité sont des domaines interconnectés qui nécessitent une évaluation approfondie. Outre les facteurs liés à la thyroïde, d’autres éléments tels que l’alimentation, la gestion du stress, l’équilibre hormonal et les prédispositions génétiques peuvent également jouer un rôle important. Pour une prise en charge personnalisée, il est conseillé de consulter un professionnel de santé spécialisé dans la fertilité.

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