Publié le 2025-10-11 14:35:00. Des chercheurs ont réussi à induire un cycle menstruel chez des souris, une avancée majeure qui ouvre de nouvelles perspectives pour la compréhension et le traitement des troubles gynécologiques affectant des millions de femmes.
- Pour la première fois, un modèle animal reproduit fidèlement le cycle menstruel humain.
- Cette percée est rendue possible grâce à la modification génétique et à l’activation chimique contrôlée de récepteurs spécifiques.
- Elle permettra d’étudier des pathologies comme l’endométriose, les douleurs menstruelles et l’infertilité.
Pendant des siècles, l’étude de la menstruation a été entravée par le manque de modèles animaux pertinents. Seule une faible proportion de mammifères, moins de 2 %, expérimente naturellement des menstruations. Les rongeurs, comme les souris et les rats, couramment utilisés en laboratoire, n’en ont pas, ce qui compliquait l’étude des mécanismes cellulaires et génétiques régissant le décollement et la régénération de l’endomètre humain.
Pour pallier ce manque, une équipe de scientifiques a développé un modèle transgénique de souris capable de menstruer de manière similaire à l’humaine. Cette prouesse, obtenue par ingénierie génétique et activation chimique précise, ouvre un nouveau champ d’investigation pour la recherche menstruelle et la santé gynécologique. Les résultats de cette étude sont publiés sur BioRxiv.
Le cycle menstruel humain se caractérise par le décollement périodique de la couche interne fonctionnelle de l’endomètre, tandis qu’une couche basale, riche en cellules souches, demeure intacte et permet la régénération du tissu sans cicatrisation. Ce processus est orchestré par la décidualisation : une transformation des fibroblastes de l’endomètre induite par la progestérone après l’ovulation, préparant l’utérus à une éventuelle grossesse.
En l’absence de fécondation, la chute hormonale déclenche la dégradation et l’expulsion du tissu différencié, qui est éliminé lors des règles. Chez les souris normales, la décidualisation ne se produit que si un embryon s’implante et ne fait pas partie du cycle ovarien spontané, ce qui empêchait jusqu’à présent ces animaux de menstruer.
Modification génétique
Les chercheurs ont modifié génétiquement deux lignées de souris en leur dotant de récepteurs conçus sur mesure (DREADDs). Ces récepteurs, activés par un médicament, permettent d’induire la décidualisation en présence de progestérone. Un contrôle précis des signaux calciques dans l’épithélium et des niveaux de cAMP (un marqueur biologique) dans les fibroblastes de l’endomètre simule les événements hormonaux et cellulaires qui déclenchent la menstruation humaine.
cAMP : la clé de l’expérience
- Les niveaux de cAMP (adénosine monophosphate cyclique) représentent la concentration intracellulaire de cette molécule, qui agit comme un second messager dans de nombreuses voies de signalisation cellulaire. Le cAMP traduit les signaux générés à l’extérieur de la cellule – comme les hormones – en réponses spécifiques à l’intérieur de la cellule, régulant des fonctions aussi variées que l’activation d’enzymes ou l’expression génétique.
- Dans le contexte de l’endomètre et de la menstruation, l’augmentation du cAMP dans les fibroblastes de l’endomètre est essentielle pour induire la décidualisation, c’est-à-dire la transformation de ces fibroblastes en cellules spécialisées nécessaires pour préparer l’utérus à une éventuelle grossesse. Par conséquent, augmenter les niveaux de cAMP dans ces fibroblastes permet de simuler des événements clés du cycle menstruel, comme cela a été réalisé dans l’étude sur les souris transgéniques, facilitant ainsi l’induction contrôlée d’un processus similaire à la menstruation humaine.
- Après l’activation chimique et la chute de la progestérone, les souris présentent un saignement vaginal visible pendant plusieurs jours, ainsi qu’un décollement et une régénération complète du tissu, imitant le cycle féminin avec la possibilité de le répéter plusieurs fois sans affecter la fertilité.
Les analyses histologiques et transcriptomiques ont confirmé que les changements cellulaires et génétiques observés chez les souris X-Mens reproduisent fidèlement les schémas humains, tant dans l’organisation des couches de l’endomètre que dans l’expression des gènes marqueurs de la décidualisation et du décollement. L’étude révèle que la genèse et la maturation des couches décidualisées de l’utérus se produisent selon des schémas concentriques – des cellules jeunes à la périphérie vers des cellules matures au centre – révélant une organisation spatiale jusqu’alors inconnue.
Réplique des schémas humains
Ce modèle, baptisé X-Mens, permet d’observer, comme jamais auparavant, la dynamique des processus menstruels. Selon un article de la revue Science, l’équipe prévoit d’utiliser les nouvelles souris pour étudier les voies contribuant aux saignements menstruels abondants. Les chercheurs espèrent ainsi développer des traitements basés sur l’ARN messager pour interrompre ces voies et soulager les personnes souffrant de règles abondantes.
