Publié le 16 janvier 2024 à 10h30. Un ancien agent de la police informatique norvégienne a obtenu une indemnisation de 1,1 million de couronnes norvégiennes (environ 95 000 €) après avoir été licencié suite à des alertes internes, mais les raisons précises de son éviction restent floues et l’accès à des documents clés lui a été refusé.
- Alexander Karlsen, lanceur d’alerte au sein de la police, a vu son autorisation de sécurité suspendue et a perdu son emploi.
- L’actuelle ministre de la Justice, Astri Aas-Hansen, a déjà exprimé des doutes quant à la justification de cette suspension lorsqu’elle présidait une commission de contrôle parlementaire.
- Malgré un accord à l’amiable, les questions de fond concernant l’utilisation abusive des classifications de sécurité et la protection des lanceurs d’alerte restent sans réponse.
L’affaire remonte à 2022, lorsque Alexander Karlsen a été convoqué à une réunion avec la direction de l’unité informatique de la police (PIT). Un mois plus tard, son autorisation de sécurité a été suspendue, l’obligeant à quitter son poste. Karlsen affirme que cette suspension est directement liée à ses alertes internes concernant des pratiques qu’il jugeait inacceptables. L’employeur, quant à lui, invoque une violation du devoir de loyauté et un comportement assimilable à du harcèlement.
La clé du litige réside dans une lettre classifiée, rédigée par le directeur de la sécurité du PIT, Frode Josefsen, et adressée à l’Autorité civile (SKM), l’organisme chargé de valider les habilitations de sécurité. Cette lettre, dont Karlsen et le tribunal n’ont jamais eu accès, expose les motifs de la suspension de son autorisation. La commission EOS, un comité de contrôle du renseignement norvégien présidé à l’époque par Astri Aas-Hansen, a estimé que le ministère de la Justice devait procéder à une évaluation indépendante pour déterminer si les informations contenues dans ce document pouvaient porter atteinte à la sécurité nationale. La commission a également souligné que le refus d’accès à ces documents pouvait porter atteinte au droit à un procès équitable, conformément à la Convention européenne des droits de l’homme.
En décembre 2024, Astri Aas-Hansen, alors présidente de la commission EOS, a adressé une lettre au ministère de la Justice exprimant des « doutes raisonnables » quant à la justification de la suspension de Karlsen. Quelques mois plus tard, elle est nommée ministre de la Justice, mais le ministère qu’elle dirige n’a toujours pas donné suite aux demandes d’accès à la lettre classifiée formulées par l’avocat de Karlsen. Selon ce dernier, sept courriels ont été envoyés au ministère sans réponse.
Lors de l’audience devant le tribunal de district d’Oslo, Kristine Møse, représentant le ministère public, a affirmé que le licenciement de Karlsen était motivé par un comportement systématique consistant à déposer des plaintes, des enquêtes et des signalements contre ses collègues et supérieurs. Elle a qualifié ces actions de tentatives de « brouillage » de l’employeur. Karlsen a réfuté ces accusations, affirmant qu’il cherchait simplement à dénoncer des injustices.
« Je suis un chien qui sent la truffe. Si je sais qu’il est possible de découvrir quelque chose qui ne va pas, alors je choisis de poursuivre. Ce qui m’anime vraiment, c’est que j’aimerais dévoiler l’injustice qui a été commise. »
Alexander Karlsen, lanceur d’alerte
L’affaire s’est conclue par un accord à l’amiable, Karlsen recevant une indemnisation de 1,1 million de couronnes norvégiennes (environ 95 000 €) mais ne retrouvant pas son emploi. Le ministère public a précisé que cet accord ne constitue en aucun cas une reconnaissance de faute de l’employeur et que le montant versé n’est pas une indemnisation, mais une somme forfaitaire imposable. Les parties se sont engagées à ne plus formuler de nouvelles revendications ou accusations à l’encontre de leurs anciens employeurs et collègues.
Kjerstin Wester, directrice par intérim du PIT, a témoigné devant le tribunal, décrivant Karlsen comme une personne cherchant à tout prix à avoir raison et à « compliquer les choses ».
L’affaire soulève des questions importantes sur la protection des lanceurs d’alerte et l’accès à l’information dans le secteur public norvégien.
