Washington a apporté un soutien financier majeur à l’Argentine en pleine crise de liquidités, une intervention surprise qui soulève des questions sur les motivations politiques et économiques de l’administration Trump. L’opération, d’un montant de 20 milliards de dollars (environ 18,5 milliards d’euros), vise à stabiliser l’économie argentine à l’approche d’élections cruciales.
Le département du Trésor américain a annoncé jeudi l’établissement d’une ligne de swap de devises avec la banque centrale argentine. Concrètement, les États-Unis mettent à disposition des dollars américains en échange de pesos argentins, dans l’espoir de freiner la dépréciation de la monnaie locale et d’éviter une contagion aux marchés émergents, voire une crise financière aux États-Unis.
Cette décision intervient alors que l’Argentine est confrontée à des difficultés économiques majeures et se prépare aux élections de mi-mandat du 26 octobre. Selon Diego Celedon, responsable de la stratégie actions pour la région chez JPMorgan Chase, cette ligne de swap « marque un moment charnière pour la stabilité financière de l’Argentine ». Il ajoute que « le soutien américain agit comme un coupe-circuit, mettant fin à la boucle de rétroaction négative qui menaçait d’aggraver les tensions économiques du pays ».
L’intervention américaine, la première de ce type depuis le sauvetage du Mexique en 1995, est perçue comme un pari risqué. Bien que l’Argentine ne représente pas une menace systémique majeure, les États-Unis craignent des fuites de capitaux et une volatilité accrue des marchés de la dette et des matières premières. « Dans l’ensemble, l’intervention américaine a transformé les perspectives à court terme de l’Argentine, mais l’administration doit désormais exploiter son capital politique pour tirer pleinement parti de cette fenêtre d’opportunité », a analysé M. Celedon.
La réaction des marchés a été immédiate : le peso argentin s’est renforcé face au dollar vendredi. Cependant, l’ETF Global X MSCI Argentine, un fonds négocié en bourse lié aux entreprises leaders du pays, a chuté, témoignant des inquiétudes quant à la pérennité de ce soutien.
Les raisons de cette intervention restent floues pour certains experts. Joseph Brusuelas, économiste en chef chez RSM, s’interroge : « On ne sait pas pourquoi l’administration Trump fournit un plan de sauvetage de facto au peso argentin alors qu’il n’existe aucune relation financière ou économique significative entre les deux économies ». Il met en garde : « Il n’est pas du tout clair pour moi que l’Argentine ne choisira pas de dévaluer son peso après son élection plus tard ce mois-ci. C’est là que réside l’un des plus grands risques liés à l’octroi d’une ligne de swap de 20 milliards de dollars soutenue par le Trésor à Buenos Aires. »
Au-delà des considérations économiques, l’Argentine revêt une importance politique pour les États-Unis. Les élections du 26 octobre détermineront l’avenir du gouvernement du président Javier Milei, qui s’est rapproché de Washington. L’administration Trump semble déterminée à maintenir la stabilité des marchés du crédit, dans un contexte mondial incertain et à l’approche d’une année électorale aux États-Unis.
Le secrétaire au Trésor, Scott Besse, a justifié cette décision en évoquant « un moment d’illiquidité aiguë » et en soulignant la capacité des États-Unis à apporter une aide précieuse. Il a également mis en avant les réformes fiscales en cours en Argentine, qui devraient « générer d’importantes exportations libellées en dollars et des réserves de change ».
Cependant, l’historique budgétaire fragile de l’Argentine et ses nombreux défauts de paiement suscitent des inquiétudes quant à l’efficacité de cette aide. Lourdes Casanova, directrice de l’Institut des marchés émergents de l’Université Cornell, souligne que Javier Milei « a réussi à réduire fortement l’inflation mais a eu du mal à stabiliser le taux de change du peso par rapport au dollar ». Elle ajoute : « Étant donné que le commerce des devises constitue le plus grand marché financier au monde… aucun montant de réserves ne peut à lui seul compenser cette pression. »
L’opération a également été critiquée aux États-Unis. Rohit Chopra, directeur du Bureau de protection financière des consommateurs, a dénoncé le fait que « le département du Trésor a officiellement lancé son plan de sauvetage de l’Argentine » alors que le gouvernement est en « fermeture » (shutdown). Il a regretté que l’on « injecte désormais activement des dollars en Argentine en échange du peso en chute libre, plutôt que d’aider les gens ici, chez nous ». Scott Besse a réfuté ces critiques, affirmant que les politiques budgétaires de M. Milei sont « saines » et que le succès de l’Argentine est d’une importance systémique.
