Publié le 8 octobre 2025. L’Argentine attend avec impatience un soutien financier promis par l’administration Trump, alors que le ministre de l’Économie, Luis Caputo, se rend à Washington pour tenter de débloquer les fonds et stabiliser une économie fragilisée par la dévaluation du peso et l’incertitude politique.
- Le ministre argentin de l’Économie, Luis Caputo, est en déplacement à Washington pour accélérer la mise en œuvre de l’aide financière promise par Donald Trump.
- Les marchés financiers sont en état d’alerte face au silence de la Maison Blanche et aux difficultés croissantes du gouvernement Milei à maintenir la valeur du peso.
- La Banque mondiale a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’Argentine, citant l’incertitude électorale.
La situation économique argentine est de plus en plus tendue. Le gouvernement Milei, qui avait initialement bénéficié d’un certain optimisme grâce à ses efforts pour maîtriser l’inflation et atteindre un excédent budgétaire, voit cet élan s’essouffler. La Banque centrale peine à accumuler suffisamment de dollars pour honorer ses engagements en matière de dette, ce qui a entraîné une fuite des investisseurs et une chute du peso.
L’annonce d’une possible aide américaine, évoquée par le secrétaire au Trésor Scott Bessent le 23 septembre, avait apporté un répit temporaire. M. Bessent avait alors indiqué que le Trésor était prêt à accorder à l’Argentine un swap (échange de devises) de 20 milliards de dollars (environ 18,5 milliards d’euros), ainsi qu’un crédit stand-by dont le montant n’a pas été précisé, et la possibilité d’acquérir des obligations de la dette argentine. Cependant, cet effet positif s’est rapidement estompé en raison du manque de détails concrets.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a accueilli Luis Caputo à Washington et a exprimé son espoir de « discussions productives sur les différentes options » pour soutenir l’Argentine. Il a publié une photo avec le ministre sur les réseaux sociaux, mais sans fournir d’informations supplémentaires. À ce jour, le secret reste de mise, sans le moindre signe d’engagement ferme.
Les marchés sont nerveux. Le gouvernement argentin a injecté environ 2,5 milliards de dollars sur le marché des changes depuis le 22 septembre, selon des estimations non officielles. Au cours des six derniers jours, le Trésor a perdu 1,6 milliard de dollars, dont 250 millions de dollars ce mardi. Ces ventes représentent 72 % des 2,2 milliards de dollars obtenus grâce à la suspension temporaire des droits de douane sur les exportations de céréales. Selon un courtier averti, à ce rythme, les réserves du Trésor pourraient être épuisées d’ici vendredi.
Lorsque les fonds du Trésor, considérés comme la « petite caisse » du ministère de l’Économie, seront épuisés, le gouvernement devra puiser dans les réserves de la Banque centrale, qui sont déjà en territoire négatif. L’aide américaine est donc perçue comme la seule issue possible pour Milei, alors que se rapprochent les élections législatives du 26 octobre, qui détermineront le soutien parlementaire dont il disposera pour la seconde moitié de son mandat.
Les investisseurs, cependant, ne se contentent pas de promesses. « Ils veulent de l’argent sonnant et trébuchant, pas seulement des déclarations d’intention », a déclaré un courtier. L’espoir est que la situation se débloque d’ici le 15 octobre, date à laquelle Donald Trump recevra Javier Milei au bureau ovale de la Maison Blanche.
Un autre facteur d’inquiétude est la crainte d’un changement de politique de change après les élections. Le marché anticipe que le gouvernement devra, quel que soit le résultat du scrutin, recalibrer sa stratégie. Actuellement, le taux de change fluctue dans une fourchette définie, mais la Banque centrale estime qu’il n’est pas viable de maintenir le dollar en dessous d’un certain seuil, fixé aujourd’hui à 1 484 pesos. Une libéralisation du marché des changes pourrait protéger les réserves, mais au risque d’une dévaluation qui relancerait l’inflation. Milei ne peut se permettre de perdre le contrôle de l’inflation, car cela compromettrait ses chances électorales.
L’instabilité économique et la possibilité d’une défaite électorale face au péronisme ont déjà des conséquences sur les prévisions de croissance. La Banque mondiale a abaissé ses perspectives pour l’Argentine, les révisant de 5,5 % à 4,6 %, en invoquant « l’incertitude électorale ». L’extrême droite a subi un revers lors des élections locales du 7 septembre dans la province de Buenos Aires, face au péronisme kirchnériste. Le gouvernement est pour l’instant loin de pouvoir espérer un retournement de situation pour les élections nationales.
À ces difficultés économiques s’ajoutent des scandales de corruption qui fragilisent davantage le gouvernement, qui ne dispose pas des moyens nécessaires pour imposer son programme. La crise politique s’est aggravée dimanche avec la démission du candidat de Milei à la députation dans la province de Buenos Aires, José Luis Espert, en raison de ses liens avec un homme d’affaires emprisonné pour trafic de drogue. Milei a tenté lundi de relancer sa campagne en organisant un concert de rock devant 15 000 personnes à Buenos Aires, mais l’impact électoral de cette initiative reste incertain. Pendant ce temps, à Washington, le silence persiste.
