L’arrivée d’un nouveau médicament préventif contre le VIH, le lénacapavir (Yeztugo), suscite des interrogations quant à son accessibilité financière et sa couverture par les assurances santé aux États-Unis. Approuvé en juin 2025 par la Food and Drug Administration (FDA), ce traitement innovant, administré par injection deux fois par an, offre une efficacité prometteuse, mais sa mise en œuvre pourrait être freinée par les décisions des gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBM).
Les PBM, qui négocient les prix des médicaments avec les fabricants et déterminent leur couverture, jouent un rôle crucial. Trois entreprises dominent ce marché : CVS Caremark, Express Scripts et OptumRx, représentant à elles seules 73 % des demandes de remboursement de médicaments en 2023. Leurs choix ont donc un impact significatif sur des millions de personnes.
À ce stade, CVS Caremark, le leader du marché commercial (29 % des parts), ne prévoit pas de couvrir le lénacapavir, invoquant la nécessité d’évaluer des considérations cliniques, financières et réglementaires. La société a notamment mis en avant le prix du médicament et la poursuite des négociations avec son fabricant, Gilead. En revanche, Express Scripts (28 % des parts) a annoncé lors d’une conférence téléphonique au troisième trimestre 2025 qu’il couvrirait le lénacapavir.
L’Affordable Care Act (ACA) impose aux assurances de couvrir les services préventifs recommandés par le groupe de travail américain sur les services préventifs (USPSTF) – ceux recevant une note « A » ou « B » – sans frais supplémentaires pour les patients. La PrEP (prophylaxie pré-exposition) a reçu une recommandation « A » de l’USPSTF en 2019, puis une mise à jour en 2023. Cependant, ces recommandations précédaient l’approbation du lénacapavir et ne l’incluent donc pas explicitement. Par conséquent, les assureurs et les PBM peuvent prendre des décisions divergentes quant à sa couverture.
Gilead a indiqué lors d’une conférence téléphonique au troisième trimestre 2025 avoir obtenu une couverture pour 75 % des assurés (secteur public et privé), la plupart des payeurs couvrant le médicament sans autorisation préalable ni partage des coûts. Certains assureurs proposent déjà le lénacapavir sans frais supplémentaires, le classant comme un médicament préventif (par exemple, Oscar dans les états de New York et de l’Illinois, et Molina dans l’Illinois).
La manière dont le lénacapavir est couvert peut également varier. Certains régimes peuvent le considérer comme une prestation médicale plutôt que pharmaceutique, ce qui complique la détermination de la couverture et des frais associés. Par exemple, dans certains marchés de UnitedHealthcare (New York et Texas), le formulaire indique que le lénacapavir « n’est pas couvert par votre garantie pharmaceutique et peut être couvert par votre police médicale ». Il incombe alors aux patients de contacter le service client pour obtenir des informations précises.
Les outils de recherche de régimes proposés sur les plateformes d’assurance ne sont pas toujours fiables. Des erreurs ont été constatées, indiquant parfois une non-couverture alors que le médicament est effectivement pris en charge. Par exemple, sur le marché fédéral, les plans Oscar sont signalés comme ne couvrant pas le lénacapavir, alors que leur formulaire indique le contraire.
Outre les questions de couverture, des obstacles traditionnels à l’adoption de la PrEP persistent. Les médicaments à action prolongée nécessitent que les prestataires achètent le médicament à l’avance, ce qui peut poser des problèmes financiers et logistiques, en particulier pour les petites cliniques. D’autres freins incluent le manque de sensibilisation, la stigmatisation, les perceptions du risque et les préoccupations concernant le coût.
Le manque d’accès à la PrEP, ou l’incertitude quant à sa couverture, pourrait décourager son utilisation. Des études montrent qu’une augmentation des frais directs de la PrEP, même minime, peut entraîner une diminution du nombre d’ordonnances exécutées. L’accès à la PrEP a des implications importantes pour la santé individuelle et publique, car elle contribue à réduire la transmission du VIH et à améliorer la santé des populations à risque. Une étude récente a démontré que les États avec une couverture PrEP plus élevée ont enregistré des baisses plus importantes des diagnostics de VIH.
L’approbation du lénacapavir représente une avancée significative dans la prévention du VIH, mais son adoption à grande échelle reste incertaine.
Note : Les recherches sur les plateformes d’assurance ont été effectuées le 11 novembre 2025.
