Un sommeil interrompu, même de courte durée, peut avoir un impact plus important sur les fonctions cognitives que de simplement dormir moins longtemps. Une étude américaine révèle que la qualité du sommeil est un facteur déterminant pour maintenir des performances mentales optimales, en particulier chez les personnes âgées.
Des nuits agitées, marquées par des réveils fréquents, semblent nuire davantage aux capacités intellectuelles que la durée totale du sommeil. C’est la conclusion d’une recherche menée par des scientifiques de l’Université de Pennsylvanie et de l’Albert Einstein College of Medicine de New York.
« Nous savons depuis longtemps que le manque de sommeil affecte les fonctions cognitives, explique Orfeu Buxton, biologiste du comportement et principal auteur de l’étude. Mais nous voulions identifier précisément quels aspects du sommeil sont les plus déterminants pour la performance intellectuelle diurne. »
L’étude, publiée dans la revue spécialisée Sleep Health, a porté sur 261 participants de plus de 70 ans. Pendant 16 jours, ils ont porté un bracelet numérique enregistrant leurs cycles de sommeil et d’éveil. Parallèlement, ils ont effectué six fois par jour de courtes tâches cognitives sur leur smartphone, évaluant leur mémoire visuelle, leur mémoire spatiale et leur vitesse de traitement de l’information.
Les résultats ont démontré que les participants ayant passé plus de 30 minutes supplémentaires éveillés pendant la nuit affichaient une vitesse de traitement de l’information significativement plus lente. De manière surprenante, la durée totale du sommeil et les siestes n’ont pas eu d’impact mesurable sur les performances cognitives.
« Se réveiller à plusieurs reprises après s’être endormi détériore la qualité globale du sommeil », souligne M. Buxton. « Notre étude montre que c’est la qualité du sommeil, et non sa quantité, qui influence directement les performances cognitives au quotidien. »
L’équipe de recherche a comparé les résultats des participants en fonction de leurs meilleures et de leurs pires nuits de sommeil, ainsi qu’en analysant les différences entre les individus. Ceux qui dormaient généralement moins bien, avec des périodes d’éveil plus longues, ont obtenu des scores inférieurs dans trois tests cognitifs sur quatre, notamment ceux évaluant le traitement de l’information et la mémoire visuelle.
Carol Derby, co-auteure de l’étude et neurologue, estime que ces découvertes pourraient éclairer les facteurs de risque liés à la démence. « Sur le long terme, les troubles du sommeil peuvent être associés à une diminution des capacités mentales et au développement de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer », explique-t-elle. « Améliorer la qualité du sommeil pourrait donc contribuer à retarder l’apparition de la démence. »
Les chercheurs recommandent de se coucher et de se lever à des heures régulières, de créer un environnement calme et sombre, et d’éviter les écrans avant de dormir. En cas de troubles persistants, une thérapie cognitivo-comportementale peut être envisagée, mais ils déconseillent l’utilisation de médicaments. M. Buxton ajoute : « Mon conseil le plus important est de ne pas s’inquiéter des problèmes de sommeil. S’inquiéter ne fait qu’augmenter le stress, ce qui perturbe encore davantage le sommeil. »
