Publié le 16 janvier 2025 à 15h15. La Commission européenne cherche à mobiliser les industriels européens, notamment dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium, pour favoriser une production « Made in Europe » dans le cadre de sa future législation industrielle, face à la concurrence accrue de la Chine et des États-Unis.
- La Commission européenne sollicite le soutien des secteurs lourds pour privilégier une production européenne dans sa future législation.
- L’objectif est de relancer l’industrie européenne face à la concurrence internationale, notamment chinoise et américaine.
- L’annonce intervient à la veille de la présentation de l’Industrial Accelerator Act (IAA), visant à décarboner l’industrie tout en maintenant sa compétitivité.
Bruxelles s’apprête à dévoiler l’Industrial Accelerator Act (IAA), une initiative destinée à stimuler la transition écologique des industries européennes énergivores tout en préservant leur compétitivité sur le marché mondial. Avant cette annonce, la Commission européenne sollicite activement l’appui des représentants de l’industrie lourde, comme les secteurs de l’acier et de l’aluminium, pour intégrer un volet « Made in Europe » dans cette future législation.
Cette démarche intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes et de concurrence féroce, notamment de la part de la Chine. Selon une lettre consultée par Euronews, le vice-président exécutif français, Stéphane Séjourné, met en garde contre le risque d’une « érosion progressive de notre base industrielle, de notre savoir-faire et de notre souveraineté économique » si l’Europe ne se dote pas d’une politique industrielle ambitieuse et pragmatique.
L’IAA s’inscrit dans la continuité d’une initiative similaire adoptée en 2024, qui avait déjà pour objectif de favoriser la production nationale de technologies vertes dans le cadre des appels d’offres publics, alors que l’Union européenne s’efforce d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Les analystes estiment que l’IAA pourrait renforcer significativement la compétitivité industrielle de l’UE, en particulier pour les secteurs traditionnellement énergivores comme la production de ciment et d’acier, ainsi que pour les technologies innovantes à zéro émission nette, confrontés à une faible demande et à une concurrence internationale préjudiciable. Une étude récente souligne le potentiel des pompes à chaleur industrielles pour réduire de 25 % les émissions du secteur manufacturier européen.
Cependant, cette future loi suscite des inquiétudes. Certains craignent qu’elle ne nuise à la compétitivité au sein du marché unique européen, en raison des disparités industrielles entre les États membres, notamment entre la France et l’Allemagne, qui disposent de cadres industriels plus avancés.
La lettre de Stéphane Séjourné insiste sur la nécessité de garantir que « chaque fois que l’argent public européen est utilisé, il contribue à la production européenne », afin que l’Europe reste une « puissance industrielle » et non un simple « marché passif ».
Neuf pays – la Tchéquie, l’Estonie, la Finlande, l’Irlande, la Lettonie, Malte, le Portugal, la Suède et la Slovaquie – ont déjà exprimé leurs réserves en décembre, craignant des « conséquences sur l’efficacité de la concurrence, les niveaux de prix et de qualité, ainsi que des effets sur les entreprises ». Ces pays ont alerté sur les risques potentiels de cette approche. La Pologne et les Pays-Bas soutiennent également la réalisation d’une évaluation d’impact.
Les discussions politiques sur les critères, les incitations et les autorisations pour les produits nationaux sont en cours, a confié à Euronews un diplomate européen sous couvert d’anonymat. Il en va de même pour le financement, l’exécutif européen étudiant les moyens de lier le financement européen à cette nouvelle initiative. Le budget pluriannuel (CFP) de l’UE et le Fonds pour la compétitivité devraient être mobilisés pour soutenir les industries européennes.
Selon le diplomate, la Commission n’a pas encore déterminé le pourcentage de produits européens requis par la future loi, mais des chiffres allant de 60 à 80 % ont été évoqués. Ce pourcentage pourrait être assorti de distinctions spécifiques pour tenir compte des importations et des exportations, et la production des entreprises non européennes implantées dans l’UE pourrait être considérée comme « Made in Europe ».
L’Europe est déjà à l’avant-garde en matière de normes environnementales strictes pour les entreprises, ce qui a entraîné une augmentation des coûts de production. La nouvelle loi pourrait accentuer cette tendance.
La Commission étudie également la possibilité de « créer les conditions permettant d’aligner l’offre et la demande », en créant des « marchés pilotes » pour stimuler la demande de produits industriels durables et à faible émission de carbone, tels que l’acier vert et l’hydrogène. Cette approche vise à créer un marché prévisible pour ces technologies grâce à des politiques axées sur la demande.
Les règles relatives aux aides d’État – c’est-à-dire les aides publiques accordées aux entreprises – pourraient également être modifiées dans le cadre de l’IAA. Selon les estimations, l’Allemagne et la France concentrent la majorité des aides d’État européennes. Le diplomate européen suggère que les États membres pourraient être exemptés de notifier à la Commission les aides destinées à financer des projets de décarbonation.
Les dirigeants industriels européens se montrent favorables à l’appel de la Commission à renforcer la production nationale, citant un « déficit commercial record de 350 milliards d’euros » avec la Chine en 2025, selon une deuxième lettre consultée par Euronews.
Ils considèrent l’IAA comme « un acte d’indépendance économique » en réponse au rapport Draghi, qui exhorte l’UE à combler son retard sur la Chine et d’autres concurrents, sous peine d’une « lente agonie ». Ce rapport propose un plan industriel vert pour l’Europe.
« Les Chinois ont adopté le principe “Made in China”, les Américains ont adopté le principe “Buy American” et la plupart des autres puissances économiques ont des programmes similaires qui donnent la préférence à leurs propres actifs stratégiques. Alors pourquoi pas nous ? »
Dirigeants industriels de l’UE
Les dirigeants de l’industrie demandent un soutien financier sous la forme d’« enchères publiques, d’aides d’État directes ou d’une autre forme de soutien financier » pour répondre à l’augmentation de la production attendue.
« Il est désormais temps pour l’Europe de produire davantage, et surtout de manière plus stratégique. Pour garantir notre sécurité économique, nous devons soutenir et réduire les risques sur nos principales chaînes de valeur. »
Dirigeants industriels de l’UE
L’annonce de l’IAA, initialement prévue en décembre, est désormais attendue le 29 janvier, mais pourrait encore être reportée, selon des sources proches du dossier.
