Bruxelles, le 16 décembre 2025. La Commission européenne a revu ses objectifs de réduction des émissions de CO2 pour les constructeurs automobiles, abandonnant l’interdiction totale des véhicules à moteur thermique initialement prévue pour 2035 et optant pour une réduction de 90 % au lieu de 100 %.
- Les constructeurs automobiles pourront continuer à produire des véhicules hybrides rechargeables et des moteurs à combustion interne au-delà de 2035, en compensant les 10 % d’émissions restantes.
- Des “super crédits” seront accordés pour la production de petites voitures électriques abordables fabriquées dans l’Union européenne.
- Cette décision intervient après des pressions de plusieurs États membres, notamment l’Allemagne et l’Italie, inquiets de l’impact sur l’emploi et la compétitivité de leur industrie automobile.
Cette volte-face marque un changement de cap par rapport au projet initial du Green Deal européen, qui visait à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. L’abandon de l’interdiction pure et simple des véhicules thermiques reflète un compromis trouvé après les élections européennes de 2024, qui ont vu une montée en puissance des forces de droite et d’extrême droite, plus sceptiques quant à la rapidité de la transition écologique.
Selon le commissaire à l’action climatique, Wopke Hoekstra, cette nouvelle approche permet de maintenir le cap vers une mobilité zéro émission tout en offrant aux constructeurs une plus grande flexibilité pour atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de CO2 de manière rentable.
« Nous maintenons le cap vers une mobilité zéro émission, mais en introduisant certaines flexibilités pour permettre aux fabricants d’atteindre leurs objectifs en matière de CO2 de la manière la plus rentable possible. »
Wopke Hoekstra, commissaire à l’action climatique
Il a également souligné que cette mesure créerait un marché porteur pour l’acier à faible teneur en carbone produit dans l’UE.
Les constructeurs devront désormais compenser les 10 % d’émissions restantes en utilisant de l’acier à faible teneur en carbone produit dans l’UE ou en recourant à des carburants durables, tels que les carburants électroniques et les biocarburants. Cette flexibilité a été saluée par le commissaire aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, qui y voit un signal clair que d’autres technologies que les véhicules électriques à batterie peuvent encore jouer un rôle après 2035.
« C’est un signal clair que d’autres technologies que les véhicules électriques à batterie peuvent être mises sur le marché après 2035. »
Apostolos Tzitzikostas, commissaire aux Transports
Plusieurs États membres avaient fait pression pour un assouplissement des règles, craignant les conséquences économiques et sociales d’une transition trop rapide. L’Allemagne, l’Italie, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie avaient notamment exprimé leurs inquiétudes quant à la compétitivité de leur industrie automobile et à la perte d’emplois. Ces pays avaient demandé à la Commission européenne de reconsidérer l’interdiction des véhicules à moteur thermique et d’autoriser la vente de véhicules hybrides. La situation difficile des constructeurs automobiles, confrontés à des coûts énergétiques élevés et à une pénurie de composants, a également pesé dans la balance. Volkswagen, par exemple, devrait cesser la production sur son site de Dresde, une première en 88 ans.
Si la plupart des constructeurs automobiles ont accueilli favorablement cette nouvelle flexibilité, certains acteurs de la filière électrique expriment leur déception. Chris Heron, secrétaire général d’E-mobility Europe, craint que cette décision ne crée davantage d’incertitude pour les investisseurs.
« Nous savons que l’avenir des transports est électrique. Ce qui n’est pas encore décidé, c’est qui le construira. Les hésitations ou les signaux contradictoires risquent de saper la certitude d’investissement dont les fabricants de batteries, les fabricants et les réseaux ont besoin pour évoluer. »
Chris Heron, secrétaire général d’E-mobility Europe
La proposition de la Commission doit maintenant être négociée avec le Parlement européen et le Conseil européen. La présidence chypriote de l’UE assurera la médiation des discussions à partir de janvier 2026.
L’évolution de cette législation témoigne des tensions croissantes entre les objectifs climatiques ambitieux de l’UE et les réalités économiques et politiques des États membres.
À ne pas manquer
