L’année 2025 a été marquée par une diplomatie inhabituelle, voire excessive, envers l’administration américaine de Donald Trump. Des cadeaux somptueux aux déclarations dithyrambiques, plusieurs dirigeants mondiaux ont semblé rivaliser de flatterie pour obtenir les faveurs du président américain, illustrant une nouvelle ère dans les relations internationales.
L’épisode révélateur remonte au 28 février, lors d’une rencontre au Bureau Ovale avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Ce dernier s’est vu publiquement réprimander par son hôte pour ne pas avoir suffisamment exprimé sa gratitude envers Trump, un incident qui a mis en lumière la sensibilité du président américain aux marques de reconnaissance.
Cet événement a déclenché une cascade d’attentions. La FIFA, par exemple, a créé de toutes pièces un « Prix de la Paix » spécialement pour Trump, après que celui-ci ait critiqué le choix de villes américaines démocrates pour accueillir la Coupe du Monde de l’année suivante. Le 5 décembre 2025, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a présenté à Trump ce trophée inédit, arborant fièrement l’inscription « Donald J. Trump » et un globe métallique reposant sur cinq mains noueuses. « C’est votre prix – c’est votre prix, votre prix de la paix », s’est exclamé Infantino, tandis que Trump arborait un large sourire. Il a également reçu une médaille qu’il s’est empressé d’enfiler, se comparant, selon certains, à un Napoléon moderne se couronnant lui-même.
Le Qatar a également cherché à s’attirer les bonnes grâces de l’administration américaine en offrant un Boeing de luxe, estimé à 400 millions de dollars américains, pour moderniser l’avion présidentiel Air Force One. Cette offre, révélée à la veille de la visite de Trump au Moyen-Orient en mai, a suscité une vive polémique aux États-Unis, les démocrates dénonçant des implications éthiques et des problèmes de sécurité. Trump a balayé ces inquiétudes, qualifiant l’offre de « beau geste » qu’il aurait été « stupide » de refuser.
Au sommet de l’OTAN à La Haye, le secrétaire général de l’organisation, Marc Rutte, a adopté une approche particulièrement flatteuse. Dans un message privé adressé à Trump avant le sommet, il a écrit : « Vous vous dirigez vers un autre grand succès à La Haye… L’Europe va payer GRANDEMENT, comme elle le devrait, et ce sera votre victoire. » Trump a immédiatement publié ce message sur sa plateforme Truth Social. Lors d’une conférence de presse conjointe le 25 juin, Rutte a même qualifié Trump de « Papa » pour l’aider à faire cesser les tensions entre Israël et l’Iran, que Trump avait comparés à des « enfants dans une cour d’école ». Trump a répondu : « Non, [Rutte] m’aime. Je pense qu’il m’aime bien. S’il ne le fait pas, je vous le ferai savoir. Je reviendrai et je le frapperai fort, d’accord ? Il l’a fait très affectueusement : ‘Papa, tu es mon papa.’ »
L’obsession de Trump pour le prix Nobel de la paix a également incité le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à agir. En juillet, lors d’un dîner à la Maison Blanche, Netanyahu a présenté à Trump une lettre de nomination au prix Nobel, affirmant qu’il le « méritait bien ». Bien que le comité Nobel ait finalement attribué le prix à la dirigeante de l’opposition vénézuélienne Maria Corina Machado, Netanyahu a continué ses efforts en annonçant que Trump serait le seul citoyen non israélien à recevoir le « Prix Israël ».
Enfin, le Premier ministre britannique Keir Starmer a remis à Trump, en février, une invitation à une visite d’État du roi Charles III, dans une tentative de préserver la « relation spéciale » entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Starmer a présenté à Trump une lettre du roi, qui a accepté l’invitation, ouvrant la voie à une visite royale en septembre, largement commentée par les médias britanniques. Selon un éditorial du Guardian, « il y avait une relation inverse entre le faste et le cérémonial de ce voyage et sa portée réelle », mais que, dans le monde de Trump, une interaction diplomatique évitant une crise ouverte était considérée comme un triomphe.



