Publié le 29 octobre 2024 09:22:00. L’attaque du mémorial de l’Holocauste à Paris, en mai 2023, n’était pas un acte isolé, mais s’inscrit dans une campagne de déstabilisation de la France attribuée à la Russie, qui utilise des opérations d’influence secrète et psychologique pour exacerber les tensions internes et affaiblir le soutien français à l’Ukraine.
- Le procès de trois suspects bulgares impliqués dans le vandalisme du mémorial de l’Holocauste s’ouvre ce mercredi à Paris.
- La France est devenue une cible privilégiée dans la guerre hybride menée par la Russie en Europe.
- Des actes de vandalisme symboliques, comme des têtes de cochon déposées dans des mosquées ou des étoiles de David peintes sur des bâtiments, se sont multipliés ces dernières années.
L’affaire du mémorial de l’Holocauste, qui a vu des inscriptions antisémites taguées sur le site, offre, selon les enquêteurs et les services de renseignement, un aperçu rare de l’escalade des efforts russes pour déstabiliser la France. Trois ressortissants bulgares, Mircho Angelov, Georgi Filipov et Kiril Milushev, ont été rapidement identifiés et arrêtés. Ils avaient fui Paris le jour même des faits, en bus pour Bruxelles, avant de prendre un vol pour Sofia.
Ces derniers mois, la France a été le théâtre de plusieurs actes de vandalisme visant des symboles religieux et politiques. Des têtes de cochon ont été déposées devant des mosquées, des étoiles de David ont été peintes sur des immeubles et des cercueils ont été découverts près de la Tour Eiffel. Chacun de ces actes semble conçu pour attiser les tensions entre les communautés juive et musulmane, ou pour saper le soutien français à l’Ukraine, à l’approche d’une élection présidentielle cruciale en 2027.
Les analystes et les responsables estiment que la France est particulièrement vulnérable à ce type de manipulation. « Cela reflète une réalité géopolitique : la Russie considère la France comme un adversaire sérieux, elle est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne, et le président de la République est très ferme dans son soutien à l’Ukraine, envisageant même des scénarios comme le déploiement de soldats français à Odessa », explique Kevin Limonier, professeur et directeur adjoint du centre de recherche géopolitique GEODE à Paris, dont l’équipe a cartographié les opérations de guerre hybride de la Russie en Europe.
Natalia Pouzyreff, députée du parti Renaissance, qui a co-écrit un rapport sur l’ingérence étrangère, souligne également une certaine naïveté française face à ces menaces.
« En France, nous sommes un peu plus éloignés du flanc oriental et nous n’avons pas le même niveau de prévention que les pays de l’ex-Union soviétique. La population est plus réceptive à ce genre de rhétorique. »
Natalia Pouzyreff, députée Renaissance
Les autorités françaises ont inculpé quatre hommes pour la dégradation du mémorial de l’Holocauste. L’enquête se poursuit pour déterminer l’étendue de leur éventuelle implication dans d’autres actes de déstabilisation.
