L’année 2025 a été marquée par une lutte acharnée contre les violences faites aux femmes, avec des avancées législatives notables mais aussi des reculs inquiétants, témoignant d’une mobilisation mondiale face à une crise persistante. Des manifestations aux décisions politiques, le mouvement féministe a continué de faire pression pour que la violence sexiste soit reconnue et combattue à l’échelle internationale.
En Afrique du Sud, une action collective a forcé le gouvernement à déclarer la violence basée sur le genre (VBG) comme une catastrophe nationale. Quelques heures avant le sommet du G20 à Johannesburg en novembre, des centaines de femmes vêtues de noir se sont allongées dans un parc, symbolisant les 15 femmes qui perdent la vie chaque jour à cause de ces violences. Cette manifestation, organisée par l’association Women for Change, avait recueilli plus d’un million de signatures pour cette demande.
Cette victoire sud-africaine contraste avec une tendance globale à la régression. En 2024, environ 4 000 femmes ont été victimes de féminicides en Amérique latine, soit près de 11 meurtres liés au genre par jour. L’Afrique affiche le taux le plus élevé au monde, avec trois féminicides pour 100 000 femmes, et l’Afrique du Sud se distingue particulièrement par l’ampleur du problème.
Tout au long de l’année, des cas de violence extrême ont déclenché des mouvements de protestation. En Argentine, des manifestations ont éclaté en septembre suite à la torture et au meurtre de trois jeunes femmes par un gang de trafiquants de drogue. Au Brésil, des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées en décembre après qu’une femme ait été traînée sur un kilomètre par son ex-petit ami, lui faisant perdre ses jambes. En Italie, des meurtres de jeunes étudiantes en avril et mai ont également suscité une forte réaction populaire.
Ces événements, largement médiatisés, ont été rendus possibles par des décennies de travail de terrain des organisations de la société civile, qui ont permis de qualifier le féminicide de phénomène distinct, de revendiquer sa reconnaissance légale et de créer des bases de données sur les victimes. Ce travail de comptage des morts a transformé des tragédies individuelles en preuves de violence systémique.
Face à cette pression, certains gouvernements ont pris des mesures. L’Espagne a criminalisé la violence indirecte, c’est-à-dire celle exercée par des intermédiaires, en septembre 2025, après le Mexique qui avait déjà adopté une législation similaire en 2023. L’Italie a quant à elle fait du féminicide un crime distinct, passible de réclusion à perpétuité, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre. Cette décision est d’autant plus significative que le code pénal italien prévoyait encore la clémence pour les « crimes d’honneur » jusqu’en 1981.
Cependant, ces progrès restent fragiles. Des gouvernements de droite, considérant les mesures anti-VBG comme idéologiques, menacent de démanteler les acquis féministes. En Argentine, le gouvernement de Javier Milei a supprimé le ministère de la Femme, du Genre et de la Diversité et envisage de démanteler l’éducation sexuelle complète et d’abroger la parité hommes-femmes sur les listes électorales. En Turquie, qui a quitté la Convention d’Istanbul en 2021, des milliers de femmes ont défié les interdictions de manifester après la mort suspecte d’une étudiante en octobre. Selon la plateforme We Will Stop Femicide, au moins 235 femmes ont été tuées par des hommes entre janvier et octobre, et 247 autres retrouvées mortes dans des circonstances suspectes. Le gouvernement turc a décrété 2025 « Année de la famille », une initiative critiquée pour son renforcement des rôles traditionnels.
La Lettonie a également voté en faveur du retrait de la Convention d’Istanbul, malgré une pétition ayant recueilli plus de 60 000 signatures. Le président a renvoyé le projet de loi au Parlement pour examen, mais si celui-ci est adopté, la Lettonie deviendra le premier État membre de l’UE à quitter la convention.
La campagne des 16 jours souligne une vérité fondamentale : la violence contre les femmes est une violation des droits humains. La Journée des droits de l’homme, qui clôt cette campagne, rappelle que les droits des femmes sont des droits humains et que les États ont l’obligation de prévenir, d’enquêter et de punir les VBG.
L’action collective soutenue, comme celle observée en Afrique du Sud, peut donc forcer le changement. Les mouvements de femmes ont réussi à placer la crise à l’agenda mondial, en organisant des actions de protestation et en tirant parti de l’attention internationale portée par des événements comme le sommet du G20.
Répondre aux besoins fondamentaux des femmes – pouvoir rentrer chez soi en sécurité, quitter des relations abusives, participer à la vie politique sans risque de violence, et naviguer sur internet sans harcèlement – exige une transformation structurelle. Les femmes ne trouveront la sécurité que lorsque les sociétés cesseront de les considérer comme des objets à posséder et à contrôler, lorsque les victimes auront accès à l’indépendance économique, lorsque les systèmes judiciaires traiteront la violence à l’égard des femmes avec le sérieux qu’elle mérite, et lorsque les entreprises technologiques seront tenues responsables des plateformes qui facilitent le harcèlement.
