L’intensification des combats en Ukraine, marquée par une recrudescence des frappes sur les infrastructures civiles, plonge des millions de personnes dans une situation humanitaire critique à l’approche d’un hiver rigoureux. Les coupures d’électricité, d’eau et de chauffage privent les populations de l’accès aux services essentiels, tandis que le nombre de victimes civiles ne cesse d’augmenter.
Selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), environ 2 311 Ukrainiens ont été tués entre janvier et novembre 2025 en raison directe de la guerre, soit une augmentation de 26 % par rapport à la même période en 2024 et de 70 % par rapport à 2023. Le mois de novembre a été particulièrement meurtrier, avec au moins 226 civils tués et 952 blessés, dont plus de la moitié à la suite d’attaques à longue portée.
La majorité des victimes civiles se concentrent dans les zones contrôlées par l’Ukraine, et plus particulièrement à proximité des lignes de front. Le 18 novembre, une attaque combinée de missiles et de drones à Ternopil a fait au moins 38 morts, constituant la frappe la plus meurtrière survenue dans l’ouest du pays depuis le début de l’invasion russe en février 2022.
Les bombardements et l’utilisation de drones ont causé des dégâts considérables aux quartiers résidentiels, rendant des zones entières inhabitables et provoquant de nouveaux déplacements de population. Les établissements de santé situés près des lignes de front sont également durement touchés, certains étant contraints de fermer leurs portes, tandis que d’autres peinent à maintenir leurs activités.
En outre, les attaques contre les infrastructures d’eau et d’énergie se multiplient, privant plus d’un million de personnes d’accès à l’eau, au chauffage et à l’électricité, notamment dans les régions du sud du pays, comme Odessa, Kherson et Tchernihiv. Dans certaines zones, les habitants n’ont plus accès à l’électricité depuis plus de deux ans.
Les conditions de vie sont particulièrement alarmantes dans les régions de Donetsk, Kharkiv et Soumy, où la plupart des magasins d’alimentation et des pharmacies ont fermé. Les habitants de Donetsk signalent également une qualité d’eau médiocre, avec des distributions espacées de quelques jours seulement, ce qui suscite l’inquiétude des organisations humanitaires en raison de la proximité de sites industriels abandonnés et de l’arrivée imminente de l’hiver.
« Dans certaines régions, les familles passent jusqu’à 36 heures sans chauffage, électricité ou eau. Ce manque prolongé de services de base met la santé des enfants en danger, perturbe leur éducation et menace leur bien-être général », a déclaré Arman Grigoryan, directeur de la réponse à la crise en Ukraine de World Vision.
Selon World Vision, les enfants et les familles ukrainiennes devraient affronter l’hiver le plus rigoureux depuis 2022, avec des températures pouvant descendre en dessous de -10°C et des coupures de courant quotidiennes de 16 à 17 heures en moyenne. L’organisation appelle à une aide humanitaire urgente, notamment des fournitures d’hiver, des espaces sûrs et un soutien psychosocial.
L’éducation des enfants est également gravement compromise, environ 40 % des élèves suivant des cours à distance ou en présentiel partiel en raison des coupures d’électricité. Les personnes âgées et les personnes handicapées sont particulièrement vulnérables, beaucoup étant incapables de quitter leur domicile et n’ayant pas accès à des services de transport adaptés.
L’ONU et ses partenaires s’efforcent de fournir une aide humanitaire d’urgence, notamment des abris et des services de protection. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) distribue également une aide financière aux communautés vulnérables pour les aider à faire face aux besoins spécifiques de l’hiver. Cependant, l’HCR estime qu’environ 12,7 millions de personnes en Ukraine auront besoin d’une aide humanitaire et d’une protection en 2025, mais que le plan de réponse humanitaire ne pourra en soutenir que 4,8 millions en raison de coupes budgétaires.
Face à la détérioration de la situation, l’ONU lance un appel à une augmentation des contributions des donateurs et à un soutien international accru pour répondre aux besoins humanitaires croissants.
