Des serpents venimeux, parfois mortels, élevés illégalement dans des conditions déplorables : l’Irlande fait face à un problème croissant de possession d’animaux exotiques dangereux, sans réglementation adéquate pour encadrer cette pratique.
James Hennessy, vétérinaire spécialisé dans les reptiles, est régulièrement appelé à intervenir auprès de particuliers détenant des animaux potentiellement mortels. Récemment, il a découvert une vipère du Gabon et une vipère bouffée dans une maison mitoyenne, confinées dans des réservoirs minuscules et insalubres. Le locataire avait quitté les lieux, laissant les animaux sans soins.
Selon M. Hennessy, les serpents vivaient « dans environ deux pouces de leurs propres excréments », dans une petite pièce où leur propriétaire ne leur laissait qu’un mètre d’espace entre le lit et les terrariums. Il souligne le danger que représentent ces animaux : « Ces vipères et ces vipères du Gabon ont un venin potentiellement mortel qui pourrait tuer assez rapidement. » La proximité des maisons mitoyennes, avec des greniers communicants, aurait pu transformer une situation déjà préoccupante en une catastrophe généralisée.
En Irlande, contrairement à l’Irlande du Nord où un système de licence et d’inspection est en vigueur depuis 2004, la possession d’animaux dangereux n’est soumise à aucune réglementation spécifique. Il n’existe aucun moyen de savoir quels animaux exotiques sont détenus, où ils se trouvent, ni si les propriétaires sont capables de leur offrir des conditions de vie adéquates. M. Hennessy estime que le public serait « massivement » surpris de découvrir l’ampleur du phénomène.
En Irlande du Nord, 39 animaux sont actuellement enregistrés auprès des autorités, détenus par cinq propriétaires différents. Parmi eux figurent deux serpents à sonnettes à dos diamant de l’Ouest dans le comté d’Armagh, trois singes écureuils dans le comté d’Antrim, ainsi que 31 serpents venimeux, dont un cobra royal – le plus long serpent venimeux au monde – et trois cobras monocles. Si ces animaux étaient transférés en République d’Irlande, ils échapperaient à tout contrôle.
Le zoo national des reptiles de Kilkenny, dirigé par M. Hennessy, accueille de nombreux animaux sauvés ou abandonnés par leurs propriétaires. Il cite l’exemple d’un boa constricteur de 2,4 mètres de long, capable d’étrangler une personne en quelques secondes, ou de serpents mamba verts. Il explique que les propriétaires, souvent dépassés par les besoins de ces animaux, finissent par « les tuer avec gentillesse », les laissant dans un état de négligence extrême, ou les abandonnent.
À l’heure actuelle, seule la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) impose des restrictions concernant la détention d’animaux exotiques en Irlande, mais cette législation se concentre sur la « rareté de l’animal » plutôt que sur le danger potentiel qu’il représente. M. Hennessy déplore une attitude de complaisance : « si quelque chose ne s’est pas produit jusqu’à présent, cela n’arrivera probablement pas ». Il révèle également que des cas de morsures venimeuses, bien que peu médiatisés, ont déjà conduit à des hospitalisations.
Interrogé sur l’éventualité d’un système de licence pour les animaux exotiques dangereux, le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Marine a souligné les contrôles existants à l’importation, incluant une autorisation préalable, un certificat vétérinaire officiel et une inspection aux frontières.
