Le secrétaire à la Défense des Philippines, Gilberto Teodoro Jr., a averti le 23 octobre 2026 que toute tentative chinoise de remorquer de force le navire échoué BRP Sierra Madre constituerait un acte de guerre, ravivant les tensions maritimes alors que Pékin envisage de nouvelles mesures de rétorsion économique et diplomatique.
Les menaces de remorquage du BRP Sierra Madre et la ligne rouge de Manille
Le secrétaire à la Défense Gilberto “Gibo” Teodoro Jr. a réagi à des informations parues dans la presse sinophone de Manille évoquant une liste de dix contre-mesures envisagées par Pékin. Parmi ces options figurait le retrait pur et simple du BRP Sierra Madre, un bâtiment de la Seconde Guerre mondiale volontairement échoué en 1999 sur le haut-fond d’Ayungin (ou second banc Thomas) pour servir d’avant-poste militaire permanent.
Face à cette éventualité, le chef de la Défense philippine a fixé une limite stricte. Toute menace contre le BRP Sierra Madre sera prise très au sérieux car ce sera un acte contre un navire militaire de la République des Philippines,
a déclaré Teodoro, selon les propos rapportés par les agences. Il a précisé qu’une action de force contre le navire, ou même une tentative en ce sens, franchirait le seuil critique d’une agression militaire directe.
L’affrontement verbal et les tensions territoriales s’inscrivent dans un contexte d’activités accrues autour de la zone économique exclusive des Philippines, située à environ 194 kilomètres au large de Palawan. Alors que le tribunal arbitral de 2016 a invalidé les revendications historiques de la Chine selon sa ligne en neuf traits, Pékin refuse de reconnaître cette décision. Le chef de la Défense a fermement rejeté la position chinoise, martelant que les sanctions et les pressions ne modifieront en rien les droits souverains des Philippines en mer de Chine occidentale, tout en dénonçant le refus de la partie adverse de répondre sur le fond de l’arbitrage.
D’autres responsables et analystes ont également documenté l’intensification de la guerre politique menée par Pékin. Selon des rapports récents, le gouvernement chinois a notamment prononcé des sanctions à l’encontre de Teodoro lui-même, une mesure qualifiée d’inédite à l’encontre d’un membre du cabinet d’un pays avec lequel elle entretient des relations diplomatiques officielles. Des affirmations concernant la province insulaire de Batanes, située à environ 88 miles de Taïwan, ont également été réfutées par la Commission historique nationale des Philippines, qui a rappelé que les archives espagnoles de 1687 et les revendications de 1783 établissent de longue date l’appartenance de l’archipel aux Philippines.
Les sanctions économiques et le front diplomatique entre Pékin et Manille
La liste des dix mesures attribuées à la partie chinoise comprend également le blocage des missions de ravitaillement destinées aux troupes stationnées à bord, ainsi que des restrictions sur les carburants, les engrais et le tourisme. Victor Lim, président de la Fédération des chambres de commerce et d’industrie filipino-chinoises (FFCCCII), a exprimé l’inquiétude du secteur privé, soulignant que les entreprises subissent déjà de plein fouet les répercussions de cette escalade verbale et la cherté du pétrole.

Le dirigeant de la FFCCCII a insisté pour que le gouvernement philippin et l’ambassade de Chine privilégient le dialogue direct autour d’une table plutôt que de s’affronter sur les réseaux sociaux. Selon lui, cette confrontation perturbe les chaînes d’approvisionnement et les échanges commerciaux bilatéraux, portant préjudice à l’économie nationale au moment où le pays doit faire face à une forte inflation et à des prix de l’énergie élevés. Il a également rappelé l’importance de maintenir un climat apaisé alors que Manille se prépare à accueillir d’importants événements internationaux.
Le différend s’est également envenimé autour du statut de l’ambassadeur de Chine aux Philippines, Jing Quan, après des déclarations suggérant que la Chine l’emporterait facilement en cas de confrontation armée. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le diplomate pour lui signifier l’objection formelle de Manille, tandis que des parlementaires ont réclamé son expulsion. De son côté, l’ambassade de Chine a répliqué en menaçant de mesures de réciprocité si ses diplomates étaient déclarés persona non grata. L’exécutif philippin, par la voix de ses porte-parole et du département des Affaires étrangères dirigé par la secrétaire Thereza Lazaro, a jugé ces propos provocateurs et inacceptables, tout en indiquant privilégier les canaux diplomatiques traditionnels.
Le traité de défense mutuelle face au risque d’escalade
Interrogé sur une possible implication des États-Unis en vertu du Traité de défense mutuelle (MDT) signé en 1951, Teodoro a indiqué que l’éventualité restait ouverte, tout en rappelant que la décision de l’invoquer appartiendrait au président Ferdinand Marcos Jr. Un ancien diplomate, Adolfo Quizon Paglinawan, a toutefois rappelé l’existence d’une communication diplomatique américaine datant de juin 1975 qui distinguait la défense du territoire métropolitain du soutien aux avant-postes lointains dans les Spratleys, soulevant des interrogations sur la portée exacte de l’engagement de Washington dans cette zone précise.
Washington a, de son côté, affirmé à plusieurs reprises par le biais de hauts responsables que les engagements pris dans le cadre du traité de défense mutuelle couvrent les attaques armées visant les forces armées, les navires publics et les aéronefs des Philippines, y compris ceux des garde-côtes, partout en mer de Chine méridionale. Néanmoins, les analystes soulignent que l’application concrète de ces garanties reste sujette aux processus constitutionnels des deux pays alliés.
Alors que Manille se prépare à accueillir le 49e sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) à Metro Manila du 15 au 17 novembre 2026, des voix comme celle de Dr.