Les principales plateformes d’échange de cryptomonnaies, dont Binance et OKX, ont continué à faciliter des transactions illicites à grande échelle, malgré leurs engagements et leur mise sous surveillance réglementaire. Une enquête approfondie révèle que des milliards de dollars liés au blanchiment d’argent, au trafic de drogue et à la cybercriminalité ont transité par ces plateformes, soulevant de sérieuses questions sur l’efficacité de la lutte contre les activités criminelles dans l’univers numérique.
L’enquête, menée par l’ICIJ, met en lumière le rôle de Binance et d’OKX dans le transfert de fonds provenant de sources criminelles notoires. Entre 2023 et 2025, au moins 408 millions de dollars (environ 380 millions d’euros) du groupe Huione, basé au Cambodge et utilisé par des gangs criminels chinois pour des opérations frauduleuses, ont été acheminés via Binance. OKX a quant à elle reçu plus de 226 millions de dollars (environ 210 millions d’euros) de la même source, dont 161 millions de dollars (environ 150 millions d’euros) après que Huione ait été officiellement désigné comme une préoccupation majeure en matière de blanchiment d’argent par le Trésor américain en mai.
Les flux financiers illicites ne se limitent pas à Huione. L’enquête a révélé que ces plateformes ont également facilité les transactions de pirates informatiques nord-coréens, notamment ceux impliqués dans le vol de 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) à l’échange Bybit. Les fonds volés ont été blanchis via un service appelé THORChain, avec un pic de plus de 900 millions de dollars (environ 840 millions d’euros) de dépôts vers des adresses Binance spécifiques pendant les dix jours suivant le vol.
D’autres liens criminels ont été établis : un blanchisseur d’argent lié au Cartel de Sinaloa a reçu plus de 700 000 dollars (environ 650 000 euros) sur un compte hébergé par Binance, tandis que des fonds provenant d’un réseau de trafiquants chinois de fentanyl ont afflué vers des comptes OKX. Un blanchisseur d’argent russe, soupçonné de financer le programme d’armement nord-coréen, détenait également un compte sur la bourse Coopérative (anciennement Huobi).
L’enquête souligne des défaillances systémiques dans la réglementation des cryptomonnaies. Les plateformes privilégieraient les frais de transaction à la conformité, tandis que les agences de réglementation manquent de ressources pour assurer une surveillance efficace. « Si les bourses ‘expulsent les acteurs criminels de la plateforme’, elles perdent une importante source de revenus, ce qui leur donne un avantage considérable », explique l’enquête.
Par ailleurs, l’application de la loi est entravée par un manque d’harmonisation des législations internationales et une application fragmentée. Aux États-Unis, les entreprises de cryptomonnaies sont soumises à des normes de lutte contre le blanchiment d’argent moins strictes que les banques traditionnelles et sont supervisées par la division des petites entreprises de l’IRS, qui peine à assurer un contrôle adéquat du secteur. La complexité de la traçabilité des transactions, grâce à l’utilisation de services d’échange automatisés, complique également la tâche des forces de l’ordre.
Les autorités appellent désormais à une plus grande collaboration entre les gouvernements et les plateformes d’échange pour lutter contre les activités illicites et garantir la transparence des transactions numériques. L’enquête met en évidence la nécessité urgente de réglementations plus strictes et de systèmes de surveillance améliorés au sein du secteur des cryptomonnaies.
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