Publié le 28 novembre 2025 à 15h30. Un documentaire Netflix relance un débat sur l’authenticité de la célèbre photographie « La Terreur de la guerre », immortalisant une fillette vietnamienne brûlée au napalm, et remet en question l’attribution du prix Pulitzer au photographe Nick Ut.
- Le documentaire Le Limon explore une enquête menée par le photojournaliste Gary Knight sur les circonstances de la prise de cette image emblématique.
- L’enquête suggère qu’un photographe indépendant, Nguyen Thanh Nghe, pourrait être l’auteur de la photographie, et non Nick Ut, comme officiellement reconnu.
- Des témoignages contradictoires et des doutes persistent quant à la décision de l’Associated Press (AP) d’attribuer le crédit de la photo à Ut.
La photographie, prise en 1972 près du village de Trang Bang au Vietnam, a instantanément capturé l’horreur de la guerre et est devenue un symbole puissant de la souffrance des civils. Elle a valu à Nick Ut le prix Pulitzer en 1973 et a marqué durablement l’imaginaire collectif. Le film de Bao Nguyen, disponible sur Netflix, revisite cette histoire et soulève des questions troublantes sur la vérité derrière cette image iconique.
L’enquête, initialement menée par le photojournaliste Gary Knight et détaillée dans un long article de Rolling Stone, s’appuie sur les déclarations de Carl Robinson, ancien rédacteur en chef photo de l’AP. Robinson affirme avoir été présent au bureau de l’agence à Saigon lorsque la photo a été sélectionnée parmi des dizaines d’autres clichés documentant un bombardement accidentel par des avions sud-vietnamiens larguant du napalm sur des civils. Selon lui, l’image la plus frappante, celle qui allait devenir « La Terreur de la guerre », n’était pas celle prise par Nick Ut, mais par un photographe indépendant.
Robinson raconte que Horst Faas, son supérieur et un photographe primé, aurait ordonné d’attribuer la photo à Ut, malgré ses doutes.
« Faites-le, Nick Ut. »
Carl Robinson, ancien rédacteur en chef photo de l’AP
Knight avance plusieurs hypothèses pour expliquer ce choix, notamment la volonté de protéger la réputation de l’AP ou un sentiment de culpabilité lié à la mort du frère d’Ut, également photojournaliste, tué en mission pour l’agence. Le documentaire explore également les raisons pour lesquelles Robinson a tardé à révéler ces informations, les gardant secrètes pendant des années, notamment dans ses mémoires publiées en 2019, La Morsure du Lotus. Il explique qu’il craignait que ces allégations n’éclipsent le reste de son livre.
Les collègues d’Ut ont largement pris sa défense, refusant de participer au documentaire et contestant les affirmations de Robinson. Peter Arnett, un autre lauréat du Pulitzer de l’AP, a même averti Robinson en 2009 que l’agence ferait tout son possible pour le discréditer.
Le documentaire soulève une question fondamentale : comment établir avec certitude l’auteur d’une photographie, surtout lorsque la chaîne de contrôle est rompue ? Bien qu’Ut était bien présent sur les lieux, le film présente des preuves convaincantes, basées sur des simulations 3D et des analyses médico-légales, suggérant que c’est Nguyen Thanh Nghe qui a capturé l’image. La World Press Photo Foundation avait déjà retiré le crédit d’Ut en 2025, estimant que les preuves, bien que troublantes, n’étaient pas suffisamment définitives pour justifier un changement officiel. Rapport complet de la World Press Photo Foundation.
Le Limon ne suggère pas que Nick Ut ait été impliqué dans une manipulation ou qu’il ait eu connaissance de la substitution du crédit. Le film conclut que la photographie est devenue une partie intégrante de notre mémoire collective de la guerre du Vietnam, indépendamment de son auteur. Comme le souligne Chris Marker dans son essai cinématographique Sans Soleil, les photographies ne se contentent pas de capturer nos souvenirs, elles les remplacent souvent.
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