Home Monde“The Times”: Combien de pétrole et de gaz de la Russie importent encore l’Europe?

“The Times”: Combien de pétrole et de gaz de la Russie importent encore l’Europe?

by Clara Dubois

Publié le 28 septembre 2025 à 15h33. Malgré les sanctions internationales, l’Europe continue d’importer des énergies fossiles russes à un rythme élevé, alimentant indirectement l’économie de Moscou et suscitant des critiques sur l’efficacité des mesures prises depuis l’invasion de l’Ukraine.

  • Les importations de pétrole, de gaz et de charbon russes par les pays de l’Union européenne ont diminué de neuf fois depuis le début de la guerre en Ukraine, mais atteignent encore 1,1 milliard de dollars (environ 920 millions d’euros) par mois.
  • La Hongrie et la Slovaquie bénéficient d’une dérogation pour le pétrole russe, invoquant l’absence d’infrastructures alternatives pour se ravitailler.
  • Le gaz naturel représente la part la plus importante des importations russes vers l’UE, avec la France, l’Espagne, la Belgique et la Hongrie en tête des acheteurs.

Un an et demi après le début du conflit en Ukraine, l’Europe reste significativement dépendante des énergies fossiles russes. Selon des données citées par le journal britannique « The Times », les pays de l’UE ont continué d’importer pour plus de 19 milliards d’euros (environ 20,5 milliards de dollars) de pétrole, de gaz et de charbon russe au cours des douze derniers mois. Ce chiffre, bien que considérablement réduit par rapport aux 25 millions de litas (monnaie lituanienne, valeur non précisée dans le texte) mensuels enregistrés avant l’invasion, souligne la persistance de liens économiques importants.

La Hongrie et la Slovaquie sont les principaux bénéficiaires d’une exception à l’embargo sur le pétrole russe, continuant de recevoir du pétrole via le pipeline « Drujba » (Amitié). Les deux pays justifient cette situation par l’absence d’alternatives viables, affirmant qu’ils ne peuvent pas se convertir rapidement au pipeline adriatique, alimenté par la Croatie.

Cependant, Luke Vigenden, chercheur au Centre finlandais de recherche sur l’énergie et l’air propre (CREA), met en évidence un facteur économique important : en 2024, le pétrole russe était environ 20 % moins cher que celui provenant de Croatie. Cette différence de prix pourrait inciter certains pays à continuer d’importer du pétrole russe, malgré les sanctions.

Le gaz naturel représente la plus grande part des importations russes vers l’UE. La Slovaquie (1,8 million de tonnes), la Hongrie (4,4 millions de tonnes), l’Espagne (3,3 millions de tonnes), la Belgique (3,8 millions de tonnes) et la France (6,7 millions de tonnes) sont les principaux importateurs de gaz russe ces dernières années.

L’article du Times souligne un paradoxe troublant : depuis le début de la guerre en Ukraine, les pays de l’UE auraient investi davantage de fonds dans l’économie russe en achetant des combustibles fossiles qu’ils n’en ont alloué à l’aide militaire et financière à l’Ukraine.

La Turquie joue également un rôle important dans ce commerce, ayant importé pour 110 milliards de dollars (environ 92 milliards d’euros) de combustibles fossiles russes depuis mars 2022. Parallèlement, les entreprises pétrolières et gazières russes réalisent désormais des profits plus importants grâce aux ventes vers la Chine et l’Inde.

Malgré la baisse des prix du pétrole et du gaz russes, le volume total des exportations russes est resté relativement stable au cours des quatre dernières années, selon le Times.

Le commerce des énergies fossiles est souvent complexe, avec des transferts de propriété et des reventes entre pays, ce qui rend difficile le suivi de l’origine des produits. L’Allemagne, par exemple, continue d’importer du gaz russe via la France.

Le Royaume-Uni n’est pas exempt de critiques. Selon le CREA, il a importé pour environ 3 milliards de dollars (environ 2,5 milliards d’euros) de produits pétroliers depuis le début de la guerre, principalement du carburant d’aviation raffiné en Inde et en Turquie à partir de pétrole russe. Cela aurait indirectement rapporté environ 510 millions de livres sterling (environ 585 millions d’euros) au budget du Kremlin.

De plus, l’article révèle que 76 % des exportations russes de gaz naturel liquéfié ont été transportées par des navires appartenant ou assurés au Royaume-Uni après l’invasion de l’Ukraine.

Le 18 juin, la Commission européenne a présenté un plan visant à abandonner progressivement le pétrole et le gaz russes, avec pour objectif de mettre fin à ces importations d’ici 2027. En mai dernier, les importations russes avaient déjà diminué à 3 % du total des importations européennes, contre 27 % avant l’invasion de l’Ukraine en 2022. L’ancien président américain Donald Trump appelle régulièrement la Turquie et l’Inde à cesser leurs achats de pétrole russe.

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