Les coulisses des négociations gouvernementales belges ont été marquées par des tensions inattendues, notamment entre les jeunes et les anciens barons de la politique. Des révélations récentes mettent en lumière un contraste frappant entre les styles de leadership et les dynamiques interpersonnelles qui ont façonné le gouvernement actuel.
Wouter Verschelden, qui a suivi de près ces tractations, souligne l’importance des rapports humains. « Il y a cette dynamique entre les cinq présidents de parti et, après quelques mois, on perçoit clairement les liens qui les unissent. À la fin, tout ce qui se joue dans les négociations explique le fonctionnement actuel du gouvernement », explique-t-il.
Un fossé générationnel semble avoir joué un rôle crucial. Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau, représentants d’une nouvelle génération politique, ont affiché des tensions persistantes. « Ce sont deux profils jeunes qui ont toujours eu des frictions. C’est différent de la relation entre Bart De Wever et Maxime Prévot, qui s’entendent bien grâce à leur expérience et à leur âge. Ils sont plus modérés », précise M. Verschelden. Il ajoute avec un sourire : « Il est amusant de constater que le meilleur ami d’un nationaliste flamand est un centriste francophone. »
Les difficultés financières de l’État fédéral ont également été un point de blocage. L’anecdote la plus révélatrice, selon notre interlocuteur, s’est produite lors du conclave final à l’école militaire. « Le moment le plus fou, le plus extravagant, c’était à la fin, quand ils étaient tous réunis à l’école militaire. Ils parviennent à un accord et Georges-Louis Bouchez envoie au groupe WhatsApp du MR : « on a le meilleur accord de l’histoire ». Mais Clarinval lui répond que c’est bien, mais qu’il n’est pas certain que ce soit le meilleur accord possible. Bouchez était tellement choqué et en colère qu’il est retourné aux négociations pour dire qu’il n’était finalement pas d’accord. Cela a duré trois ou quatre heures de plus, et tout le monde était désespéré de devoir reprendre les discussions. »
Le rôle de Bart De Wever, désormais Premier ministre, est également mis en avant. Son approche diffère considérablement de celle de son prédécesseur, Alexander De Croo. « De Wever sait changer de discours. Après sa prise de fonction, il a déclaré : « nous allons sauver le pays », et il s’agit ici de la Belgique, et non de la Flandre », analyse M. Verschelden. Il souligne également la proximité de De Wever avec tous les acteurs politiques, y compris Conner Rousseau, malgré leurs divergences idéologiques.
Concernant Alexander De Croo, l’interlocuteur se questionne sur son potentiel à devenir un véritable homme d’État. « Il prend ce rôle très au sérieux, il essaie, et l’avenir nous dira s’il y parvient. Il est certain qu’il ne s’attendait pas à la victoire électorale de 2024, ce qui l’a un peu surpris. »
Enfin, M. Verschelden aborde la question du communautaire. « Cela restera toujours un élément important, car c’est une conviction profonde qui ne changera jamais. Mais, comme le dit Georges-Louis Bouchez, l’un est un faux méchant et l’autre un vrai gentil. Et dans les coulisses, l’ancien Premier ministre n’hésitait pas à crier et à faire pression. De Wever, lui, est un homme calme qui ne s’élève jamais, et c’est pour cela que je pense qu’il a le potentiel de devenir un homme d’État. »
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