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Trinité-et-Tobago renforce son alliance avec les États-Unis

by Nicolas Lefèvre

Publié le 25 novembre 2024 18h30. Trinité-et-Tobago rompt avec sa tradition de neutralité en renforçant son alliance avec les États-Unis, une décision qui fragilise ses relations avec le Venezuela et soulève des questions sur l’avenir de la coopération énergétique régionale.

  • Trinité-et-Tobago a abandonné sa politique de neutralité pour se rapprocher des États-Unis.
  • Ce changement de cap est motivé par des préoccupations de sécurité intérieure et la lutte contre le trafic de drogue.
  • Les relations avec le Venezuela se détériorent, avec des conséquences potentielles sur les projets gaziers communs.

Trinité-et-Tobago a opéré un virage stratégique majeur en abandonnant sa politique étrangère traditionnellement neutre. Sous la direction de la Première ministre Kamla Persad-Bissessar, le pays s’aligne désormais plus étroitement sur les États-Unis, renforçant sa coopération en matière de sécurité et de lutte contre le narcotrafic.

La position géographique de Trinité-et-Tobago, à proximité immédiate du Venezuela (séparé seulement par le golfe de Paria), lui confère une importance stratégique considérable. Le pays est perçu comme un pont potentiel entre les Caraïbes et l’Amérique du Sud. Cependant, ce rôle de médiateur est désormais compromis par son alignement avec Washington.

Selon Imdat Oner, ancien diplomate accrédité dans la région, Trinité-et-Tobago possède une combinaison unique de facteurs – géographie, industrie et stabilité – qui lui permet de jouer un rôle influent sur la scène internationale. Cette force repose en grande partie sur son secteur énergétique développé, notamment l’exportation de gaz naturel liquéfié, d’ammoniac et de méthanol.

« Le pays combine géographie, industrie et stabilité comme peu de pays »,

Imdat Oner, ancien diplomate

Le gouvernement Persad-Bissessar a apporté son soutien aux opérations maritimes américaines et participé à des exercices militaires à proximité des côtes vénézuéliennes. Ces actions ont été interprétées par Caracas comme une « provocation militaire » et ont mis fin à la neutralité prudente qui permettait auparavant à Trinité-et-Tobago de servir d’intermédiaire entre Washington et Caracas.

Le développement du champ Dragon, riche en gaz (des milliards de pieds cubes), avait été freiné par les sanctions américaines. Fin septembre, Washington a renouvelé la licence pour son exploitation, mais à la condition que le projet ne profite pas “de manière significative au régime Maduro”, illustrant l’instrumentalisation des ressources naturelles dans le contexte géopolitique.

Une approche favorable à l’administration Trump

Le changement de direction à Port of Spain s’est confirmé avec l’arrivée au pouvoir de Kamla Persad-Bissessar en mai dernier, qui a redéfini la politique étrangère du pays, auparavant axée sur la coopération caribéenne (Caricom).

La motivation principale invoquée pour cette nouvelle orientation est la sécurité intérieure et la lutte contre le trafic de drogue. Robert Wood, directeur adjoint de l’Economist Intelligence Unit (EIU) pour la région, souligne que la Première ministre cherche à afficher une « main ferme en matière de sécurité » face à l’inquiétude croissante de la population concernant la criminalité. Persad-Bissessar a affirmé que les petits pays comme le sien « n’ont pas les ressources financières ou militaires pour affronter les cartels de la drogue ».

Ce besoin de soutien extérieur s’est traduit par un appui explicite aux actions militaires maritimes américaines dans les Caraïbes, et même par la valorisation d’une opération antidrogue qui a fait 11 morts. Ce soutien, combiné à la tenue d’exercices militaires avec le destroyer américain USS Gravely à quelques kilomètres des côtes vénézuéliennes, a provoqué une vive réaction de Caracas.

Conséquences de la fin de la neutralité

Cet alignement clair avec les États-Unis a rompu avec la neutralité historiquement prudente de Trinité-et-Tobago, mettant fin à son potentiel rôle de pont entre Washington et Caracas.

Selon Imdat Oner, le coût de ce changement est immédiat : les relations avec le Venezuela sont à leur plus bas, caractérisées par une rhétorique de confrontation sans précédent de la part du gouvernement Maduro.

Au-delà de l’aspect symbolique, les répercussions sont économiques et pratiques. Ce nouveau positionnement a « paralysé des années de négociations délicates sur des projets gaziers communs », essentiels pour atténuer la pénurie énergétique de Trinité-et-Tobago. Ce défi dans le secteur énergétique sera l’une des conséquences directes auxquelles l’île devra faire face après avoir privilégié son alliance avec les États-Unis.

Pour en savoir plus, consultez l’article original sur CNN en Español

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