Vauxhall, Londres – Une collaboration artistique inédite entre Damien Hirst, figure emblématique de l’art contemporain britannique, le street artist Shepard Fairey et l’artiste Invader a donné lieu à une exposition déroutante, voire repoussante, qui suscite l’incompréhension. L’accrochage, présenté dans un vaste espace londonien, semble plus une négation des talents individuels de ces trois créateurs qu’une véritable synergie artistique.
L’exposition se compose principalement d’œuvres collaboratives où les motifs en points caractéristiques de Hirst et ses meubles médicaux se heurtent de manière brutale aux petites créatures en céramique d’Invader et à l’esthétique graphique saturée de Fairey. Un mur entier est recouvert du logo « Obey » de Fairey, appliqué sur des toiles de Hirst représentant des fleurs et des motifs tourbillonnants, sans apporter la moindre valeur ajoutée à des œuvres déjà peu convaincantes.
L’une des pièces les plus marquantes, et choquantes, est une immense vitrine en formaldéhyde de Hirst, dans laquelle flotte une créature d’Invader, comme une scène de crime figée. « On se demande pourquoi aller aussi loin pour créer quelque chose qui ne profite à personne, qui exprime si mal les idées des deux artistes », témoigne un visiteur.
Le spectacle ne s’améliore pas. Des meubles médicaux remplis de pilules ornées du logo « Obey », des Space Invaders incrustés de strass, des peintures de papillons sinistres accompagnées de portraits de femmes à l’effigie de propagande de Fairey, et une multitude de portraits pixelisés en 8 bits de Lou Reed et Sid Vicious… L’ensemble donne l’impression qu’un adolescent particulièrement irritant a été laissé libre de ses créations. Une triple portrait géant, représentant potentiellement Malala Yousafzai et Miley Cyrus, est parsemé de lames de scalpel. L’imagerie est juvénile, stupide et ne fonctionne sur aucun niveau.
L’exposition, dont le commissariat a été confié à Connor Hirst, le fils de Damien Hirst, soulève la question de la pertinence de cette collaboration. Le travail d’Invader est intrinsèquement lié à l’espace public, c’est là qu’il prend tout son sens. Quant à celui de Fairey, il semble plus adapté à une poubelle. L’examiner de près ne fait qu’accentuer son aspect laid, unidimensionnel, faux-politique et stupide.
Il est clair que cette exposition a été conçue avec un objectif précis : vendre, en grande quantité et à des prix élevés, à un public au goût douteux. La raison de cet échec retentissant réside dans le fait que Hirst, malgré son importance et sa capacité à créer des œuvres puissantes et marquantes, n’a pas été mis en valeur. Chacun de ces trois artistes possède des qualités indéniables, mais elles sont totalement absentes de cette exposition. En sortant Invader de la rue ou Fairey des sweatshirts, on le prive de sa force. En vidant les idées de Hirst, on le prive de son sens.
« Tout le monde était tellement préoccupé de savoir s’ils le pouvaient qu’ils n’ont pas pris le temps de réfléchir à savoir s’ils devaient le faire », résume un observateur. Et il est clair, à ce stade, qu’ils n’auraient pas dû.
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