Publié le 24 octobre 2025 à 15h01. Une exposition excessive à la lumière artificielle la nuit pourrait augmenter significativement le risque de maladies cardiovasculaires, selon une vaste étude publiée dans la revue JAMA Network Open. Les chercheurs mettent en garde contre les effets insidieux de l’éclairage nocturne sur notre rythme biologique.
- Une étude portant sur près de 90 000 adultes révèle un lien entre l’exposition à la lumière vive la nuit et un risque accru de maladies cardiaques, d’accident vasculaire cérébral et de fibrillation auriculaire.
- L’éclairage nocturne mondial a augmenté de près de 50 % entre 1992 et 2017, rendant l’obscurité véritablement profonde de plus en plus rare, en particulier dans les zones urbaines.
- Les perturbations du cycle circadien, induites par la lumière artificielle, pourraient être à l’origine de ces effets néfastes sur la santé cardiovasculaire.
L’omniprésence de la lumière artificielle dans nos vies modernes – réverbères, écrans, enseignes lumineuses – n’est plus une simple commodité, mais un facteur de risque potentiel pour notre santé. Une nouvelle étude, menée par une équipe internationale de chercheurs australiens, américains et anglais, confirme que l’exposition à une lumière vive pendant la nuit est associée à une augmentation significative du risque de maladies cardiovasculaires.
L’étude, basée sur l’analyse de données provenant de 88 905 adultes de plus de 40 ans, a révélé que les personnes les plus exposées à la lumière nocturne présentaient un risque de maladie coronarienne, d’insuffisance cardiaque, de fibrillation auriculaire et d’accident vasculaire cérébral plus élevé. Les chercheurs ont souligné que ces associations persistaient même après avoir pris en compte des facteurs de risque connus tels que le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation et la durée du sommeil.
Pour mener à bien cette étude de longue haleine, les participants ont porté pendant une semaine des capteurs au poignet mesurant l’intensité lumineuse toutes les demi-heures. Ces données ont permis d’établir des profils individuels d’exposition à la lumière sur 24 heures. L’équipe a ainsi collecté plus de 13 millions d’heures de données, avant de suivre l’état de santé des participants pendant près de dix ans pour enregistrer l’apparition de nouvelles maladies cardiovasculaires.
Les résultats sont sans équivoque : les personnes fortement exposées à la lumière la nuit avaient un risque de crise cardiaque et d’insuffisance cardiaque 45 à 56 % plus élevé que celles peu ou pas exposées. Le risque d’accident vasculaire cérébral et de maladie coronarienne augmentait également de 28 à 30 % chez les personnes exposées à une forte lumière dans leur chambre à coucher.
Même en tenant compte d’autres facteurs de style de vie et de sommeil, le lien entre l’exposition à la lumière nocturne et les maladies cardiovasculaires est resté constant. Seul le risque d’accident vasculaire cérébral a diminué après prise en compte des facteurs liés à un sommeil court et à un taux de cholestérol élevé.
Pourquoi l’exposition à la lumière présente-t-elle un tel risque ?
Notre corps fonctionne selon un cycle biologique d’environ 24 heures, qui régule des fonctions essentielles telles que le sommeil, le métabolisme, la production d’hormones et la température corporelle. Une désynchronisation de ce cycle, souvent causée par l’exposition à la lumière artificielle la nuit, peut avoir des conséquences graves sur la santé.
« Sur des centaines de millions d’années, l’évolution a façonné notre système temporel interne, qui est basé sur les cycles quotidiens lumière-obscurité et change en fonction de la saison. »
Jonathan Cedernaes, Université suédoise d’Uppsala
Aujourd’hui, les horaires de sommeil irréguliers et changeants sont de plus en plus courants. Jusqu’à deux tiers des adultes décalent leur cycle veille-sommeil de deux heures ou plus entre les jours de semaine et les week-ends, un phénomène appelé « décalage horaire social » qui peut amplifier les effets néfastes de la lumière artificielle.
Effet potentiellement similaire au travail posté
L’exposition à la lumière artificielle la nuit peut influencer la libération de mélatonine, une hormone essentielle à la régulation du sommeil, mais aussi contribuer à une augmentation du rythme cardiaque, à une hypertension artérielle, à des troubles du sommeil profond et à une moindre sensibilité à l’insuline. Les chercheurs suspectent que l’éclairage artificiel nocturne pourrait avoir des effets similaires à ceux du travail posté.
Les chercheurs soulignent toutefois la nécessité de poursuivre les investigations. « Il n’est pas encore clair si ces résultats peuvent être généralisés. Le groupe examiné est principalement composé de personnes blanches, ayant un niveau d’éducation et des revenus plus élevés, et de femmes. » Ils ajoutent qu’il reste à déterminer si différentes couleurs de lumière – par exemple la lumière bleue ou verte – ont des effets différents.
Néanmoins, une chose est certaine : limiter l’exposition à la lumière la nuit peut contribuer à réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Pour agir, il est conseillé d’utiliser des rideaux occultants, de porter un masque de sommeil et d’éteindre les écrans (smartphone, télévision) avant de se coucher.