Les efforts de recrutement de combattants étrangers par la Russie, initialement décentralisés et menés par les gouvernements régionaux, semblent désormais être davantage coordonnés par le Kremlin, bien que les motivations économiques initiales persistent. Cette évolution reflète les difficultés rencontrées par Moscou pour maintenir un flux constant de mercenaires face aux défis croissants liés à la guerre en Ukraine.
Dans un article publié en 2024 intitulé « Étrangers dans la patrie : la dynamique du recrutement étranger en Russie », Harry Stevens avait souligné que de nombreux programmes de recrutement à l’étranger étaient probablement financés et gérés par les administrations provinciales plutôt que par le gouvernement central. Interrogé sur l’évolution de la situation un an plus tard, M. Stevens estime que cette tendance se maintient.
« Il est probable que la plupart des programmes de recrutement à l’étranger soient toujours gérés par les gouvernements provinciaux, et non par le Kremlin », explique-t-il. Il souligne que les considérations financières qui ont conduit à cette décentralisation demeurent pertinentes, voire exacerbées par les difficultés croissantes à financer l’effort de guerre. Cette situation s’aligne également sur la tendance actuelle à transférer les charges financières vers les régions, notamment en les incitant à verser des primes d’enrôlement importantes avec leurs propres fonds.
Cependant, M. Stevens observe une coordination accrue entre les campagnes régionales et le Kremlin au cours de la dernière année. Initialement, de nombreux programmes de recrutement étaient assimilables à du trafic d’êtres humains, attirant des étrangers avec de fausses promesses d’emplois dans l’industrie. Cette réalité a conduit à des poursuites judiciaires et à des tentatives de démantèlement des réseaux de recrutement.
« Le rythme et l’intensité des efforts visant à supprimer le recrutement étranger semblent avoir diminué », note M. Stevens. Il interprète cette évolution comme un signe de l’implication croissante du Kremlin pour empêcher les gouvernements étrangers d’intervenir dans ces opérations.
La distinction entre les programmes de recrutement régionaux et ceux initiés par le Kremlin constitue un indicateur des difficultés rencontrées par le gouvernement central. Alors que la guerre a généralement conduit à une centralisation du pouvoir à Moscou, le fait que les régions continuent de jouer un rôle prépondérant dans le recrutement suggère des limites à cette centralisation.