Home NouvellesTrump prétend qu’il donnerait ses 230 millions de dollars au ministère de la Justice à une œuvre caritative. Ouais, c’est vrai. – Mère Jones

Trump prétend qu’il donnerait ses 230 millions de dollars au ministère de la Justice à une œuvre caritative. Ouais, c’est vrai. – Mère Jones

by Nicolas Lefèvre

L’ancien président américain Donald Trump réclame 230 millions de dollars (environ 212 millions d’euros) au ministère de la Justice américain pour couvrir ses frais de justice liés à d’anciennes enquêtes fédérales, une demande qu’il a ensuite assortie d’une promesse de reverser ces fonds à des œuvres caritatives. Cette initiative, perçue par certains comme une tentative de redorer son image, relance les interrogations sur l’éthique de ses pratiques financières et son passé controversé en matière de philanthropie.

« Je ne cherche pas d’argent », a déclaré M. Trump aux journalistes. « Je le donnerais à une œuvre caritative ou quelque chose comme ça. Je le donnerais à une œuvre caritative, n’importe quel argent. »

Cependant, l’ancien président n’a pas manqué de lier cette demande à un ressentiment personnel, évoquant les enquêtes fédérales menées à son encontre. « Mais regardez ce qu’ils ont fait », a-t-il affirmé, laissant entendre qu’il s’agissait d’une manipulation des élections.

Cette requête intervient alors que l’administration Trump avait déjà réduit les budgets de programmes sociaux essentiels tels que Medicaid et les bons alimentaires, soulevant des questions sur la pertinence de solliciter des fonds publics pour un usage personnel, même avec la promesse d’un don ultérieur. L’incongruité de la situation n’échappe pas à certains observateurs.

Le passé de Donald Trump en matière de philanthropie est loin d’être irréprochable. En 2019, un tribunal new-yorkais a ordonné la dissolution de la Trump Foundation, son organisation à but non lucratif, après avoir constaté des abus répétés. Le juge avait alors estimé que M. Trump, ainsi que ses enfants Don Jr., Eric et Ivanka, avaient utilisé la fondation à des fins personnelles et politiques.

L’enquête avait révélé plusieurs manquements, notamment une promesse non tenue de don d’un million de dollars (environ 920 000 euros) à des associations d’anciens combattants en janvier 2016, lors d’une collecte de fonds. Des journalistes avaient mis en lumière l’absence de trace de ce don, obligeant M. Trump à effectuer le versement ultérieurement à d’autres organisations.

Par ailleurs, des investigations du Washington Post avaient révélé que M. Trump avait promis plus de 8,5 millions de dollars (environ 7,8 millions d’euros) à diverses œuvres caritatives au cours des 15 années précédentes, mais n’en avait finalement versé qu’un tiers.

En 2022, le comité inaugural de Trump pour 2017, une autre organisation à but non lucratif, a accepté de payer 750 000 dollars (environ 687 000 euros) pour régler un litige intenté par le procureur général de Washington, l’accusant d’avoir utilisé illégalement des fonds pour enrichir la famille Trump en surfacturant ses entreprises pour l’utilisation de l’hôtel Trump lors d’événements inauguraux.

La nouvelle fondation de Trump, censée superviser la construction de sa bibliothèque présidentielle, suscite déjà des inquiétudes. M. Trump et ses collaborateurs ont affirmé que divers dons reçus pendant sa présidence, y compris les fonds restants du montant record de 250 millions de dollars (environ 229 millions d’euros) collectés par son comité inaugural de 2025, ainsi que les revenus de dîners de gala à 1 million de dollars (environ 920 000 euros) par personne et de rencontres privées à 5 millions de dollars (environ 4,6 millions d’euros), seraient affectés à la bibliothèque.

M. Trump a même affirmé que l’avion de 400 millions de dollars (environ 368 millions d’euros) offert par le Qatar et dont la modernisation est financée par l’armée de l’air serait également intégré à la bibliothèque une fois qu’il quittera ses fonctions.

Cependant, il reste incertain quels fonds ou autres biens de valeur ont effectivement été transférés à la fondation de la bibliothèque. L’organisation, constituée en mai, est dirigée par Eric Trump, le fils du président, Michael Boulos, l’époux de Tiffany Trump, et un avocat travaillant pour M. Trump à New York, ce qui suggère un contrôle familial étroit.

L’État de Floride avait initialement tenté de transférer des biens de valeur à Miami pour la fondation de la bibliothèque, avec la possibilité d’y adjoindre un hôtel, des condominiums ou d’autres entreprises commerciales susceptibles de profiter financièrement au président et à sa famille. Un juge a temporairement bloqué ce transfert la semaine dernière, suite à un recours contestant sa légalité. Les fonds de la fondation pourraient, dans la plupart des cas, être légalement utilisés pour payer les salaires des membres de la famille Trump, leur fournir des bureaux gratuits et financer certains voyages, selon des experts.

Les problèmes financiers de Donald Trump ne se limitent pas à ses activités philanthropiques. En 2016, des centaines d’entrepreneurs – menuisiers, peintres, plombiers, cabinets d’avocats – l’avaient accusé de ne pas avoir réglé leurs factures. Même son ancien avocat personnel, Rudy Giuliani, s’était publiquement plaint de ne pas avoir été correctement rémunéré pour ses services.

Si M. Trump parvient à obtenir un accord favorable avec les procureurs nommés par le ministère de la Justice – une perspective rendue plus probable par le fait que l’un d’eux, le procureur général adjoint Todd Blanche, était autrefois son avocat personnel – rien ne garantit que cet accord sera utilisé pour indemniser d’autres personnes que lui-même.

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