Un accord financier de 16 millions de dollars (environ 14,7 millions d’euros), un changement de direction et d’importantes réductions d’effectifs ont été nécessaires pour que Donald Trump accepte de revenir sur le plateau de l’émission « 60 Minutes », un an après avoir intenté une action en justice contre CBS News et sa société mère, Paramount. L’interview, diffusée dimanche soir, intervient dans un contexte de remise en question de la crédibilité de la chaîne américaine.
Lors de l’entretien avec Norah O’Donnell, le président Trump a plaisanté en rappelant à la journaliste que « 60 Minutes » lui avait « payé beaucoup d’argent », une remarque qui n’a pas été diffusée dans l’édition télévisée. L’accord financier conclu avec Trump visait à mettre fin à sa plainte concernant une interview de Kamala Harris durant la campagne présidentielle de 2024, qu’il jugeait partiale et préjudiciable.
Trump avait accusé CBS News d’avoir manipulé l’interview de la vice-présidente Harris, qualifiant cela d’« ingérence électorale » et affirmant avoir subi une « angoisse mentale » en conséquence. Dans le cadre du règlement, CBS News s’est engagée à publier intégralement les transcriptions des futures interviews présidentielles diffusées dans « 60 Minutes ».
Dimanche, « 60 Minutes » n’a diffusé que 27 minutes des 73 minutes d’interview avec Donald Trump, suscitant des critiques. Le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer, a dénoncé ce double standard sur le réseau social X, suggérant même de porter plainte auprès de la FCC (Commission fédérale des communications) contre l’équipe de Trump pour manipulation de l’interview.
Cette situation survient après une fusion de 8 milliards de dollars (environ 7,3 milliards d’euros) entre Paramount Global et Skydance Media, une société dirigée par David Ellison, fils du milliardaire technologique et partisan de Trump, Larry Ellison. Dans le cadre de cette fusion, Skydance s’est engagée à nommer un médiateur pour traiter les plaintes des téléspectateurs et a rapidement recruté Kenneth R. Weinstein, ancien dirigeant d’un groupe de réflexion conservateur.
Plus récemment, la chaîne a dépensé 150 millions de dollars (environ 138 millions d’euros) pour engager Bari Weiss, cofondatrice de la publication en ligne réactionnaire « Free Press », connue pour ses articles pro-israéliens et anti-transgenres. Trump lui-même s’est dit impressionné par Weiss, déclarant à O’Donnell, dans une portion de l’interview non diffusée : « Je pense que vous avez une nouvelle dirigeante formidable, franchement, la jeune femme qui dirige toute votre entreprise est formidable. »
Lors de l’interview, Trump a esquivé les questions difficiles d’O’Donnell en lançant des attaques contre ses adversaires politiques ou en proférant des affirmations infondées. Interrogé sur la grâce controversée accordée à Changpeng Zhao, dont l’entreprise aurait permis à la famille Trump d’empocher 550 millions de dollars (environ 490 millions d’euros), il a affirmé ne pas connaître cet homme.
Depuis l’arrivée de Weiss, plusieurs changements majeurs ont eu lieu chez CBS News. Le présentateur et correspondant vétéran John Dickerson a annoncé son départ, tandis que des licenciements massifs ont touché des présentatrices de « CBS Saturday Morning » et des membres de l’équipe chargée des questions de race et de culture. Un producteur de « CBS Evening News Plus » a témoigné sur TikTok que tous les membres de son équipe licenciés étaient des personnes de couleur.
Le correspondant étranger Chris Livesay, décrit comme « pro-israélien », aurait sollicité un transfert en Israël auprès de Weiss, se plaignant de mauvais traitements à Rome. Selon des informations du journal The Independent, Weiss aurait accédé à sa demande en licenciant Debora Patta, une journaliste expérimentée qui avait récemment été critiquée par l’ambassadeur américain en Israël pour avoir édité une interview.
Weiss aurait également l’intention de remplacer les correspondants de longue date de « 60 Minutes », tels que Scott Pelley et Bill Whitaker, par des personnalités conservatrices comme Scott Jennings et Bret Baier. Elle souhaite ainsi « rebaptiser les institutions traditionnelles comme ‘anti-woke’ au détriment de la diversité, de l’équité et de l’inclusion », selon Vanuska Sylvester, analyste de l’influence des médias.
Depuis son arrivée, CBS News a mis en avant des personnalités proches de Trump, telles que Jared Kushner et Steve Witkoff, dans des interviews sur « 60 Minutes ». Weiss a par ailleurs privilégié la diffusion d’articles d’opinion pro-israéliens sur son compte X, au détriment de la couverture de CBS News sur le conflit israélo-palestinien.
Malgré ces changements, l’influence de Weiss ne semble pas encore avoir convaincu l’électorat conservateur. L’acteur James Woods, connu pour son soutien à Donald Trump, a critiqué l’interview sur X, estimant que la journaliste avait interrompu le président à plusieurs reprises.
La confiance dans les médias est historiquement basse, mais CBS News reste l’une des chaînes d’information les plus fiables, selon un récent sondage. Weiss a affirmé vouloir traiter « les deux partis politiques américains de manière égale », mais semble s’être laissée entraîner dans la rhétorique anti-médias de Trump, qui a passé près de dix ans à attaquer la presse sur les réseaux sociaux.
L’ancien producteur exécutif de « 60 Minutes », Bill Owens, a récemment déclaré qu’il avait démissionné pour attirer l’attention sur les changements en cours au sein de la chaîne.
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