Home MondeTrump “vise à introduire la Syrie dans les accords d’Abraham” avec la visite historique de Sharaa à la Maison Blanche

Trump “vise à introduire la Syrie dans les accords d’Abraham” avec la visite historique de Sharaa à la Maison Blanche

by Clara Dubois

Le président syrien Ahmed al-Charaa effectuera une visite historique à la Maison Blanche lundi, marquant un tournant majeur après le renversement du régime de Bachar al-Assad et la fin de cinquante ans de règne familial. Cette rencontre, la première d’un chef d’État syrien depuis l’indépendance en 1946, intervient après la levée des sanctions internationales qui pesaient sur M. Charaa et la Syrie.

M. Charaa devrait solliciter un soutien américain massif pour la reconstruction de la Syrie, dévastée par des années de guerre civile, et plaider pour la suppression complète des sanctions économiques qui entravent sa reprise. Cette démarche nécessitera l’accord de l’administration américaine et du Congrès.

Selon des analystes, M. Charaa pourrait s’engager à rejoindre la coalition internationale dirigée par les États-Unis dans la lutte contre l’État islamique (EI) en Syrie. Cette coopération vise à renforcer la sécurité dans un pays encore largement armé et confronté à des tensions communautaires persistantes.

Les discussions devraient également aborder les questions sensibles liées aux relations avec Israël et la situation sur le plateau du Golan, où les forces israéliennes ont renforcé leur présence après la chute de M. Assad.

Roula Merhej, experte du Moyen-Orient et chroniqueuse au magazine Géostratégie, explique que l’objectif principal de M. Charaa est d’obtenir l’abrogation définitive des sanctions internationales imposées sous le régime d’Assad, conformément aux discussions entamées lors d’une précédente rencontre avec le président Trump en mai 2025 en Arabie saoudite. La Syrie souhaite relancer son économie sans être freinée par la loi César (une loi américaine de 2020 imposant des sanctions aux entités coopérant avec le régime d’Assad).

« L’objectif est de lutter contre le terrorisme et de ratifier l’adhésion de la Syrie à la coalition internationale combattant l’État islamique », ajoute Mme Merhej.

En contrepartie, Washington attendrait de la Syrie qu’elle adhère aux accords d’Abraham, qu’elle expulse les factions terroristes étrangères, y compris palestiniennes, et qu’elle s’engage à empêcher toute résurgence de l’EI sur son territoire. Les États-Unis souhaitent également une stabilité durable dans la région, notamment par l’élimination des groupes armés, un fédéralisme limité pour préserver l’unité syrienne, et un environnement propice aux investissements.

La Syrie pourrait jouer un rôle clé dans la reconfiguration du Moyen-Orient, mais cela pourrait impliquer des concessions territoriales. Israël a clairement indiqué qu’il ne pourrait y avoir d’accord sans reconnaissance de son annexion du plateau du Golan. M. Charaa pourrait être contraint de céder pour assurer la survie économique de son pays, une acceptation de facto qui pourrait être présentée comme un « accord de stabilisation » similaire à celui de 1974 (l’accord de désengagement de 1974 prévoyait un cessez-le-feu sur le plateau du Golan sous la supervision d’une force de maintien de la paix de l’ONU, jugé « nul et non avenu » par Israël après la chute de M. Assad).

Selon la Banque mondiale, la reconstruction de la Syrie nécessitera plus de 216 milliards de dollars (environ 190 milliards d’euros). Des accords ont déjà été signés avec les Émirats arabes unis pour la gestion des ports syriens, et la compagnie maritime française CMA-CGM a obtenu une concession de 230 millions d’euros pour un terminal à conteneurs à Lattaquié. Un consortium d’entreprises qataries, turques et américaines a également signé un accord de 7 milliards de dollars dans le secteur de l’énergie.

Mme Merhej souligne que la Syrie sera économiquement presque totalement dépendante de ces partenaires dans les cinq à six prochaines années.

Les bases navales russes de Tartous, un atout stratégique pour Moscou, ont été l’objet d’un accord de bail prolongé de 49 ans sous le régime d’Assad en 2017. Cependant, les nouvelles autorités syriennes ont mis fin à cet accord. Lors d’une visite à Moscou en octobre dernier, M. Charaa a également demandé l’annulation des dettes contractées sous M. Assad et la restitution des fonds détournés par l’ancien régime, dont certains membres se sont réfugiés en Russie.

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