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Un cadre pour comprendre Bitcoin – Ryan McMillin

by Amélie Bernard

Publié le 9 novembre 2025 à 23h45. L’auteur explore les racines intellectuelles et économiques de Bitcoin, le considérant non pas comme un simple investissement spéculatif, mais comme une réponse potentielle aux cycles de crise monétaire et financière qui ont marqué l’histoire.

  • L’analyse de Ray Dalio sur les cycles de la dette et les travaux de Neil Howe et William Strauss sur les tournants générationnels ont influencé la compréhension de l’auteur sur la nécessité de réinitialisations périodiques des systèmes financiers.
  • Bitcoin est présenté comme une technologie monétaire qui pourrait offrir une alternative à l’inflation et à la dépréciation des monnaies fiduciaires.
  • L’article souligne l’importance de comprendre la nature de l’argent et les forces qui façonnent les systèmes monétaires, en s’appuyant sur l’École autrichienne d’économie.

La quête de compréhension de Bitcoin n’a pas débuté pour cet analyste par une étude technique ou une spéculation boursière, mais par une interrogation fondamentale sur le système monétaire lui-même. Confronté aux cycles économiques et sociaux qui rythment l’histoire, il a cherché à comprendre comment Bitcoin s’inscrivait dans ce contexte plus large.

L’ouvrage Le Cycle de la Dette à Long Terme de Ray Dalio a particulièrement marqué l’auteur, en soulignant la tendance des économies à évoluer à travers des phases d’accumulation de dettes, de monétisation et, finalement, de restructuration. Parallèlement, les travaux de Neil Howe et William Strauss, exposés dans Quatrième Tournant, ont apporté un éclairage complémentaire sur les cycles générationnels de crise et de renouveau. Ces deux modèles, l’un économique et l’autre social, convergent vers une périodicité de 80 à 100 ans.

Ces analyses suggèrent que tous les quelques générations, l’architecture financière et politique du monde est remise en question. Les dettes deviennent insoutenables, les institutions perdent de leur crédibilité, l’hyperinflation détruit les systèmes existants et de nouvelles structures émergent. Initialement perçu comme une bulle spéculative, Bitcoin a progressivement été envisagé comme une technologie monétaire, une réponse possible à une crise monétaire imminente.

L’auteur cite Benjamin Franklin pour illustrer cette idée :

« Le refus du roi George de permettre aux colonies de gérer un système monétaire honnête, qui libérait l’homme ordinaire des griffes des manipulateurs d’argent, fut probablement la principale cause de la révolution. »

Benjamin Franklin

Pour appréhender Bitcoin, il est essentiel de revenir aux fondamentaux : qu’est-ce que l’argent ? L’argent, bien que omniprésent, reste mal compris. Si le dollar américain est souvent perçu comme la monnaie la plus sûre et la plus acceptée au monde, environ 30 % de la population croit encore qu’il est adossé à l’or (une croyance erronée depuis 1971). L’argent, comme le dollar, est désormais une monnaie fiduciaire (« fiat » en latin, signifiant « que ce soit fait »), dont la valeur repose uniquement sur la confiance accordée au gouvernement et sa discipline budgétaire.

Historiquement, une « bonne » monnaie remplit trois fonctions essentielles : moyen d’échange, unité de compte et réserve de valeur. L’histoire humaine oscille entre deux grands types de systèmes monétaires : la monnaie-marchandise et l’argent de crédit.

Dans les systèmes de monnaie-marchandise, la valeur est ancrée dans un actif rare et tangible, généralement l’or ou l’argent. Cette limitation de l’offre discipline les gouvernements et les institutions financières, mais peut entraver leur capacité à réagir aux crises ou à financer des conflits. À l’inverse, dans les systèmes de crédit-argent, la valeur repose sur la confiance, la conviction collective que les dettes seront honorées et que l’émetteur restera solvable. Ces systèmes permettent une expansion rapide du commerce et de l’innovation, mais présentent un défaut majeur : ils dépendent de la création continue de dettes et de la gestion politique de la valeur monétaire.

Bitcoin combine les caractéristiques d’une marchandise numérique, sécurisée par une technologie de registre distribué sans confiance (ne nécessitant aucune autorité centrale), et offre la possibilité de dissocier l’argent de l’État.

L’auteur souligne que le système monétaire actuel est intrinsèquement fragile, en raison de la banque à réserves fractionnaires et d’une politique monétaire inflationniste. Les banques ne conservent qu’une fraction des dépôts en réserve et prêtent le reste, créant ainsi de l’argent à partir de rien et multipliant les risques. Ce système ne fonctionne que tant que la confiance du public est maintenue, mais une panique bancaire peut révéler le manque de liquidités réelles.

La Réserve fédérale, créée en 1913, a été conçue pour soutenir ce système en agissant comme prêteur en dernier ressort. Son objectif principal est de renflouer les banques et le gouvernement, et ce n’est que dans les années 1970 que des objectifs tels que la stabilité des prix ont été ajoutés. L’auteur critique également l’objectif de « stabilité des prix » à 2 % d’inflation annuelle, qu’il considère comme une dépréciation programmée de la monnaie, une taxe implicite sur l’épargne.

Bitcoin est donc à la fois un système de paiement (un réseau mondial de transfert de valeur résistant à la censure) et un actif natif (le bitcoin, BTC). Il peut être considéré comme un équivalent de SWIFT associé à une monnaie mondiale neutre, rappelant l’or mais avec la capacité d’être transféré sur Internet.

Les fondements intellectuels de Bitcoin remontent à l’École autrichienne d’économie, qui met l’accent sur le libre marché, le choix individuel et les dangers de l’expansion du crédit. Des penseurs tels que Friedrich Hayek, Ludwig von Mises et Murray Rothbard ont averti des abus potentiels du contrôle monétaire par les gouvernements. L’auteur suggère que, si Internet avait existé à leur époque, ils auraient pu être les créateurs de Bitcoin.

Hayek a défini les caractéristiques d’une monnaie saine : durabilité, divisibilité, portabilité, uniformité, rareté et acceptabilité. Le tableau ci-dessous compare l’or, la monnaie fiduciaire et Bitcoin selon ces critères.

Propriété.

Or.

Décret.

Bitcoin.

Durable

❌ (avilissable)

Divisible

⚪️

Portable

Uniforme

Offre limitée

Acceptable

✅ (plus de 50 paires de vélos)

Bitcoin répond à ces critères aussi bien, voire mieux que l’or, et le surpasse en termes de portabilité, d’auditabilité et de résistance à la confiscation.

L’auteur conclut en soulignant que Bitcoin est une expérience, une forme d’argent privée et volontaire qui émerge à l’ère numérique. Il recommande plusieurs lectures pour approfondir la compréhension de Bitcoin, notamment Comprendre Bitcoin d’Andreas Antonopoulos, La Norme Bitcoin de Saifedean Ammous et Le Prix du Temps d’Edward Chancellor. Il insiste sur la nécessité de maîtriser la technologie, l’économie et l’histoire monétaire pour appréhender pleinement le potentiel de Bitcoin.

Enfin, l’auteur invite les lecteurs à partager leurs propres recommandations de lectures dans les commentaires.

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