Publié le 8 décembre 2025 10h25. Une nouvelle étude propose un outil concret pour aider les pays, notamment en Asie du Sud-Est, à mieux collaborer entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale afin de se préparer et de répondre aux menaces de grippes zoonotiques, potentiellement pandémiques.
- Un cadre pratique et un outil de réflexion ont été développés pour faciliter la mise en place de partenariats multisectoriels (PMS) efficaces.
- L’étude souligne l’importance de comprendre les facteurs qui favorisent ou entravent la collaboration intersectorielle.
- Elle propose une approche qui permet d’adapter les stratégies globales aux réalités locales et aux besoins spécifiques de chaque pays.
La préparation aux pandémies et la lutte contre les maladies émergentes nécessitent une approche globale, dite « One Health », qui reconnaît l’interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale. Cependant, la mise en œuvre concrète de cette approche se heurte souvent à des obstacles. Une étude récente, menée conjointement par l’unité de gestion des risques infectieux (IHM) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la région de l’Asie du Sud-Est (SEARO) et l’Institut d’études sur le développement (IDS) de l’Université du Sussex, vise à lever ces freins.
Publiée dans la revue Politique et planification de la santé, cette recherche propose un cadre d’analyse et un outil de réflexion destinés aux responsables des programmes nationaux. L’objectif est de les aider à opérationnaliser des partenariats multisectoriels (PMS) pour la préparation et la réponse aux grippes zoonotiques, comme le H5N1, qui continuent de circuler en Asie du Sud-Est et représentent une menace pandémique significative.
Les auteurs s’appuient sur une analyse approfondie de la littérature scientifique et sur des expériences de terrain pour proposer une « théorie d’action » (ToA) pour les PMS One Health. Cette théorie s’inscrit dans la continuité de la théorie du changement One Health élaborée par le quadripartite mondial – composé de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’OMS, de l’Organisation mondiale de la santé animale (WOAH) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).
Le cadre proposé identifie cinq éléments clés : les conditions initiales qui motivent la collaboration intersectorielle (souvent en réponse à une crise), les caractéristiques du partenariat (type et structure de la collaboration), les processus collaboratifs (confiance et leadership partagé), les résultats obtenus (impacts sur la santé, l’agriculture et l’environnement) et, enfin, la capacité du partenariat à s’adapter et à perdurer dans le temps.
Au-delà du cadre théorique, l’étude met à disposition un outil pratique, un guide destiné aux gestionnaires de programmes. Cet outil leur permet d’évaluer la nature, les forces et les faiblesses des PMS existants dans leur pays, en encourageant une conception adaptée au contexte local et un examen régulier de la collaboration intersectorielle. L’objectif est d’éviter les approches uniformes et imposées de l’extérieur.
En éclairant le fonctionnement interne des collaborations multisectorielles, cette approche permet de mieux comprendre les facteurs de succès et les obstacles potentiels. Elle contribue ainsi à améliorer la manière dont les différents secteurs travaillent ensemble pour prévenir les menaces sanitaires. Elle permet de passer des idéaux abstraits de One Health à des stratégies de mise en œuvre concrètes, en aidant les pays à identifier les points de blocage spécifiques et à aligner les intérêts des différentes parties prenantes.
Ce travail s’inscrit dans la mission plus large de l’unité IHM, qui vise à renforcer la capacité de la région à détecter rapidement les menaces, à coordonner les secteurs et à se préparer aux pandémies. En traduisant les principes de One Health en approches pratiques et adaptées au contexte, il permet aux pays de construire des partenariats solides et durables, essentiels pour lutter contre les agents pathogènes émergents.
Référence : Abbas SS, Kakkar M, Bloom G, Husain L, Shorten T, Wijesinghe PR, Buddha N, Salvador EC. Opérationnaliser des partenariats multisectoriels : un outil de théorie d’action et de réflexion pour les grippes zoonotiques. Plan de politique de santé. 2025;40(10):1142-1148. doi:10.1093/heapol/czaf064
La publication en texte intégral est disponible à l’adresse suivante : https://academic.oup.com/heapol/article/40/10/1142/8250351
Pour aller plus loin
