Publié le 18 décembre 2024. La maladie de Parkinson, neurodégénérescence en forte progression, touche déjà 12 millions de personnes dans le monde et pourrait en affecter 25 millions d’ici 2050. Un chirurgien lucernois explore de nouvelles pistes diagnostiques grâce à l’intelligence artificielle et aux capteurs.
- Le nombre de personnes atteintes de la maladie de Parkinson augmente rapidement, principalement en raison de l’allongement de l’espérance de vie.
- Les premiers symptômes moteurs incluent ralentissement des mouvements, raideur musculaire et tremblements, souvent aux mains.
- Un médecin-chef à l’hôpital cantonal de Lucerne développe des outils basés sur l’IA pour un diagnostic précoce et un suivi personnalisé de la maladie.
La maladie de Parkinson, caractérisée par la dégénérescence progressive des cellules nerveuses produisant la dopamine, se manifeste initialement par des troubles moteurs tels que des tremblements, une rigidité musculaire et un ralentissement des mouvements. Ce déficit en dopamine perturbe la transmission des signaux entre les neurones, entraînant les symptômes caractéristiques de la maladie. Si les causes exactes restent floues, des facteurs environnementaux comme la pollution atmosphérique et les pesticides sont de plus en plus suspectés de jouer un rôle déclencheur selon des études récentes.
Selon les estimations, environ 12 millions de personnes vivent actuellement avec la maladie de Parkinson à travers le monde. Un chiffre qui pourrait dépasser les 25 millions d’ici 2050, faisant de cette pathologie la neurodégénérescence à la croissance la plus rapide. « La maladie de Parkinson est la maladie neurodégénérative qui connaît la croissance la plus rapide », explique Robert Ilesan, médecin-chef à l’hôpital cantonal de Lucerne. Cette augmentation est en grande partie liée à l’allongement de l’espérance de vie, la maladie se manifestant généralement après 60 ans.
Bien qu’il n’existe pas de remède à ce jour, les symptômes peuvent être efficacement gérés grâce à des traitements médicamenteux, visant à améliorer la qualité de vie des patients.
Un parcours atypique vers la recherche sur Parkinson
« Il est crucial de détecter la maladie le plus tôt possible, car cela peut avoir un impact positif sur son évolution », souligne le Dr. Ilesan. Arrivé à l’hôpital cantonal de Lucerne en 2024 en tant que médecin-chef en chirurgie buccale, maxillo-faciale et buccale, il est spécialisé dans le traitement des asymétries faciales et des troubles de la mâchoire (dysgnathie), ainsi que dans la prise en charge de l’apnée du sommeil. Il dirige également un nouveau laboratoire équipé de technologies 3D et traite les patients victimes de traumatismes faciaux. Son engagement dans la recherche médicale, et plus particulièrement sur la maladie de Parkinson, s’est intensifié ces dernières années dans le cadre de son projet de doctorat, intégrant l’intelligence artificielle.
Ce virage peut surprendre au premier abord pour un chirurgien, mais il s’explique par son parcours. Après des études de médecine et de médecine dentaire, ce Roumain de 39 ans a travaillé comme consultant pour le ministère de la Santé de son pays d’origine. « J’ai alors pris conscience de l’ampleur de la maladie de Parkinson et d’autres maladies neurodégénératives. Au-delà de la souffrance des patients et de leurs familles, ces pathologies engendrent des coûts considérables pour le système de santé. » Son intérêt pour la maladie est également lié à sa spécialité : en tant que spécialiste de la bouche, de la mâchoire et du visage, il est fréquemment confronté à des patients atteints de Parkinson, qui peuvent souffrir de difficultés à avaler et à parler, ainsi que d’une sécheresse buccale rendant l’hygiène dentaire plus complexe.
En collaboration avec des neurologues et des informaticiens, il a lancé un projet de recherche visant à exploiter l’intelligence artificielle et d’autres technologies pour diagnostiquer la maladie à un stade précoce et adapter les traitements à l’état de santé de chaque patient.
Comment les algorithmes et les capteurs révèlent les premiers signes
Plus de deux siècles après la première description de la « paralysie agitante » par James Parkinson en 1817, le diagnostic de la maladie repose encore essentiellement sur un examen clinique, basé sur les symptômes typiques et les résultats d’un examen neurologique. Il n’existe pas de test de laboratoire ou d’imagerie permettant de confirmer formellement le diagnostic. Cependant, des approches diagnostiques utilisant des techniques d’imagerie sont de plus en plus étudiées pour développer des critères plus objectifs et permettre une détection précoce.
« De plus, l’intelligence artificielle et les technologies modernes de capteurs permettent désormais d’enregistrer avec précision les symptômes », précise le Dr. Ilesan. Son équipe a développé des capteurs et des algorithmes spécifiques pour analyser la marche grâce à des capteurs placés sur les jambes, la parole via des smartphones et l’écriture manuscrite à partir d’images numérisées. Ces éléments sont souvent affectés par la maladie de Parkinson : les patients développent une démarche traînante avec des mouvements de bras réduits, une voix monotone et une écriture plus petite et irrégulière. Ces manifestations peuvent apparaître très tôt dans l’évolution de la maladie, ce qui en fait des indicateurs précieux pour un diagnostic précoce.
Les algorithmes et capteurs développés par le Dr. Ilesan et ses collègues ont déjà fait leurs preuves lors de tests préliminaires. « L’intelligence artificielle ne peut que calculer la probabilité de présence de la maladie de Parkinson. Le diagnostic final reste de la compétence du médecin », insiste-t-il.
Il faudra cependant encore du temps avant que ces nouveaux outils ne soient disponibles en clinique. Le Dr. Ilesan poursuit donc le développement du logiciel d’analyse et des prototypes de capteurs, parallèlement à son activité chirurgicale. Il espère que les entreprises s’intéresseront à ses recherches et prendront en charge la production de ces dispositifs médicaux.
Identifier les risques avant l’apparition des maladies
Le Dr. Ilesan ambitionne d’étendre les enseignements tirés de ses recherches sur la maladie de Parkinson à d’autres pathologies. Il travaille déjà à l’amélioration du diagnostic de l’apnée du sommeil grâce à l’intelligence artificielle et aux capteurs. « À l’avenir, ces technologies pourraient même être conçues pour détecter simultanément de nombreuses maladies », envisage-t-il. Il réfléchit également à des tests ludiques, sous forme d’application pour smartphone, qui permettraient aux personnes en bonne santé d’identifier précocement des facteurs de risque. « Nous devons saisir les opportunités offertes par les nouvelles technologies, tout en garantissant la confidentialité et la protection des données », conclut le Dr. Ilesan.
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